L'environnement au coeur
d'une production ovine de qualité.
Jean-François Lardant conduit un troupeau de 900 brebis, destiné à la production de
viande d’agneau, aux portes de l’Isle-Jourdain. Président pendant 12 ans de l’Association de développement ovin de la Vienne (organisation de producteurs), qui compte 130 adhérents pour un
effectif total de 60 000 brebis. Celui-ci a confié ses interrogations et ses motivations pour un métier qui s’inscrit depuis des lustres dans la dynamique agro-environnementale, bien avant,
en tous cas, que le concept n’ait été inventé, voire galvaudé.
Pouvez-vous situer en deux mots, la
position de l’élevage ovin en France ?
Le nombre d’éleveurs a beaucoup diminué ces
dernières années. Il n’a pas résisté à la mise en cultures de surfaces qui s’y prêtaient peu ou prou, au détriment de la sole consacrée aux prairies.
La charge de travail à l’hectare est moindre ;
mais c’était sans compter sur l’effondrement des prix des céréales que nous connaissons actuellement. Cette situation remet en cause la stratégie de la « céréalisation » à
outrance.
De ce fait, nous ne produisons plus qu’environ 40
% de la viande de moutons consommée dans l’hexagone. Si nous avons traversé des périodes difficiles, nous pouvons dire qu’aujourd’hui la production ovine, nourrit son homme pour peu que l’on
s’attache à produire des agneaux de qualité, autant que possible labellisés.
Quels sont les moyens que vous mettez en
œuvre ?
Je me suis inscrit depuis longtemps dans une
démarche de certification. Et je trouve que c’est enrichissant de travailler avec un cahier des charges. J’en veux pour preuve, le prix du kilo, qui fluctue ces dernières années, entre 5 et 6
euros, pour des carcasses variant de 18 à 20 kilos. Ajouté à cela, les aides liées à la contractualisation et au dispositif du maintien des troupeaux ovins, nous ne sommes pas actuellement les
plus mal lotis. Je participe également à une réflexion collective, avec une quinzaine d’autres éleveurs. Notre objectif : revaloriser les prairies. En optimisant les formes de pâturage, la flore
des prairies et les stades de récolte, nous atteignons parfois des résultats surprenants.
Jean-François Lardant vise également, encore plus
d'autonomie, et cultive en outre une vingtaine d’hectares de céréales, qui sont auto-consommées sur l’exploitation. Celle-ci compte 140 hectares dont 40 hectares de prairies
naturelles.
« La première source de protéines, c’est l’herbe », indique t-il. L’éleveur
évoque au passage les contrats territoriaux d’exploitation – CTE - mis en place en son temps par Jean Glavany, alors qu’il occupait la fonction de Ministre de l’Agriculture.
« Nous avions alors une vision à moyen terme. Aujourd’hui, notre souci majeur, c’est
l’après 2013. Suite à la énième réforme de la PAC, allons-nous enfin assister à un rééquilibrage des aides entre éleveurs et céréaliers ? Ou serons-nous définitivement confrontés à la dure
loi d’un marché complètement mondialisé ? »
Jean-François Lardant, n’est cependant pas homme
à baisser les bras. Et n’imagine d’ailleurs, aucunement, exercer une autre activité que l’élevage de moutons sur les versants de la vallée de la Petite Blourde. Son fils Antoine, qui envisage de
s’installer sur l’exploitation, et qui participe actuellement à mi-temps aux travaux de la ferme, n’a pas non plus d’autres ambitions.
« On peut économiser en travaillant collectivement ». Jean-François Lardant
adhère à une CUMA (Coopérative d’utilisation de matériels agricoles). « Ça me permet de réduire mes charges de mécanisation… et de rompre l’isolement !
Avez-vous d’autres perspectives
?
Peut-être : le développement de circuits courts,
lesquels véhiculent une image différente ; la mise en place de partenariats, le développement du tourisme…
Je suis résolument optimiste, la production ovine
représente une opportunité pour l’installation de jeunes éleveurs. Elle offre un retour rapide sur investissement », confie t-il.
Il dévisage alors le vallon qui se dessine sous ses yeux : « on l’appelle la
petite Suisse », glisse t-il en forme de conclusion.