Il y a 4 ans, un groupe chinois entrait au capital de la société qui gère l’aéroport de Toulouse-Blagnac en prenant 49,9% de celui-ci. L’État lui cédait sa participation dans la plateforme aéroportuaire, en même temps qu’il consentait un pacte d’actionnaires qui, en pratique, donnait la majorité à l’investisseur étranger. Le ministre de l’Économie d’alors, Emmanuel Macron, voulait éviter que l’on parle de privatisation.

Ne faudrait-il pas tirer les enseignements de cette cession, alors même que la loi PACTE, qui est examinée à l’Assemblée Nationale et au Sénat, contient un article controversé sur la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP) ? ADP est un actif stratégique pour les uns, et un « centre commercial avec des ailes » pour les autres, à entendre la Majorité.

À l’examen de ce qui s’est passé à Toulouse, nous constatons que l’investisseur chinois qui avait déboursé 308 millions d’euros espère aujourd’hui une plus-value de 200 millions, soit 60% en 4 ans !

Comment l’expliquer ? Ce n’est pas par la seule modernisation de l’aéroport, qui l’a été sur fonds propres, mais bien parce que le trafic a augmenté. Le nombre de passagers est passé de 7,5 millions en 2014 à 9,6 millions en 2018, une augmentation à l’image de l’expansion économique et démographique d’une région attractive.

Un rapport parlementaire et la Cour des Comptes pointent aussi une politique de distribution de dividendes que l’État actionnaire n’a pas refreiné. En d’autres termes, l’investisseur chinois a vidé les caisses et s’en va, tirant profit non pas de sa gestion de l’aéroport, mais du dynamisme local qui verra le nombre de passagers franchir la barre des 10 millions en 2019. Le spectre de la privatisation des autoroutes rôde.

Et pendant ce temps, avec la loi PACTE, l’État s’apprête à abandonner un capital et un patrimoine importants et à soumettre ADP, entreprise chargée de missions de services publics, à des logiques actionnariales privées privilégiant le court terme. Sous prétexte que, selon le rapporteur de la loi, l’État n’a pas à gérer les loyers commerciaux des boutiques de luxe qui génèrent une grande partie des recettes, il va se priver d’un revenu annuel croissant avec les dividendes perçus.

Mais ADP est bien plus qu’un centre commercial, c’est un outil stratégique. Les flux de passagers et de fret représentent une masse gigantesque d’informations susceptibles de renforcer la concurrence contre nos entreprises phares, et de porter atteinte aux intérêts majeurs de la France.

La guerre commerciale est permanente et très forte sur tous les grands secteurs stratégiques : l’espace, le ferroviaire et l’aviation. À n’en pas douter, aliéner ainsi ADP au privé pendant 70 ans -durée prévue pour la concession- offre un risque majeur de voir des puissances étrangères, la Chine par exemple, réitérer l’opération de Toulouse, mais à une autre échelle et à la source d’informations bien plus sensibles.

À mes yeux, plus qu’une opération de privatisation dont sauront se saisir les plus avertis, c’est abandonner une part de notre souveraineté pour dégager à court terme 8 à 10 milliards d’euros.

N’oublions pas non plus que certaines entreprises comme Vinci ou EIFFAGE, certes françaises, ne dorment que d’un seul œil ! Après avoir racheté les autoroutes 15 milliards d’euros en 2005 – investissement qui leur a déjà rapporté 25 milliards, sans compter les 40 à venir d’ici la fin de la concession – elles pourraient apparaître comme les sauveurs de notre souveraineté. Un comble !

Voilà un beau sujet pour un référendum d’initiative citoyenne !

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