Je m’interrogeais en juillet dernier sur les raisons de regarder l’avenir des espaces ruraux de façon optimiste. Un rapport d’information enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale, le 31 mai dernier, porte « sur la préparation d’une nouvelle étape de la  décentralisation en faveur du développement des territoires ». Dans son avant-propos, Arnaud Viala écrit que « jamais les Français n’ont autant aspiré à continuer d’occuper ou à réinvestir des espaces interstitiels [hors les métropoles et les zones fortement urbanisées] longtemps délaissés par le pouvoir politique central, en quête de qualité de vie, d’espace, d’une forme de rapport à l’environnement différente, d’un enracinement identitaire à des territoires très fortement caractérisés par leurs spécificités ».

Il insiste aussi sur le fait que « jamais ces territoires n’ont eu autant de détermination et de volonté pour porter des dynamiques, souvent élaborées, avec les moyens qu’ils parviennent à rassembler, sans attendre que la puissance publique centrale ne les y aide ».

Il n’est donc peut-être pas utopique ni irréaliste de bousculer un peu des préjugés, en particulier celui qui ne voit le développement se construire qu’à partir des villes.

Plusieurs interlocuteurs de la mission parlementaire ont fait remarquer que « l’ensemble des lois qui ont suivi celles de décentralisation des années 1980 se sont caractérisées par un manque de cohérence de l’agencement institutionnel de nos territoires, et se sont donc révélées être des obstacles à la construction d’une stratégie par ceux-ci ».

Ces différentes lois ont été successivement :

  • la loi du 12 juillet 1999 relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale, dite « loi Chevènement », qui consacre le rôle des EPCI à fiscalité propre ;
  • la loi du 25 juin 1999 d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire, dite « loi Voynet », qui crée le pays et l’agglomération ;
  • la loi du 14 décembre 2000 relative à la solidarité́ et au renouvellement urbain, dite « loi Gayssot », qui donne naissance aux schémas de cohérence territoriale (SCoT) et aux syndicats porteurs de SCoT.
  • la loi du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales (RCT) qui crée le statut de métropole pour affirmer le rôle des grandes agglomérations comme moteurs de la croissance et de l’attractivité du territoire ;
  • la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation

des métropoles (MAPTAM) ;

  • la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriales de la République, dite loi NOTRe.

 

Face à la métropolisation galopante, la réduction des inégalités territoriales semble pourtant être devenue l’un des grands enjeux de ce siècle. On en mesure l’urgence aux conséquences préoccupantes de ces inégalités : les électeurs de Donald Trump et les Britanniques ayant voté pour le Brexit ne sont majoritairement pas des urbains !

Il est donc impératif d’inventer des réponses nouvelles aux inquiétudes des gens qui vivent dans les territoires ruraux. Ces réponses ne sont pas forcément qu’institutionnelles, même si l’État et la Région restent indispensables, soit pour apporter des moyens nécessaires aux ambitions quand celles-ci dépassent les capacités locales, soit pour adapter certaines règles aux particularités du territoire.

Sur ce dernier point, il faut espérer que la faculté de procéder à des expérimentations et la possibilité d’autoriser une certaine différenciation territoriale – qui a été unanimement réclamée par les acteurs auditionnés par la mission d’information – trouveront une traduction concrète dans la réforme constitutionnelle qui s’annonce, en conformité avec certains engagements du président de la République et du Premier ministre.

Les Français vivant hors des aires urbaines se montrent très attachés à leurs territoires. C’est pourquoi le rapport préconise des outils susceptibles d’impulser des dynamiques locales, afin d’organiser une sorte de décentralisation et d’émancipation vis-à-vis des pouvoirs centraux (nationaux ou régionaux). Il s’agit d’imaginer des constructions collectives et solidaires, sur la base de collaborations plus horizontales, au bénéfice d’un projet de territoire, grâce à des synergies entre acteurs institutionnels publics, acteurs économiques privés et acteurs associatifs.

Le principe qui sous-tend cette approche est la nécessité de souplesse dans l’action pour faire émerger des concepts et des modes opérationnels originaux. La réalité de nos territoires variant d’un bassin de vie à l’autre, ce n’est pas d’un modèle ou d’une politique unique dont nous avons besoin, mais d’une différenciation positive.

Aussi la mission préconise-t-elle le passage du dispositif de l’appel à projet à la notion de TERRITOIRES DE PROJETS, à savoir « comment rassembler les acteurs locaux autour de projets favorables au développement économique d’un territoire donné ».

À l’inverse des politiques publiques en « silos », jacobines et généralistes, qui ont souvent échoué faute de partir du réel (bassins de vie et besoins des habitants), il faut favoriser une approche ascendante où les différences deviennent le levier d’une nouvelle équité territoriale, à partir d’un véritable « récit du territoire » construit par les acteurs eux-mêmes.

Un point stimulant – et porteur d’optimisme – du rapport est l’affirmation que la ressource d’un territoire se trouve tout autant dans ce qui existe déjà que dans ce qui relève de l’imaginaire des individus. C’est une idée qui devrait permettre à des espaces ruraux qui doutent, de reprendre confiance ! Ainsi, dans le Gers, rien ne prédestinait la petite commune de Marciac (à peine 1250 habitants) à devenir une référence mondiale pour le jazz.

La démarche doit reposer sur la capacité des acteurs à produire une vision commune et à

construire un projet : « un récit partagé doit se combiner avec le dynamisme local ».

L’identité locale doit en être un fondement ; si elle ne s’est pas encore trouvée, on la crée !

Pour aller en ce sens, le développement des tiers-lieux – que soutient fortement la Région Nouvelle-Aquitaine – ouvre une voie très intéressante : ces espaces de travail partagés et

collaboratifs constituent des lieux où différents acteurs (publics, privés, associatifs) d’un bassin de vie peuvent innover ensemble. Ces tiers-lieux doivent être l’expression d’aspirations individuelles et collectives rassemblées sur un même espace physique, et peuvent ainsi devenir des laboratoires de vitalité économique et démocratique, en agrégeant différentes activités complémentaires : espaces culturels ou de médiation numérique, entreprises et commerces de proximité, maisons de services publics, etc.

Ce rapport de l’Assemblée nationale est particulièrement stimulant (presque excitant) dans sa manière de donner la priorité au « sur mesure » et « au cousu main » pour s’adapter avec souplesse à la singularité de chaque espace humain.

Espérons que ces préconisations trouveront vite à se concrétiser dans nos territoires ruraux,

et qu’elles seront portées par la nouvelle ministre !

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