La loi « Agriculture et Alimentation » a achevé son parcours législatif le 2 octobre. Issue des États généraux de l’alimentation, elle visait prioritairement à modifier les rapports de force entre producteurs, transporteurs et distributeurs.

On sait que la variable d’ajustement des prix se porte depuis longtemps déjà sur les mêmes, ceux qui sont pourtant à la source de la chaîne de valeur : les producteurs.

En cause, le modèle de production construit autour de l’agro-industrie, l’agro-alimentaire et les grands opérateurs de distribution.

La loi va-t-elle changer les choses ?

Michel-Édouard Leclerc, Président du groupe éponyme, ayant d’entrée de jeu singé la chimère qui consiste à penser que les prix peuvent être fixés par la loi, ne sera pas surpris par un texte qui renvoie « aux interprofessions le soin de prendre leurs responsabilités » (dixit le ministre de l’Agriculture), les distributeurs laissant les acteurs situés en amont se débattre entre eux.

Pendant ce temps, les mêmes poursuivent la prise de contrôle, ici d’un abattoir, d’ateliers de salaisons, de conserveries, ailleurs d’unités de productions ou d’exploitations de grande dimension en France ou à l’étranger.

Au lieu d’en passer par la loi, on appelle les acteurs du monde agricole à faire preuve de responsabilité : pas de suppression obligée du glyphosate ; pas de remise en cause d’un modèle productiviste qui enfonce de plus en plus d’agriculteurs dans la crise ; pas de remise en question des effets d’un modèle qui appauvrit les sols comme les hommes, assèche les nappes phréatiques, alors que le changement climatique, déjà si visible, est bien plus qu’une prédiction.

C’est d’une « Révolution » chère au président de la République dont l’agriculture a besoin, et la loi qui prétendait en porter l’esprit aurait dû être tout l’inverse de ce qu’elle est.

Comme face à la force de MONSANTO-BAYER, si la faiblesse des États est tellement avérée qu’elle les rend incapables de tordre le bras des puissants distributeurs, ceux-là mêmes qui se font – ironie glaçante – défenseurs des consommateurs ; s’il n’y a pas de volonté politique, aujourd’hui comme hier, de contester le pouvoir sournois du syndicalisme majoritaire qui s’est immiscé dans toutes les strates des niveaux de décisions ; s’il y a une acceptation bienveillante du CETA, annonciatrice de la même attitude à l’égard du TAFTA, … alors que reste-t-il pour faire une révolution en agriculture ?

Au lieu de se focaliser sur les seules disparités de revenus dans les filières agricoles, une vraie « révolution » aurait dû enfin regarder du côté des initiatives alternatives qui réussissent et donnent à ceux qui s’y sont engagés fierté et revenus : qu’il s’agisse de techniques culturales, de nouveaux modèles de distribution, de régionalisation des productions identifiant  tous les acteurs d’une même filière à un territoire, de pratiques associant maîtrise de l’eau et biodiversité, de la conversion vers l’agriculture biologique, bref de tout ce qui répond aux attentes de la société et non pas aux intérêts de l’agrochimie, de l’agro-industrie, de l’agro-alimentaire ou de la profession agricole qui détient encore le pouvoir.

C’est de volonté dans les actes dont nous avons besoin et pas seulement dans le discours.

Nicolas Hulot l’a compris et son départ du Gouvernement en a été l’illustration.

Pendant ce temps, j’apprends que le président de la FNSEA d’Ille-et-Vilaine et une partie significative des administrateurs de la FNSEA du Maine-et-Loire se sont convertis au… Bio. Une « Révolution » !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.