Lundi 25 mars dernier a été signé à l’Assemblée nationale, l’accord parlementaire franco-allemand entre les Présidents du Bundestag et de l’Assemblée nationale.

Cet accord s’inscrit dans la suite du traité de coopération franco-allemand d’Aix-la-Chapelle, paraphé le 22 janvier dernier à l’occasion du 56ème anniversaire du Traité de l’Élysée.

Ce traité de coopération signé en 1963 par le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer était destiné à sceller la réconciliation entre la France et la République Fédérale d’Allemagne.

S’en sont suivies des rencontres régulières dans les domaines de la défense, de l’éducation et de la jeunesse. Des coopérations en matière scientifique et industrielle ont vu ensuite le jour et ont abouti à des réussites, comme AIRBUS par exemple.

Mais il était aussi nécessaire d’actualiser les termes de cet accord, même si notre démarche commune au sein de l’Union Européenne doit rester une priorité.

Le traité d’Aix-la-Chapelle en constitue la dernière des étapes. Il a arrêté 15 projets prioritaires dont le suivi sera assuré par le Conseil des ministres franco-allemand (Cliquez ici pour consulter le traité ).

Complétant cette démarche de construction partagée, l’Assemblée nationale et le Bundestag ont souhaité institutionnaliser la coopération franco-allemande et rapprocher leurs méthodes de travail.

Nous souhaitons aussi faire converger les positions française et allemande à l’échelle européenne pour favoriser l’intégration au sein de l’Union européenne de l’ensemble du plus grand nombre de politiques.

Pour cela a été créée une Assemblée parlementaire franco-allemande, composée de 50 députés de l’Assemblée nationale et de 50 députés du Bundestag, et co-présidée par les Présidents du Bundestag, Wolfgang Schäuble, et de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

J’ai l’honneur d’appartenir à cette Assemblée et d’y représenter mon groupe parlementaire, tout comme je siège au bureau de la dite assemblée.

Cette Assemblée sera compétente pour veiller à l’application du Traité, suivre les Conseils des Ministres franco-allemands et des Conseils de Défense. Elle assurera aussi le suivi des affaires internationales et européennes présentant un intérêt commun, y compris la politique étrangère, de sécurité et de défense européenne communes.

Enfin, elle formulera des propositions sur toute question intéressant les relations franco-allemandes en vue de tendre vers une convergence des droits français et allemand.

Pour cela, elle adoptera, non pas des lois, mais des résolutions communes.

Elle fonctionnera avec un bureau qui établira un rapport annuel sur la coopération définie par le Traité, rapport présenté chaque année devant nos Assemblées respectives.

Nous sommes désormais au travail et je vous invite à retrouver ci-après mon intervention à l’occasion de la réunion constitutive de notre Assemblée.

 

Intervention de Jean-Michel Clément pour le groupe « libertés et territoires ».

Lundi 25 mars 2019.

Monsieur le Président du Bundestag,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Mesdames, Messieurs, chers collègues parlementaires allemands et français.

Il y a 62 ans aujourd’hui étaient signés à Rome deux traités majeurs pour notre avenir commun.

Les six pays fondateurs de la communauté économique européenne, dont l’Allemagne et la France, ne signaient pas alors qu’un simple accord de coopération économique.

En décidant de créer un marché commun, et le rapprochement progressif des politiques économiques des États membres, les pages étaient en réalité ouvertes d’un livre, celui de la paix durable en Europe.

En faisant en sorte que des peuples, qui par le passé s’étaient déchirés, allaient échanger entre eux des biens et des services, c’est bien plus qu’un marché qui s’ouvrait.

La poignée de mains, chargée de tous les symboles, entre le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl devait plus tard sceller définitivement l’amitié entre nos deux peuples.

Depuis, l’Europe a grandi.

Nombreux sont les États qui l’ont rejointe, même si l’un d’entre eux s’apprête aujourd’hui à la quitter. Et ce retrait résonne comme un échec dont il nous faudra vite tirer les conséquences.

Notre jeunesse, avec les programmes Erasmus et Leonardo a pourtant fait sienne cette Europe, mais reconnaissons-le, l’idée européenne est en souffrance aujourd’hui.

Le populisme et le nationalisme retrouvent partout des couleurs. En Allemagne et en France aussi.

Pourquoi ?

Parce qu’on ne peut pas faire l’Europe en laissant seulement circuler les personnes, les biens et les services ou les capitaux.

En étant incapables de fixer des règles communes en matière sociale et fiscale, en ne remettant pas en cause ensemble les accords de Dublin pour aborder la question cruciale de l’immigration, en laissant prospérer des concurrences déloyales, … l’Europe s’est progressivement enfoncée dans une crise morale, une crise identitaire même, à la veille de nouvelles échéances électorales essentielles pour son avenir.

Et, en même temps que l’Europe se fragilise , se dessinent autour de nous des blocs  de plus en plus puissants : la Chine et son expansion avec les “routes de la soie” s’apprête à accoster dans les ports italiens ; l’Inde deuxième population de la planète , avec sa maîtrise des nouvelles technologies continue son avancée ; la Russie , nostalgique de sa grandeur tente de reconquérir des positions à l’Est, sans oublier les États-Unis et leur protectionnisme qui dressent des murs, qu’ils soient douaniers ou érigés en honte.

Que nous manque-t-il aujourd’hui pour répondre à ces menaces et pour reconstruire un projet européen ?

Il nous manque un vrai sentiment d’appartenance à une communauté de destins.

Il nous faut construire aujourd’hui une citoyenneté européenne, sans pour autant s’affranchir de nos identités nationales ou régionales.

Nous sommes de ceux qui pensent au contraire que les deux se confortent et s’enrichissent mutuellement.

C’est pourquoi, au nom de mon groupe parlementaire “Libertés et Territoires ” qui porte ces valeurs, fort de nos différences, je salue la signature du traité d’Aix-la-Chapelle du 22 janvier dernier et celle ce matin, de l’accord parlementaire paraphé par nos Présidents respectifs.

Parmi les 15 projets prioritaires pour la mise en œuvre de ce traité, je salue plus particulièrement le renforcement de la coopération bilatérale en matière d’énergie et de climat.

La lutte contre le réchauffement climatique est un combat que nous devons mener ensemble, la jeunesse nous le rappelle en défilant pacifiquement dans les rues de nos grandes villes européennes et nous renvoie à nos responsabilités.

Nous devons aussi renforcer nos domaines d’expériences partagées. En matière spatiale et aéronautique nous avons su démontrer que la richesse de nos collaborations scientifiques et technologiques conduisaient au succès pour chacun.

Nous devons étendre ces réussites à d’autres domaines en coopérant pour le bien commun de nos peuples.

Le traité nous y invite.

Mais nous devons impérativement sortir des seules logiques de compétition et de concurrence lesquelles sont contraires à une véritable coopération et à l’épanouissement de nos concitoyens.

Nous devons pour cela impérativement impulser un souffle nouveau, un souffle qui ne soit pas que celui du seul marché, mais un   souffle où les peuples se retrouveraient derrière une ambition commune, celle du vivre ensemble, pour que naisse une citoyenneté européenne qui manque cruellement aujourd’hui.

La création d’une assemblée parlementaire franco-allemande doit aller selon nous au-delà de la simple application des traités.

Elle doit s’emparer de cette ambition et rappeler à nos exécutifs respectifs que de nouvelles approches du monde sont nécessaires pour faire face aux changements qui se dessinent.

Qu’ils touchent au climat et son dérèglement, aux phénomènes migratoires qu’il nous faudra aborder sans se mentir, à la révolution numérique et ses conséquences sur l’emploi, à la préservation des ressources, les chantiers sont immenses.

Notre détermination doit être à la hauteur de cette immensité.

Puissent nos travaux traduire cette volonté et la partager !

Je remercie de votre attention.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.