Comprendre les crises agricoles et chercher des solutions : vers une régulation de l’offre et une maîtrise des coûts de production

Crise agricolePour comprendre les crises actuelles du lait, du porc et de la viande bovine, il nous faut revisiter un peu l’histoire.

En 1962, alors que l’Europe ne s’est pas encore remise des affres de la seconde guerre mondiale, les dirigeants de six pays décident de créer une politique agricole commune (PAC) afin de tout mettre en œuvre pour nourrir dignement leurs populations et favoriser l’exode rural rendu nécessaire par les promesses de l’industrialisation.

Ils vont pour cela mettre en place un système original pour garantir le revenu des agriculteurs et ainsi leur permettre de vivre dignement de leur métier et de se moderniser :

  • Des prix garantis pour le lait, les céréales et la viande rouge, dès la mise en place de la Politique Agricole Commune, on ne parle pas encore de la PAC.
  • Des quotas de production pour certaines activités, qui interviendront plus tard, en 1984 pour le lait par exemple.
  • Un stockage privé, des subventions aux exportations en cas de surproduction, y compris pour les porcs et les

Tous ces outils de « régulation », aux antipodes du néo-libéralisme vont permettre à l’agriculture française et européenne de garder cette activité sur les territoires, certes avec des soubresauts, mais toujours dans le but d’avoir une politique en faveur des agriculteurs.

La mécanisation et l’utilisation, grâce à la recherche, de fertilisants et de produits de lutte contre les maladies des plantes et des animaux accéléreront cette modernisation.

Que se passe t-il en ce moment ?

Déjà en 1995, la garantie de prix a été abolie et remplacée par des primes PAC, primes que dénoncent les agriculteurs, mais qui en l’état actuel des enjeux leurs sont indispensables.

En 2008, le néo libéralisme dans une Europe à 28 va changer radicalement la donne, soutenu en ce sens par Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et Christine Lagarde ministre de l’Économie de Nicolas Sarkozy.

Au niveau européen, sous présidence française, il est décidé de valider l’arrêt des quotas laitiers pour mars 2015, de cesser toutes subventions aux exportations et de ne recourir que très exceptionnellement au stockage privé et à un prix de soutien en cas de crise grave.

Au niveau français, la loi de modernisation de l’économie (LME), que les agriculteurs appellent loi Michel-Edouard Leclerc, va mettre les industriels agroalimentaires entre les mains de la grande distribution et peser ainsi sur les prix payés aux producteurs.

Le marché doit s’auto-équilibrer nous disent les néo libéraux. C’est leur vision de l’économie ! mais au prix de combien laissés pour compte ? C’est ce qui se passe aujourd’hui.

Une surproduction mondiale

Nous sommes en surproduction mondiale et européenne sur le lait, le porc et la volaille : les Espagnols ont augmenté en 2015 leur production porcine de 7% et les Irlandais leur production laitière de 40%. En outre, la demande diminue : embargo alimentaire Russe, crise économique y compris en Chine. Les quotas ne sont plus là depuis 11 mois pour maîtriser l’offre.

Les agriculteurs dans un premier temps ont « tapé » sur Stéphane Le Foll pour qu’il agisse vite et fort. Belle incohérence d’avoir voté pour le libéralisme mortifère et de se retourner violemment contre les pouvoirs publics socialistes qui gèrent la non régulation mise en place en 2008 !

Certains en appellent à un Grenelle de l’Agriculture, comme si la question environnementale était la cause de leurs problèmes, alors qu’elle est au contraire une partie de la solution.

Les agriculteurs veulent des prix rémunérateurs, mais nous ne sommes pas en économie administrée et c’est le marché qui fixe les prix en fonction de l’offre et la demande, pas le ministre. Ils se tournent désormais vers la grande distribution.

Stéphane Le Foll, lui se bat et cherche à jouer sur plusieurs leviers.

Au niveau européen, le ministre de l’Agriculture cherche des alliances pour trouver de nouvelles méthodes de régulation. Ce n’est pas gagné parce que I ‘Europe est gérée par les libéraux.

Au niveau français, il pèse sur les négociations avec les grandes surfaces, fait baisser les charges des exploitations et des industriels sources de moindre compétitivité, oblige l’étiquetage des origines sur les produits transformés et prend les mesures d’urgence pour alléger les trésoreries.

Mais seule la régulation de l’offre donnera de la lisibilité. Elle est indispensable ; elle est la seule voie possible pour retrouver des prix rémunérateurs, sans oublier la nécessité pour les agriculteurs d’intervenir sur leurs prix de revient. C’est par ce double effet que les marges se reconstitueront.

Mais la question qui demeure est : les leaders agricoles français et les leaders politiques européens veulent-ils de cette régulation ? J’en suis moins sûr !

Proposition de lecture ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Contactez votre Député

à la permanence parlementaire à Gençay