Depuis plus d’une semaine, la France assiste, impuissante, à une crise de ses institutions : le président de la République et le Premier ministre sont incapables de constituer un nouveau gouvernement !

Pourquoi ? Parce que leurs objectifs sont concurrents.

Le premier est désireux de maintenir l’image d’un équilibre politique qui a conduit à son élection (un peu de Droite, un peu de Gauche, un peu de Centre, un peu de société civile…).

Le second est déterminé à appliquer des solutions politiques plutôt de droite, avec des hommes et des femmes appartenant à cette tradition.

Plus fondamentalement, cette crise révèle que nos institutions ne supportent ni le « en même temps » théorisé par Emmanuel Macron, ni les ambiguïtés au plus haut niveau du pouvoir.

Le Premier ministre doit appliquer les décisions du président de la République. S’il s’émancipe, il plonge la France dans une cohabitation de fait, source de blocages permanents. Sous la Ve République, chaque fois qu’un Premier ministre a travaillé à sa postérité, il a condamné l’efficacité de l’exécutif.

Alors qu’en cette rentrée, les successives démissions des deux ministres d’État choisis par le président de la République traduisent une forme de défiance à son égard, celui-ci ne pouvait que refuser la démission de son Premier ministre. En effet, le vote de confiance, qui suit la formation de tout nouveau gouvernement, sur sa déclaration de politique générale, n’aurait fait que renforcer son autorité.

Accepter la démission du Premier ministre c’était aussi prendre un autre risque : celui de voir une majorité affaiblie après un vote certes encore confortable, mais dont les absents auraient aussi beaucoup compté. Dans cette hypothèse, le président de la République serait sorti perdant de ce bras de fer.

Voilà pourquoi nous sommes devant l’impossible gouvernement. Et celles et ceux qui seront finalement nommés, partiront avec un handicap : celui d’être considérés, à tort ou à raison, comme des choix par défaut.

Estimant qu’il pouvait réunir des personnes de sensibilités différentes pour résoudre les grands enjeux de notre société, le président de la République avait conceptualisé le dépassement des clivages politiques. C’était manifestement sans compter avec les résistances de « l’ancien monde » qui révèlent une évidence : les clivages existent vraiment. Un an d’exercice du pouvoir aura suffi pour qu’ils réapparaissent différemment, mais presque comme hier au travers de cet épisode inédit.

Je crois que nous assistons à une forme de revanche idéologique après l’échec de François Fillon. Le groupe majoritaire à l’Assemblée ayant déjà du mal à tolérer des positionnements différents en son sein, comment l’exécutif pourrait-il se le permettre, alors que le président de la République a voulu faire du clivage gauche-droite une notion dépassée ?

En incarnant au plus haut degré le régime présidentiel, Emmanuel Macron est pris à son propre jeu.

En n’écoutant pas Nicolas Hulot, il est par ailleurs passé à côté d’un grand dessein : faire de l’universalisme environnemental, dont il se fait le chantre en dehors de l’hexagone, une chance pour notre économie et la société toute entière. Il lui préfère une vision court-termiste au nom de la liberté d’entreprendre.

Enfin, en laissant prospérer une affaire au sein de sa garde rapprochée, il fragilise ses premiers soutiens, comme Gérard Collomb qui a vu son autorité bafouée devant la représentation nationale.

Ce sont autant de signes des limites de l’expérience du « en même temps », surtout lorsque fait défaut une pensée politique qui ne se réduit pas à celle de « libérer pour agir ».

 

1 Réponse

  1. Gill

    ils donnent aussi à la France l’extrême droite. Une seule chose peut arrêter Macron. tous les partis de gauche, ensemble, le combattent.

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