De la population à n’en pas douter !

On en parle depuis 1954, l’année de ma naissance !

Rien de plus normal qu’on en parle encore, puisque rien n’a été fait, sinon accumuler les occasions manquées.

Comment ?

Tout d’abord en se dispersant : autant d’associations que de petites chapelles, toutes dépendant d’élus locaux et nationaux, auxquels s’ajoutaient les intérêts privés de quelques-uns, selon le sens de circulation ou l’usage attendu de la route. Trois associations se disputaient encore en 2007 le meilleur trajet et le meilleur moyen de le financer : privé, public ou les deux à la fois.

Et les études continuèrent comme les Shadocks pompaient.

Nous ne sommes plus en 1954, mais les transporteurs refusent toujours la « vignette-poids lourds », et l’épisode des bonnets rouges en 2013 nous rappelle combien ce dossier est porteur d’ambiguïté chez les mêmes qui prônent aujourd’hui un projet autoroutier.

Les élus qui se sont succédés, et l’inertie de certains, ont aussi leur part de responsabilité. Je pense à des élus nationaux qui ont longtemps été en place, sans que rien ne bouge dans ma circonscription, ou à d’autres devenus Ministres pour lesquels relier le Poitou-Charentes et le Limousin n’a jamais été la priorité.

Nous avons aussi connu l’épisode du projet de TGV entre Poitiers et Limoges pour détourner l’attention pendant de longues années. L’incertitude s’est alors installée partout : chez les maires lors de l’établissement des PLU (Plans locaux d’urbanisme) ; auprès des entreprises et de la population face à l’hypothèse de la construction d’une infrastructure ferroviaire susceptible d’impacter fortement leurs projets ou leur cadre de vie ?

Du fait de ce manque de visibilité sur l’avenir, d’aucuns, de toute évidence, ne se sont pas installés dans le sud de la Vienne ou n’y ont pas développé leurs activités. Et, pendant ce temps, les accidents ont continué sur la RN 147.

Une lueur d’espoir est pourtant récemment apparue avec l’abandon du projet de ligne à grande vitesse. Il n’aurait à l’évidence que conforté ce mouvement souvent constaté ailleurs : les villes reliées se renforcent et les campagnes se vident. Sans compter que le coût du transport accroît l’exclusion sociale dans des territoires en voie de marginalisation.

Et on voudrait accentuer aujourd’hui ce non-sens territorial et environnemental, en créant une voie autoroutière ? Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit avec l’étude lancée le 16 juillet dernier à l’initiative de la ministre Élisabeth Borne, et dont le Préfet de région a présidé le 15 octobre à Limoges le premier comité de pilotage !

L’objectif du travail engagé par la DRÉAL est d’apprécier la faisabilité technique et économique de la construction d’une autoroute entre Limoges et Poitiers par mise en concession.

À quoi a servi le rapport Delabarre, le plus récent et le plus complet sur ce sujet ?

Les gouvernements se succèdent et les priorités changent tous les cinq ans. Comment voulez-vous que ne ressortent pas les vieilles recettes ?

En ne donnant pas immédiatement un caractère prioritaire à la réhabilitation de la ligne ferroviaire Poitiers-Limoges, on reprend le projet d’autoroute, et on annonce que l’État ne consacrera plus d’argent à l’aménagement de la RN 147 dont le tracé pourrait pourtant être celui de la future autoroute concédée !

Mais de qui se moque-t-on ? De nous tous.

Nous pensions le sujet évacué une fois pour toutes avec les financements issus des contrats de plan État-Région pour les réalisations des aménagements de Lussac-les-Châteaux et Limoges. Non, on remet une pièce dans la boite à études !

Les services de l’État perdent des fonctionnaires, mais l’État – c’est-à-dire nous tous – finance une nouvelle étude, et met les principaux acteurs concernés -institutionnels et associatifs des Deux-Sèvres, Vienne et Haute-Vienne- devant le fait accompli, sans concertation : une récente réunion de l’association « Voie rapide 147-149 » l’a clairement montré, mobilisant de nombreux élus locaux ou simples citoyens qui dénoncent l’initiative.

Après la privatisation des autoroutes, c’est l’avenir du monde rural qui est privatisé, tandis qu’un « grand ministère de la Cohésion des territoires » vient de voir le jour.

Qu’en pense notre nouvelle ministre ? Va-t-on associer son ministère au comité de pilotage, alors que l’association « Voie rapide 147-149 », qui travaille pourtant sur ce sujet depuis de nombreuses années, ne l’a pas été !

Si les services de l’État se donnent jusqu’à la fin du premier semestre 2019 pour juger de la pertinence de cette impertinente idée, il n’est cependant plus temps d’attendre. Au-delà d’un cadencement des travaux, c’est d’une vraie vision de l’aménagement du territoire dont nous avons besoin pour continuer de vivre dans nos espaces ruraux.

Et pendant ce temps des villes réfléchissent à créer des péages pour entrer dans leur agglomération ! Précurseur du mouvement surréaliste et du théâtre de l’absurde, Alfred Jarry n’a pas fini de faire des adeptes…

 

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