Parcourant depuis de longues années le département et ma circonscription, à titre professionnel, ou en ma qualité d’élu ou de simple citoyen né dans ce territoire, j’ai vu celui-ci progressivement se transformer.

L’agriculture, activité économique dominante, n’est pas étrangère à cette transformation.

Alors que la question climatique domine de plus en plus l’actualité, qu’un épisode de sécheresse durable frappe notre région, que la biodiversité recule chez nous comme ailleurs et, que se profile une nouvelle « Politique Agricole Commune », la lecture d’un fort instructif rapport du CGAER (Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux) sur les « zones intermédiaires », m’incite à me pencher une nouvelle fois sur l’avenir économique de notre agriculture départementale.

Dans ce rapport (n°18068 de janvier 2019), tout le département de la Vienne est défini comme une « zone intermédiaire », sur une carte qui trace une bande diagonale allant de la Lorraine aux Charentes, soient 18 départements et 4 parties de départements.

Ces zones intermédiaires sont sans statut particulier : ni zone de plaine, ni zone de montagne.

Les points communs de ces zones intermédiaires ont été dégagés et, nous les retrouvons dans la Vienne et la circonscription qui nous concerne, en l’occurrence.

Ces territoires se caractérisent par :

– Une géologie commune avec des potentiels de sol variables : La Trimouille et le Civraisien disposent de grandes plaines aux possibilités agraires contrastées.

– La présence d’exploitations agricoles aux surfaces plus importantes que la moyenne française : 91 ha en moyenne dans la Vienne (dont 120 ha pour les céréales) pour 52 ha en France.

– Une production de matières premières non-transformées par manque d’entreprises : le négoce ou les coopératives regroupées, à l’exception de C.O.C et de la Coopérative de la Tricherie, se limitent à mettre la marchandise dans des camions ou des trains pour les envoyer en l’état vers le port de la Pallice, près de La Rochelle.

– Une densité de population faible : 36 habitants au km² dans la circonscription pour 63 en Vienne et 122 en France (en 2018).

Et ce n’est pas parce que les « grandes cultures » à vocation céréalière remplacent progressivement l’élevage, que la taille des exploitations ne cesse de s’accroitre et leur nombre de diminuer, que les campagnes se vident et que les haies et les arbres de haute tige disparaissent… que notre territoire est pour autant devenu une « zone de plaine » !

Alors, quel avenir peut-on envisager pour ces espaces « intermédiaires », plus sensibles que d’autres au changement climatique et aux aléas du marché des matières premières agricoles, dont on sait par ailleurs qu’il est aujourd’hui mondial et spéculatif ?

Des analyses et observations de la mission du CGAER une conclusion générale se dégage : « le modèle de production ”grandes cultures” couramment pratiqué dans ces zones intermédiaires est arrivé, sur de nombreux points, à son terme et doit évoluer pour éviter de se retrouver dans une impasse. »

Ce système précisément décrit dans le rapport est illustré par notre agriculture locale qui s’est récemment détournée de ses orientations premières (polyculture, élevage…) et des pratiques agricoles qu’elles sous-entendent (rotations culturales).

C’est le paradoxe de ce système, de porter dans sa logique délétère sa propre fin ! La fin d’un modèle construit autour de la spécialisation en grandes cultures, simplification des rotations, intensification et, agrandissement de la superficie des exploitations.

Le poids des coûts de production est trop lourd pour des structures encore trop individuelles et, la diversification des cultures ou activités trop faible, voire totalement absente.

Ce système, nous dit la mission, « se traduit par une insuffisance d’analyses individuelles et de stratégies partagées quand la gestion de l’eau est inadaptée aux conditions climatiques de ces territoires. »

Restent les soutiens publics, essentiellement la PAC, qui seront forcément diminués du fait du retrait britannique ou de nouvelles orientations, conséquences des enjeux climatiques, de la préservation de la biodiversité et de la demande citoyenne pour une alimentation de qualité.

Il devient alors urgent de transformer les menaces en opportunités.

La mission recommande d’élaborer des orientations partagées entre tous les acteurs, permettant une plus grande convergence de la définition et de la mise en œuvre des politiques de territoires.

La compétence économique et d’aménagement du territoire ayant été confiée aux Régions et, les Chambres d’agriculture portant l’ensemble des problématiques du secteur agricole, il est urgent de construire de vrais projets de territoire pour que ces zones intermédiaires trouvent leur place dans une économie plus locale.

Chez nous, des pistes existent d’ores et déjà :

  • nous manquons de viande ovine en France et nous avons perdu la moitié du cheptel en 20 ans ;
  • des exploitations s’orientent avec succès vers la transformation de leur production, en lait notamment ;
  • la production de luzerne présente de nombreux avantages agronomiques et des débouchés ;
  • des formes de diversification associées à l’existant peuvent être inaugurées au travers des structures de type GIEE par exemple ;
  • enfin, l’agro-écologie offre aussi une alternative…

Alors, avant qu’il ne soit trop tard, il est possible, voire urgent, d’engager une nouvelle révolution agraire !

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