Depuis plusieurs mois, tout va vite, très vite ; ne doit-on pas dire trop vite ?

Il y a tout juste un an, Emmanuel Macron arrivait en tête du 1er tour de l’élection présidentielle, malgré l’expression d’électeurs et d’électrices sensibles aux propositions très conservatrices, populistes ou radicales d’autres candidats.

Lasse des jeux d’appareils, des clivages frontaux, des excommunications et postures idéologiques stériles – qui assèchent le débat politique et l’éloignent à mes yeux de la complexité du réel -, j’ai fait le choix d’une espérance et d’une autre voie susceptible de (ré)concilier liberté, égalité et justice sociale, que seule peut unir la solidarité.

J’ai adhéré à une large part du discours de notre nouveau président lors du congrès de Versailles le 3 juillet 2017, à l’humanisme de son hommage à Simone Veil quelques jours plus tard, à sa profession de foi en l’Europe le 7 septembre à Athènes, puis le 26 septembre à la Sorbonne, tout en mesurant combien cet ambitieux projet volontariste serait à la fois passionnant et difficile.

Si, dans un monde en profonde mutation, notre société doit à l’évidence se remettre en question et évoluer rapidement, les réformes demandent cependant du temps pour être pensées, acceptées et pour réussir : le temps de la négociation et de la réflexion collective, de la co-construction des nouveaux modèles avec celles et ceux qui sont concernés ; celui du mûrissement des expérimentations et des propositions.

Ce temps est également nécessaire au Parlement, pour que les élus puissent étudier en profondeur les transformations proposées par l’exécutif : c’est dans les détails que se niche souvent le diable, on le sait !

Il est nécessaire parce que pour débattre dans des conditions démocratiques sereines, un député doit aussi, comme tout le monde, reprendre son souffle, disposer de recul et de liberté. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut parler de l’indispensable équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif.

Depuis presque un an, j’ai la chance de cheminer auprès d’un élu qui, en conscience et très honnêtement, a fait le même pari que moi : celui d’une nouvelle organisation politique pour tenter de sortir notre pays de la crise à la fois morale, sociale, économique et culturelle dans laquelle il s’était enfoncé. Un élu qui vient à nouveau d’exprimer courageusement ses convictions.

L’un comme l’autre, nous n’oublions pas cette affirmation du président de la République dans son livre-programme, Révolution : « Si par libéralisme on entend confiance en l’homme, je consens à être qualifié de libéral. Car ce que je défends, en retour, doit permettre à chacun de trouver dans son pays une vie conforme à ses espérances les plus profondes. Mais si, d’un autre côté, c’est être de gauche que de penser que l’argent ne donne pas tous les droits, que l’accumulation du capital n’est pas l’horizon indépassable de la vie personnelle, que les libertés du citoyen ne doivent pas être sacrifiées à un impératif de sécurité absolue et inatteignable, que les plus pauvres et les plus faibles doivent être protégés sans être discriminés, alors je consens volontiers à être qualifié d’homme de gauche » (chapitre II).

Et quelques pages plus loin : « Il y a dans l’esprit français cette prétention à l’universel qui est à la fois une indignation constante contre l’injustice et la soumission (…). »

Alors, oui, demeurons français en exprimant librement, tels des lanceurs d’alertes, des doutes et des inquiétudes ; et faisons-le, non pas motivés par une démarche « contre », mais pour contribuer à construire l’avenir de notre pays dans les meilleures conditions.

Pour cela, dans bien des domaines, il convient de ne pas oublier que :

  • des majorités ont été trouvées au printemps 2017 avec une faible participation du corps électoral (19% des inscrits au premier tour des présidentielles),
  • ces majorités ont été atteintes grâce aux votes d’une importante partie de la gauche social-démocrate,
  • enfin, l’exécutif ne tient pas assez compte de certaines promesses initiales.

Je ne prendrai que deux exemples :

1 / « Nous devons donner aux syndicats les moyens de la négociation et renforcer leur légitimité » (cf. Révolution / chapitre IX).

Quelques mois après la validation des ordonnances Travail, la principale organisation syndicale réformiste, la Cfdt, exprime sa grande déception sur la place laissée au dialogue social depuis l’été 2017. Elle regrette, en particulier, l’occasion manquée de faire (enfin) entrer une représentation significative des salariés dans les conseils d’administration des entreprises ; une ambition que le président de la République a pourtant à nouveau réaffirmée lors du récent débat avec E. Pleynel et J.J. Bourdin.

2/ « Vouloir la France, c’est vouloir ses valeurs. Cette ambition simple est au cœur de notre politique migratoire depuis des décennies. Ce qui fonde l’accueil français, ce n’est pas seulement une générosité ou une tradition, c’est la volonté partagée de construire une destinée commune où l’autre est vu comme un enrichissement, une nécessité profonde. » (Révolution / chapitre XII).

Pour mettre en œuvre cette généreuse déclaration d’intention, encore faudrait-il créer les conditions nécessaires à son application, à savoir du temps et des moyens pour l’accueil initial des étrangers, et un personnel suffisant dans les préfectures et les organismes qui gèrent les demandes d’asile en France. Ce n’est qu’à ce prix, et avec une réelle volonté politique à tous les niveaux de l’État, que l’on pourrait envisager de réduire les délais d’instruction des dossiers de manière digne et acceptable. Ce n’est malheureusement pas le cas sur le terrain.

Comme viennent de le dire Daniel Cohn-Bendit et le cinéaste Romain Goupil, plaidant pour un « nouvel ordre de l’hospitalité » : « faute d’apporter des réponses dignes, efficaces et durables, on se contente de montrer les muscles, de faire semblant de les montrer ou d’en mettre là où ils n’ont pas lieu d’être » ; nous pourrions en dire de même du traitement de certains zadistes de Notre-Dame-des-Landes, tout en dénonçant, en même temps, les manifestations irresponsables de minorités radicalisées face aux forces de l’ordre.

Il convient de sortir des concertations de façade. Les réponses dignes, efficaces et durables, ne se décrètent pas ; elles ne s’inventent ni dans la précipitation, ni sans les moyens nécessaires à leur mise en œuvre : c’est vrai de l’application de la loi ORE pour l’entrée dans les universités, comme du premier accueil des étrangers en France, et de bien d’autres réformes (SNCF…).

On ne pourra pas faire l’économie de ce qui conditionne une transformation réussie. Sans cela, les réformes risquent bien d’accentuer encore les fractures entre Français, d’accroître incompréhensions et inégalités, et d’échouer à réconcilier la France.

« Les politiques publiques sont efficaces lorsqu’elles sont construites avec les citoyens auxquels elles sont destinées » (E. Macron, Révolution / chapitre XVI). Ne l’oublions pas !

3 Réponses

  1. Jean-Claude

    Entre les belles déclarations et la littérature d’avant les présidentielles et ce que nous vivons et subissons en ce moment, quel décalage !

  2. Bernard

    “Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement ; et les mots pour le dire arrivent aisément”. (N.Boileau). La dialectique de Sylviane Sambor arrive à point nommé pour soutenir “à cris et à cors” celui que je n’ai…point nommé!

  3. Bernard

    Rien à rajouter, très bonne réflexion

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.