Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies, l’a encore rappelé lors de son récent passage en France : le monde dispose de deux ans pour agir contre le changement climatique, sauf à affronter des « conséquences désastreuses ».

Toutes les études convergent dans le même cri d’alerte (et d’alarme), du dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) à celui récemment publié par le Comité régional sur le changement climatique qui réunit de nombreux scientifiques et universitaires de Nouvelle-Aquitaine au sein de AcclimaTerra(1).

Le temps n’est plus à se poser la question, le compte à rebours a commencé ! N’est-il cependant pas déjà trop tard ?

58% des populations de vertébrés ont disparu en 40 ans(2). L’Europe a perdu en 30 ans plus de 400 millions d’oiseaux. Qui pourrait encore nier la sixième extinction de masse qui s’annonce ?

Il suffit pour s’en convaincre d’être attentif à notre environnement quotidien : nos oiseaux familiers, hirondelles et moineaux, se font de plus en plus rares ; nos plaines céréalières ne sont plus survolées par les busards cendrés.

À l’entrée de nos villes, les laveurs de pare-brises ont abandonné les carrefours : il n’y a plus de traces d’insectes écrasés par la vitesse de nos voitures.

Et les soirs d’été vous n’entendez plus l’habituel coassement des grenouilles qui accompagnait le début de vos nuits. Le silence vous effraie, comme la bande-annonce d’un film que vous n’auriez pas envie de regarder.

La COP 21 devait être le point de départ d’une prise de conscience collective, à l’échelle planétaire, de la menace que représente le réchauffement climatique. C’était sans compter sur l’arrivée au pouvoir d’individus prêts à rouvrir les mines de charbon, à exploiter le gaz de schiste, à autoriser la poursuite de la déforestation de la forêt amazonienne pour y produire des cultures OGM, ou encore à appauvrir les terres africaines et asiatiques pour y produire de l’huile de palme.

Ces priorités à courte vue données à l’économie sur l’environnement, par des pays comme les États-Unis ou le Brésil, résonnent chez les autres comme une invitation implicite à ne pas modifier leur comportement vis à vis du patrimoine naturel.

On ignore pourtant combien la nature nous rend de services : des services gratuits qui représentent 1,5 fois le PIB mondial selon une étude de l’ONG WWF ! Ce sont ces intérêts du capital naturel qu’il nous faudrait payer pour les remplacer, autant dire que nous en sommes incapables.

Les conséquences du changement climatique sont d’ores et déjà dramatiques !

Selon une étude norvégienne, d’ici à 2050 les migrants climatiques seront trois à dix fois plus nombreux que les migrants liés à des conflits ! 800 millions de personnes sont menacées de déplacement, du fait de la dégradation des terres arables. Et un milliard sont menacées par la montée des eaux, les grandes métropoles se trouvant souvent en bordure des mers.

Dans trente ans, 1,5 milliard de personnes pourraient ne plus être en mesure de vivre dans leurs lieux d’origine, suscitant de facto des migrations qui, même si elles demeurent seulement régionales, n’en constitueront pas moins de nouvelles sources de tensions.

Comment nourrir 9 milliards d’individus en 2050, et leur assurer l’accès à l’eau douce ?

Rien qu’en Nouvelle-Aquitaine, 50% de la consommation d’eau pour nos usages pourraient manquer dans trente ans…

Plus généralement, comment assurer la préservation de nos biens communs que sont la terre et les mers, aujourd’hui polluées et souillées de multiples manières ?

Et la France dans ce vaste combat, me direz-vous, que fait-elle ?

Comme Nicolas Hulot l’a dénoncé à sa façon, notre pays ne s’est pas organisé depuis fin 2015 pour respecter les engagements pris dans le cadre des accords de Paris et de la COP 21. L’État ne pilote pas l’indispensable transition avec une vision ambitieuse, globale et systémique, à la hauteur des enjeux relatifs à la survie de notre humanité à moyen terme.

Pour respecter nos engagements, il faudrait consacrer seulement 20 à 30 milliards d’euros sur les 500 milliards d’investissements annuels, privés et publics.

Et respecter nos engagements ne signifie pas pour autant sacrifier notre économie, bien au contraire !

Améliorer l’isolation thermique des bâtiments en commençant par les immeubles collectifs, favoriser la mobilité électrique dans les métropoles, miser sur le ferroviaire dans les espaces ruraux, développer l’économie circulaire, régionaliser les productions agricoles, lutter contre toutes les formes de gaspillage… constituent autant de pistes d’essor pour l’économie que des sources de bienfaits pour la planète.

Si nous ne pouvons agir sur les lieux de production, imposons des conditions d’accès au marché privilégiant la coopération commerciale plutôt que la concurrence. Et faisons de la préservation de la vie sur la planète la première des conditions qui s’impose à tous.

Sachons ainsi concilier intelligemment nos valeurs et l’impérieuse nécessité d’agir vite sur les transformations climatiques (en favorisant l’efficacité et la sobriété énergétiques), avec de nouvelles formes de développement économique pour le XXIe siècle.

Ne pas le faire serait tout simplement criminel !

1 http://www.acclimaterra.fr/rapport-page-menu/ : Anticiper les changements climatiques en Nouvelle- Aquitaine. Pour agir dans les territoires.

2 https://www.wwf.fr/rapport-planete-vivante-2016

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