Lancé au printemps 2018 à l’initiative, entre autres, du climatologue Jean Jouzel (membre de l’Académie des sciences et ancien vice-président du GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et de l’économiste et ingénieur-agronome diplômé de Sciences-po, Pierre Larrouturou, qui avait été l’un des premiers à annoncer la crise financière de 2008, le projet de PACTE FINANCE-CLIMAT EUROPÉEN (www.pacte-climat.eu/fr/) rassemble des signataires de plus en plus nombreux en Europe : du Président de la Confédération européenne des syndicats à Laurence Parisot ; de Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry ou Anne Hidalgo à Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé ; de Pascal Lamy à Laurent Berger ; et des centaines d’autres personnalités (élus, scientifiques, économistes, etc.) ou organisations, de la Fondation Nicolas Hulot au Centre des jeunes dirigeants d’entreprises, en passant par l’Association des Maires ruraux de France, et bien d’autres.

Les signataires de cet appel demandent solennellement aux chefs d’État et de Gouvernement européens de mettre en œuvre au plus vite un Pacte Finance-Climat, qui assurerait pendant 30 ans des financements à la hauteur des enjeux relatifs à la transition énergétique sur le territoire européen et mettrait la finance au service du climat et de l’emploi.

 Ce Pacte Finance-Climat regroupe les hommes et les femmes qui veulent lutter avec force contre le dérèglement climatique et se reconnaissent dans une démarche citoyenne liant sauvegarde de la planète et justice sociale. Un de ses objectifs fondamentaux est d’obtenir au plus vite un pacte européen assurant des financements à la hauteur des besoins pour réussir la transition énergétique en Europe, en Afrique, et dans tout le pourtour de la Méditerranée. À travers une forme de lobbying citoyen, les signataires visent à l’adoption d’un traité européen pour mettre la création monétaire au service de la transition écologique.

Considérant qu’il n’est plus possible de rester sans agir,  ces « Citoyens d’Europe et Citoyens du monde associés dans une même communauté de destins » n’acceptent pas que l’humanité se dirige, sans réagir, vers le chaos climatique ; ils considèrent qu’il est fondamental d’engager une véritable mobilisation de l’opinion publique sur le sujet, et  souhaitent tout mettre en œuvre pour que le plus rapidement possible l’Europe ratifie un traité visant à mettre la finance au service de la lutte contre le dérèglement climatique, en Europe et dans les pays du Sud.

Considérant que cette mobilisation offre une opportunité historique pour répondre conjointement à la crise du climat, au déficit d’emplois de qualité et à la perte de sens du projet européen, le Pacte Finance-Climat propose la création de deux outils :

  1. la Banque européenne du climat et de la biodiversité, filiale de la BEI (Banque européenne d’investissement),
  2. le Fonds européen « climat et biodiversité » doté d’un budget d’ampleur inédite pour conduire des politiques européennes à la hauteur du défi climatique.

L’idée de ce Fonds européen « climat et biodiversité » propose une ambition sans précédent : financer un budget de 100 milliards d’euros par an, qui serait uniquement destiné à la transition écologique en Europe, en Afrique et sur tout le pourtour de la Méditerranée.

Une des priorités politiques serait de n’affecter ni les ménages, ni les acteurs économiques vulnérables à une taxation. Ce Fonds serait donc alimenté par une contribution des entreprises opérant dans l’Union européenne. Cette contribution prendrait la forme d’un prélèvement sur les bénéfices avant impôts au-dessus d’un seuil de chiffre d’affaires. Les petites entreprises et les artisans ne seraient pas concernés par cette fiscalité. Cette contribution serait variable en fonction de l’évolution du bilan carbone de l’entreprise. Une entreprise qui se donnerait les moyens de diminuer son bilan carbone verrait diminuer sa contribution au Fonds européen « climat et biodiversité ».

Pour relever ce défi et réussir ce chantier colossal, il faut aller vite, très vite ! Le dernier rapport du GIEC affirme qu’il faut diviser par 2 nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 pour espérer limiter le réchauffement à 1,5°C.

Il y a un peu plus d’un an, lors de sa démission, Nicolas Hulot a vivement regretté de n’avoir pas disposé des budgets à la hauteur de la menace qui pèse aujourd’hui sur l’humanité. Et le problème est aujourd’hui le même dans tous les pays d’Europe. Pour l’ensemble de l’UE, la Cour des comptes européenne estime qu’il faut investir quelques 1 100 milliards par an. Comment trouver ces sommes colossales ?

Lors de sa dernière université d’été, de retour à La Rochelle, le Parti socialiste a réuni ses partenaires Nouvelle Donne, Place publique et le Parti radical de gauche afin de débattre collectivement de l’urgence climatique, dans le cadre d’une plénière : « Face au dérèglement climatique : pas de temps à perdre ! », au cours de laquelle Pierre Larrouturou (député européen Nouvelle Donne) a fait une intervention très remarquée (https://www.nouvelledonne.fr/retour-sur-les-universites-dete/).

Le livre – dont il est le co-auteur avec Anne Hessel, fille de Stéphane Hessel, et Jean Jouzel, Finance, climat : réveillez-vous ! Les solutions sont là (publié à l’automne 2018 aux éditions Indigènes) a opportunément été offert à tous les participants intéressés. Une très intelligente action d’information, voire d’éducation populaire…

Si vous ne l’avez pas encore lu, et si vous ne lisez qu’un seul livre en cette rentrée 2019, lisez celui-là !

Ce que l’on y apprend, dans une démonstration à la fois très claire, accessible et efficace, est édifiant et vertigineux. Cela pourrait entraîner une sidération par l’inquiétude (face au péril climatique, mais aussi face à l’alerte sur la dette mondiale et l’actuelle probabilité d’une nouvelle crise financière brutale dont le FMI estime qu’elle pourrait provoquer dix fois plus de dégâts que celle de 2008 !), mais offre pourtant une formidable raison d’espérer, si nous parvenons tous et toutes à nous mobiliser et à agir !

On y mesure en effet combien le système qui sous-tend actuellement nos sociétés est beaucoup plus fragile qu’on ne l’imagine, malgré la prise de conscience croissante de ce qui menace l’avenir de notre humanité.

On y rappelle –entre autres vérités qui commencent à être largement connues et partagées- que la France a vu ses émissions de gaz à effets de serre non pas diminuer de 3% mais augmenter de 3% en 2017 ! Que les réactions en chaîne, les « effets dominos » et cercles vicieux, qui accélèreront le dérèglement climatique, risquent de devenir incontrôlables si nous n’agissons pas de manière radicale dans les trois à cinq ans : « Nous allons bientôt parvenir à un point de non-retour, un point de rupture au-delà duquel nos efforts seront vains ».

Nous devons donc changer radicalement notre modèle de développement. Pour parvenir à limiter très fortement nos émissions à effet de serre, il va non seulement falloir revoir l’isolation de tous nos bâtiments publics et privés, revoir en profondeur nos modèles agricoles et notre chaîne alimentaire (circuits courts ; consommer moins, plus localement, et des produits de meilleure qualité), repenser nos modes de transport, et même nos pratiques culturelles, la consommation d’énergie liée à Internet n’allant pas être soutenable dans la durée… Il va falloir privilégier la sobriété ; réapprendre à réparer, à recycler et à réutiliser ; investir dans des emplois utiles et non-délocalisables, souvent liés aux réseaux de l’économie sociale et solidaire ; bref revoir fondamentalement nos modèles, nos pratiques de vie, et investir très massivement dans la recherche et tout ce qui est renouvelable.

Tout cela nous commençons à le savoir plus ou moins…

Ce que je mesurais en revanche beaucoup moins avant d’avoir fiévreusement dévoré ce livre, ce sont les liens entre finance et climat ; et qu’il est possible de réussir – et surtout de financer – ce chantier colossal !

« Non seulement l’argent qui permettrait de financer la transition écologique existe, mais au lieu de régler cette question majeure, il va [actuellement] au pire endroit : alimenter la spéculation, booster les inégalités, jusqu’au krack final ». Il convient donc de le réorienter.

À la lecture stimulante de ce petit ouvrage d’intérêt public, on comprend qu’avec le Pacte Finance-Climat européen nous pouvons non seulement garder un espoir raisonnable de gagner la bataille face au réchauffement climatique et ses conséquences délétères pour la vie sur Terre ; mais aussi répondre à plusieurs autres crises (chômage, projet européen, etc.), dont la moindre n’est pas celle des migrants qui provoque déjà tant de drames humains.

Comme le souligne la philosophe Cynthia Fleury : «  Nous scindons les crises, alors que bien sûr ce sont les mêmes : aujourd’hui il n’y a pas de justice sociale sans justice environnementale. Il n’y a aucun contrat social sans préservation des services écosystémiques… ».

Il est urgent d’agir en faveur d’un nouveau modèle de développement, également urgent de lutter contre les découragements, parce que c’est maintenant ou jamais et nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !

 

 

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