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Après deux ans et quelques semaines, la Ministre de la justice, Mme Rachida Dati a quitté son ministère. Selon les sujets, son bilan est soit médiocre, soit mauvais, soit carrément déplorable.
La Ministre n’a pas su se parer d’une stature politique qui lui aurait permis d’exister, autrement qu’en exécutant à la lettre, et sans beaucoup de réflexion les instructions
du Président de la République, qui l’ a faite ministre.
C’est ainsi qu’elle a fait voter les peines planchers pour les récidivistes, sans étude sérieuse de la récidive, sans étude d’impact sur les incarcérations.
De la même façon la loi sur la rétention de sûreté a été adoptée sans même que l’on sache le nombre de condamnés susceptibles de tomber sous le coup de la loi.
C’est dire qu’au-delà de la critique sur le caractère liberticide de ces lois (surtout la seconde), le travail a été mal fait et le résultat est très médiocre.
La réforme de la carte judiciaire a été faîte à la hache, sans tenir compte des particularités géographiques de tel ou tel département et de ses tribunaux. Ont été fermés parfois des tribunaux
aux bâtiments tout justes rénovés (TGI de Saumur), n’ont pas été mesurés les besoins en bureaux lors des regroupements de tribunaux. N’a pas été calculé le coût global de mesures qui font se
déplacer des dizaines de justiciables au chef lieu de département au lieu de déplacer un seul et unique magistrat deux jours par semaine (Fermeture des tribunaux d’instance de Civray et
Montmorillon, et Loudun dans notre département, les quelques 800 dossiers annuels seront jugés à Poitiers à 50 kms, alors que notre réseau routier est dangereux et que deux villes sur trois ne
sont pas desservies par le train.
Les conclusions du rapport du doyen Guinchard sur la rationalisation de la procédure civile sont restées quasiment lettres mortes.
Il en va de même des conclusions du rapport Varinard sur la réforme du droit pénal des mineurs qui sont très peu reprises dans l’ avant projet de nouveau code des mineurs. Nous ne savons
pas à ce jour le sort qui sera réservé à cet avant projet.
Le bilan est, sur ces points, mauvais.
Il devient déplorable sur trois autres questions.
Tout d’abord la ministre, relayée en cela par une partie des politiques de droite, a usé et abusé du discours populiste. Le moindre fait divers a été exploité. Le viol d’un petit garçon de quatre
ans en août 2007 a été cité des dizaines de fois pour justifier la rétention de sûreté. Cette citation a d’ailleurs permis d’occulter le fait que les décrets qui auraient permis la surveillance
du violeur de ce malheureux garçonnet, à la sortie de prison, attendaient depuis plus de 18 mois.
Les victimes sont mises en avant pour justifier toujours plus de sévérité. La référence à la figure du pédophile est permanente. Le tout sans la moindre analyse de la réalité pour véritablement
combattre le crime.
Ensuite la ministre a montré un talent exceptionnel pour se fâcher avec tout le personnel qui œuvre autour de la justice.
Démissions en chaîne au sein de son cabinet ministériel. Fronde des magistrats mécontents de la refonte de la carte judiciaire et également du contrôle tatillon sur les procureurs.
Incompréhension des avoués d’appel dont les quelques 450 études vont disparaître, sans que l’on connaisse aujourd’hui les modalités de cette disparition et le sort réservé aux
1800 salariés de dites études.
Révolte des surveillants de prison confrontés à une surpopulation endémique… sans parler des greffiers, des avocats etc.
Enfin le bilan est déplorable pour ce qui concerne la surpopulation pénitentiaire. Cette surpopulation était autrefois régulée par les décrets de grâce présidentielle collective, qui à chaque 14
juillet réduisait les peines de 1 à 4 mois d’emprisonnement selon les situations. Cela entraînait mécaniquement la sortie anticipée de quelques milliers de détenus en fin de peine.
Le président de la république avait indiqué dans son programme que cette régulation collective était un mauvais système car les sorties n’étaient pas préparées. C’est vrai. Mais cette critique
suppose la mise en place d’un autre système, et rien n’a été fait. La loi pénitentiaire qui devait permettre de limiter les incarcérations attend d’être votée depuis 18 mois.
La ministre part. La loi n’est pas votée. Et en plus la ministre a offert aux syndicats de surveillants (qui ne le demandaient pas) un moratoire sur les règles pénitentiaires européennes qui
précisément fondaient la dite loi pénitentiaire.
Tout, le contraire de tout et surtout n’importe quoi.
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Après deux ans et quelques semaines, la Ministre de la justice, Mme Rachida Dati ...