Dans le courant de l’été 2018, avant que n’éclate la crise des « gilets jaunes », une étude conduite par l’Ifop – commandée par le groupe Union centriste au Sénat, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1003 personnes – révélait que plus de six personnes sur dix estiment que les pouvoirs publics devraient concentrer leur action sur « la France des campagnes ».

L’étude révélait aussi que pour 7 Français sur 10, cette « défense des territoires » passe par le maintien des services de proximité comme les écoles, les bureaux de poste ou les cabinets médicaux. Le « soutien du développement économique et la création d’emplois » figuraient également parmi les principales attentes des Français pour les territoires.

En octobre, une autre enquête intitulée « Territoires ruraux : perceptions et réalités de vie » pour le compte de l’association Familles rurales, mettait en lumière là encore, que 8 Français sur 10 considèrent la vie à la campagne comme le mode d’existence idéal, et révélait plusieurs faits marquants :

  • Alors que la ruralité est, dans l’opinion publique, associée à des difficultés socio-économiques et au déclin, elle est en revanche synonyme de qualité de vie remarquable et enviable pour les ruraux qui restent très attachés à leurs territoires.

 Spontanément, les ruraux associent d’abord la ruralité à la qualité de vie, quand les Français l’associent d’abord à des difficultés socio-économiques.

59% des Français estiment que le monde rural est « en déclin » contre seulement 43% des ruraux. Si globalement, les Français sont satisfaits de leur position dans la société, ils seraient plus nombreux dans le monde rural.

Alors que 56% des ruraux sont pessimistes au sujet de leur avenir contre 49% des Français, seuls 5% d’entre eux déclarent cependant vouloir quitter leurs lieux de vie.

Les ruraux comme les Français placent la « France des campagnes » en tête des territoires délaissés, devant la « France des banlieues » ou la « France périurbaine ».

1 habitant du monde rural sur 2 estime que celui-ci est « abandonné », leur commune ne bénéficie pas de l’action des pouvoirs publics.

  • Pour 4 Français sur 5 le mode de vie idéal est de vivre à la campagne.

La qualité de vie, le calme et la nature apparaissent comme les principaux attributs des ruralités qui pourraient conduire les Français à s’installer dans le monde rural, devant le moindre coût de la vie.

60% des Français déclarent que s’ils devaient créer une entreprise, ils souhaiteraient le faire en milieu rural.

Il conviendrait bien sûr de préciser ce que l’on entend précisément par « ruralité », voire d’évoquer plutôt « les ruralités » pour évoquer ces territoires qui ont beaucoup changé dans les dernières années.

Dans ce domaine, l’étude « Typologie des campagnes françaises » commandée par la DATAR en 2011 semble mieux appréhender les enjeux des territoires ruraux en distinguant trois grandes catégories de «campagnes». Elles incluent toutes les communes qui n’appartiennent pas à une unité urbaine regroupant plus de 10 000 emplois. Dans cette acception large dans laquelle se reconnait Familles Rurales, les ruralités représentent 27,4 millions d’habitants soit presque 43 % de la population.

Ces deux études sont particulièrement intéressantes en ce qu’elles traduisent (sur certains sujets : qualité de vie, attachement au lieu de vie, etc.) des sentiments plus positifs chez les ruraux que chez la majorité des Français dans leur globalité.

 

Ces résultats offrent ainsi un démenti à opposer aux représentations collectives déclinistes, trop généralement diffusées lorsque l’on parle des ruralités.

Si dans leur globalité les Français semblent partager ces visions pessimistes, les ruraux expriment une vision plus positive de leur environnement : 93% d’entre eux sont satisfaits de vivre dans le monde rural, dont 53% très satisfaits.

À leurs yeux, la ruralité est dynamique, moderne, attractive et, surtout, elle est perçue comme une partie de la France qui connaît un renouveau.

9 Français sur 10 considèrent que la ruralité gagnerait à être mieux connue.

Même si ces études montrent combien les ruraux souhaitent que l’on reconnaisse leurs difficultés et qu’ils attendent en priorité que les pouvoirs publics agissent contre la désertification médicale, pour la présence de services publics et de commerces, et en faveur de l’installation d’entreprises ou pour l’amélioration de l’accès à internet, il n’en reste pas moins vrai que tout laisse à penser qu’ils entretiennent avec leurs territoires des relations beaucoup plus favorables, modernes et porteuses de développement et d’avenir que certains préjugés le laissent croire. Plus que jamais, il semble nécessaire de déconstruire les idées reçues !

Bien sûr, les Français qui disent aspirer à vivre dans les ruralités, conditionnent leur éventuelle installation à la présence de services publics, et à une offre d’emplois et de transports suffisante. On retrouve là une bonne partie de ce qui ressort aussi des réunions publiques organisées dans le cadre du Grand débat national.

Cependant, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans de précédents billets (juillet et octobre 2018), au moment où les préoccupations relatives aux conditions de vie et aux pollutions dans les centres urbains ne cessent de croître, nous pouvons être raisonnablement optimistes pour les ruralités ; l’étude réalisée par Familles rurales conforte ce sentiment puisque les jeunes Français y expriment un fort attrait pour les campagnes : 60% des moins de 25 ans déclarent que le monde rural est attractif, contre 45% de l’ensemble de la population. Ce sont eux qui construiront, à court terme, le monde demain, ne l’oublions pas !

L’étude, dans ses conclusions, insiste sur la nécessité de changer le regard sur les ruralités dont il convient de « promouvoir les potentiels de modernité, et forger dans l’opinion et auprès des pouvoirs publics la conviction qu’elles sont un atout pour la cohésion et l’avenir de notre pays ».

Au moment où se déroule le Grand débat national né de la crise des « Gilets jaunes », l’État et le Gouvernement seraient bien inspirés d’entendre ce qu’attendent ces quelque 27 millions de nos concitoyens liés aux espaces ruraux qui ont trop souvent l’impression d’être laissés pour compte et abandonnés.

« Si la diversité des ruralités appelle des solutions multiples, les enjeux à relever sont bien identifiés. Lutter contre la diversification médicale, la disparition des commerces de proximité, le recul de l’offre de transport collectifs, l’éloignement des services du quotidien, représente la première des urgences. Des solutions sont à portée de main.

Mettre le numérique au service de la population, favoriser le télétravail, la télémédecine, l’accès aux services dématérialisés, est à même de reconnecter tous les territoires. Engager un plan ambitieux de transition écologique pour préserver et conforter la qualité de vie, premier atout d’attractivité des territoires ruraux est à même de répondre à la principale aspiration exprimée par les Français dans cette étude »[1].

[1] https://www.famillesrurales.org/sites/multisite.famillesrurales.org._www/files/ckeditor/actualites/fichiers/Rapport%20Etude%20RURALITES%20d%C3%A9f_0.pdf

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