Tous les six ans, et après chaque échéance électorale européenne, la politique agricole commune (PAC) fait l’objet d’une nouvelle négociation. Celle-ci couvrira la période 2021-2027.

Les négociations sont toujours observées avec crainte par les agriculteurs, tant la PAC pèse dans leurs revenus et surtout parce qu’on ne sait pas encore quel sera l’impact de la sortie du Royaume-Uni.

Globalement, ce sont 308 milliards d’euros qui ont été répartis entre les 28 pays membres au cours de la période précédente, dont 63 milliards pour la France.

Les enjeux des élections européennes sont de taille puisque de nombreux pays voudraient voir autrement utilisées ces sommes qui finançaient le premier budget européen depuis la création de l’Europe. Et l’agriculture n’a pas le même poids selon les économies des Etats membres, sans parler que l’objectif premier, l’auto-suffisance alimentaire, a été atteint depuis bien longtemps et que l’Europe est exportatrice.

Où sont les enjeux aujourd’hui, enjeux qui doivent être partagés ?

Le Ministre de l’agriculture les a rappelés en préambule aux discussions engagées. Outre l’accompagnement des mutations du secteur et le maintien d’une Europe forte dans ce domaine, sont évoqués l’enjeu environnemental et la protection contre les risques climatiques, la protection contre les risques sanitaires et le renouvellement des générations.

Certains thèmes sont récurrents, d’autres plus affirmés, et certains nous sont servis à chaque négociation, preuve s’il en est que les orientations précédentes ont échoué. S’il en fallait une démonstration il faut la chercher dans le renouvellement des générations.

En 2008, la France comptait encore 514 000 agriculteurs pour 448 500 seulement 10 ans plus tard. La France perd entre 1.5% et 2% de ses agriculteurs par an. Les installations ne compensent toujours pas les départs et 30 000 cessent définitivement leur activité chaque année !

Le renouvellement intra-familial concernant moins d’une exploitation sur deux, et seulement 3% des nouveaux installés étant des néo-ruraux, on aura compris que la baisse amorcée il y a maintenant 50 ans n’est pas terminée.

La PAC seule ne pourra pas suffir à endiguer l’hémorragie.

Mais encore faut-il en avoir la volonté politique à l’échelle d’une profession encore marquée par la mainmise d’un syndicat majoritaire, la FNSEA, qui est aussi responsable de cette situation.

Parce que depuis 1992, date clé du changement des règles de financement de la PAC, à chaque échéance de son renouvellement les mêmes erreurs ont été commises et les résultats sont ceux que l’on connait : agrandissement permanent des exploitations et son corollaire, diminution du nombre d’agriculteurs (certaines communes de la circonscription n’en comptent plus qui y résident !), orientation vers les grandes cultures au détriment de l’élevage, concentration des élevages et ses conséquences sur les risques sanitaires,…

D’errances en errances, voilà le résultat !

Et pourtant, le commissaire européen Dacian CIOLOS, en charge de la négociation de la PAC qui s’achève, avait une vraie vision des changements nécessaires.

Il n’a pas été suivi par le Parlement européen, manifestement encore trop influencé par les lobbies de l’agro-chimie dont le scandale MONSANTO, révélé depuis, en a été la démonstration.

La nouvelle PAC doit être orientée de manière à accompagner les modèles les plus vertueux. Elle doit aussi rémunérer tous les services apportés aux territoires, au-delà de sa seule dimension productive. Il faudra aussi s’interroger sur la finalité de cette production : produire des ressources pour alimenter un méthaniseur est-ce l’équivalent d’une production à des fins alimentaires ?

Mais l’audace voudrait aussi que les aides soient réservées aux actifs (par unité de travail par exemple) au détriment de la rente d’argent public européen dont bénéficient trop de grands propriétaires fonciers, même si les Anglais n’en profiteront plus en se retirant de l’Union Européenne.

Il faut aussi que l’environnement ne soit plus l’affaire que du deuxième pilier, lequel suppose la mobilisation de soutiens nationaux, mais qu’il soit désormais partie intégrante du premier pilier. En ce sens, la valorisation des herbages est essentielle et corrigerait l’erreur historique qui a consisté à attribuer une aide de 350€/ha pour du maïs irrigué, quand un éleveur de moutons ne touchait que 100€/ha !

Sans parler d’un système aberrant qui voit le drainage évacuer l’eau des zones tampons en hiver pour demander ensuite la création de bassines alimentées par des forages qui tarissent sources et rivières, prélèvent l’argent public des agences de l’eau, elles-mêmes financées par les consommateurs. Consommateurs qui doivent aussi payer le traitement des eaux pour les rendre potables.

Et puisque le changement climatique est une réalité, il faut aussi que la PAC apporte sa contribution, non pas de manière curative, mais plutôt en promouvant des pratiques agronomiques où l’anticipation et la prévention seraient encouragées.

Il est vraiment temps de réinventer cette politique, non-seulement pour en corriger ses injustices mais aussi pour reconquérir de la biodiversité et surtout pour faire revenir des agriculteurs dans nos territoires, et de la qualité dans nos assiettes.

Que ceux qui ont compris ces messages en soient remerciés par notre soutien de consommateurs !

Aux autres, je les mets en garde contre un réveil difficile, avec une PAC moins généreuse mais plus vertueuse.

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