> La lettre électronique de Jean-Michel Clément
La proposition de loi sur le travail du dimanche vient d'être votée - à une très courte majorité - par le Sénat après avoir été discutée à l'Assemblée dans une énième mouture ; la quatrième !
Malgré la communication orchestrée de main de maître par la majorité au service du président de la République qui souhaitait enfin un vote positif sur ce texte. Les Français restent contre le travail du dimanche ! Et encore ils ne connaissent pas l'étendue des dégâts que ce texte ne manquera pas d'occasionner concrètement dans leur vie.
Il y a d'abord un détournement de l'esprit de la loi qui exige au préalable une concertation avec les partenaires sociaux. Pour déroger à la "loi de modernisation sociale" le texte à été présenté par des parlementaires au lieu d'être présenté par le gouvernement.
Il y a aussi en filigrane des quatre versions de la loi : l'impunité pour les enseignes qui ont engagé un bras de fer avec l'État, le refus d'engager dans la loi des contreparties concrètes en termes de salaire et de repos compensateur. Voici une nouvelle preuve que la promesse de "travailler plus pour gagner plus" n'était qu'un argument de campagne.
Dans les communes touristiques ou thermales, ainsi que dans les zones touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente, les salariés n’auront plus le choix : ils ne pourront plus refuser de travailler le dimanche, sous peine d'être licencié. Les entreprises n’auront plus d’obligation de contrepartie salariale ou de repos compensateur. La tromperie est là, jusqu'à aujourd'hui, le travail du dimanche n’était pas de droit dans le code du travail.
A partir de maintenant certains salariés auront droit à des contreparties, d’autres non. On peut donc douter de la pérennité des contreparties en salaire et en repos pour le travail du dimanche quand il y aura concurrence entre les deux types de dispositifs.
La majorité veut faire croire qu’elle aurait finalement trouvé un texte de consensus après la cacophonie de décembre dernier, et qu’elle agirait au nom de la modernité à laquelle tout le monde doit s’adapter.
La remise en cause du principe du repos dominical sur lequel repose l’ordre public social ne se justifie, ni par une augmentation du pouvoir d'achat ou du temps libre, ni par la création d'emplois.
Dans l’opinion, les oppositions au travail du dimanche dépassent les positionnements gauche-droite. Saisi par le Premier ministre Dominique de Villepin en 2007, le Conseil économique et social avait rendu un avis négatif sur l’ouverture dominicale. Il s’était dit opposé à toute généralisation et avait adopté une posture de prudence extrême sur le sujet.
La majorité des Français refusent de travailler le dimanche, l’enquête du CREDOC de l’automne 2008 annonce que tout en souhaitant à une très courte majorité l’ouverture le dimanche – 52 %, ils sont dans le même temps opposés massivement au fait de devoir eux-mêmes travailler le dimanche – 61 %. Selon une enquête de l’institut IPSOS, publiée en décembre dernier, une écrasante majorité de nos concitoyens – 84 % – est attachée au repos du dimanche, notamment les salariés du secteur privé qui, évidemment, sont les premiers concernés. Les deux tiers estiment qu’ils n’auront pas la possibilité de refuser si l’employeur leur demande de travailler.
Si les Français sont contre le travail du dimanche, c’est aussi le cas des syndicats de salariés. Ainsi, la CGT, la CGC, l’UNSA, la CFDT, la CFTC, FO et les Solidaires sont contre toute déréglementation du travail dominical, en raison des répercussions négatives qu’elles auraient sur l’économie et la société françaises. Mais l’opposition à ce texte vient également des syndicats patronaux. Ainsi, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises dénonce cette proposition de loi. Elle analyse l’ouverture du dimanche comme un facteur de destruction d’emplois. C’est également le cas de la Confédération des commerçants de France, du Club des managers de centre-ville, de la Fédération nationale des centres-villes et de la Fédération française des associations de commerçants.
À terme, c'est l'organisation de toute la société qui sera touchée, mais aussi les choix de vie. Faut-il consacrer son temps libre à la seule consommation ? Tourner le dos aux activités sportives ou culturelles ?
Que deviendront les dizaines de milliers de rencontres sportives du dimanche si l'on fait disparaître le repos dominical et le bénévolat qu’il permet ? La remarque vaut aussi pour les activités culturelles, les pratiques religieuses, les concerts amateurs qui, ce jour-là, se tiennent par milliers, ou même les sorties entre amis ou les visites à des parents. Que deviendra la vie familiale quand l'un travaillera le dimanche et l'autre pas, et que chacun aura des jours de repos différents ?
La civilisation qui nous est imposée se limite à la consommation pour la consommation ; le consommateur y prévaut sur le citoyen. Chacun s'accorde pourtant à dire que la société a besoin de retisser les liens sociaux, qu'il existe un mouvement général en faveur d'une amélioration des conditions de vie ; c'est l'inverse qu'il est proposé d'inscrire dans les tables de la loi.
C'est aussi tourner le dos à un développement du territoire inscrit dans le cadre du Grenelle. Le schéma du commerce en grande surface des années soixante-dix est un non-sens écologique. C'est en grande partie le développement anarchique de ce type de commerces à la porte de nos villes qui a conduit au « tout voiture », au détriment des transports collectifs. Leur concentration toujours plus importante pousse à la désertification croissante des territoires ruraux mais aussi de certaines zones urbaines de banlieues. Elle défigure les entrées de nos villes par des zones toutes identiques, toutes aussi laides et anarchiques, et s'oppose à un développement équilibré du territoire.
C'est d'autant plus vrai qu'il n'est pas donné pas aux collectivités locales le droit de décider, /in fine/, de l'opportunité des dérogations. La réalité est que, à tout moment, c'est l'autorité administrative, c’est-à-dire le préfet, qui aura le dernier mot. Qui est mieux à même que les élus locaux d'apprécier et d'ajuster les besoins des salariés et des consommateurs, des citoyens, sur un territoire donné ?
Cette loi sur le travail dominical reste une aberration économique, sociale et sociétale.
> FOCUS
Des règles pour la rémunération des dirigeants des grandes entreprises ?
J'ai participé durant les six derniers mois à la Commission d'information sur la rémunération des dirigeants ayant abouti à la remise d'un rapport, dit rapport HOUILLON du nom de son président.
Nous avons auditionné chaque semaine des grands dirigeants : Claude Bebear, Xavier Fontanet, la Présidente du MEDEF, Laurence Parisot...
L'objectif recherché : faut-il légiférer ou une auto-régulation est-elle imaginable ?
En effet, nous savons combien les rémunérations des grands patrons français ont progressé ces dernières années. Elles comptent parmi les plus élevées d'Europe et contrastent avec les évolutions de celles de la grande majorité des salariés. Les dirigeants de ces grandes entreprises tirent ainsi parti de la "mondialisation" prétexte à un alignement sur les rémunérations des grands patrons américains, alors que la même "mondialisation" justifie tous les sacrifices demandés aux salariés.
Il n'est pas normal que l'on assiste à une telle explosion des inégalités et tout particulièrement à une explosion des rémunération des dirigeants :
> PHOTO DU MOIS
> TRAVAIL À L'ASSEMBLÉE NATIONALE