Le nouveau visage du Palais Bourbon

Les campagnes présidentielles et législatives de 2017 ont été placées sous le sceau du renouvellement d’une classe politique critiquée de tous bords pour s’être trop professionnalisée et enfermée dans une sphère coupée du monde réel et de la société civile. Nous venons d’assister à un changement qui surprend par son ampleur, en même temps qu’il interroge ceux qui en appellent eux-mêmes au changement!

On peut évidemment s’interroger sur ce récent engouement pour une démocratie renouvelée, alors même que les préoccupations dominantes de nos concitoyens sont constituées par la situation économique et la sécurité. Bien avant toute refonte  des institutions de la Ve République ou du mode de scrutin !

Cette réalité reviendra vite dans le débat public à n’en pas douter.

En attendant, je constate que ce millésime 2017 est exceptionnel et sans précédent avec 420 nouveaux élus et 25 % de députés sortant seulement réélus.

59 ministres ou anciens ministres depuis 1995 étaient sur la ligne de départ, pour seulement 20 vainqueurs  !

Cette thématique du renouvellement aura dominé toute la séquence électorale depuis les primaires. Cela se confirme avec 29 députés pas encore trentenaires  et une moyenne d’âge passant de 55 à 49 ans.

L’Assemblée nationale se féminise : elle comprend à présent 224 élues  contre 155 en 2012. Le nombre de cadres grimpent de 134 à 180 ; ceux-ci sont désormais plutôt issus du secteur privé.

Par ailleurs, la loi sur le cumul des mandats ayant également eu son influence dans ce renouvellement, 200 députés élus sont encore titulaires  d’un mandat électif local, mandat qu’ils abandonnent progressivement avant l’échéance des cinq semaines qui suivent leur élection. Cette XVe législature, à l’image de cette année électorale et politique pleine de rebondissements, redessine notre paysage politique. Un certain nombre de tribuns sont entrés à l’Assemblée nationale. À n’en pas douter ils animeront les débats à venir pour la bonne santé de notre démocratie, sous le regard attentif du plus jeune président qu’ait connu l’Assemblée nationale, en la personne de mon collègue de Loire-Atlantique, François de Rugy.

La victoire écrasante du groupe ” La République en Marche ” me conduit toutefois à me demander en quoi ces nouveaux élus incarnent le renouveau dans leurs profils sociaux et professionnels. Les pratiques politiques et parlementaires de ces prochains mois nous le diront. Dernier élément, cette vague de renouvellement ne se traduit toutefois pas par une diversité du recrutement social. Ce n’est pas un phénomène nouveau ; je pense même qu’il s’est accentué, et il n’est pas certain que ce renouveau réponde à l’enjeu d’une démocratie appropriée par l’ensemble des citoyens, comme en témoignent les niveaux d’abstention aux premier et second tours des élections législatives. Rien ne remplacera selon moi le rôle formateur des partis politiques traditionnels, dont  l’une des fonctions est précisément d’offrir une mobilité sociale à des militants souvent d’origine modeste. À la critique des notables d’hier pourrait se substituer celle des élites donnant plus de poids à l’entreprise.

Cette nouvelle réalité emporte une double exigence :

Pour les élus en place de comprendre que la société est plus complexe que la perception qu’ils en ont de par leurs origines ou leurs parcours universitaire et professionnel.

Pour ceux qui aspirent à construire une nouvelle pensée politique, que le changement des pratiques est une condition première et que personne ne doit être écarté du débat.

En cela, la promotion de l’éducation populaire sous des formes nouvelles et au plus près des citoyens doit redevenir un pilier de la structuration de la pensée dans une société du spectacle, de plus en plus normée, où l’instantanéité prime sur le long terme, et où l’émotion prime sur la réflexion dans un monde devenu un village.

 

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