L’accès aux soins, une injustice du XXIe siècle

Le nouveau plan, annoncé par le Gouvernement, pour garantir dans tous les territoires un accès à des soins de qualité est déjà jugé insuffisant par tous les observateurs.

Même si le pragmatisme constitue l’épine dorsale de ces propositions, le passé nous enseigne par avance les résultats. Aux mêmes problèmes, on tente de répondre par les mêmes solutions : aide à l’installation, cumul emploi-retraite, doublement des maisons de santé, télémédecine, activité à temps partiel,… tout y est ou presque, sauf la coercition.

Coercition, le mot qui fâche dans une profession qui se veut libérale dans son exercice et en même temps financée par la solidarité nationale.

La coercition, tous les gouvernements qui se sont succédé y ont renoncé et celui d’Édouard Philippe aussi : la liberté d’installation restera la règle et le numerus clausus n’augmentera pas. Ce n’est d’ailleurs pas nécessaire, le nombre de médecins par habitant étant… suffisant à l’échelle nationale. Mais c’est dans le détail que le bât blesse et continuera à blesser : les déserts médicaux continueront d’avancer comme le Sahel en Afrique !

Les élus locaux, qui puisent sur les deniers publics pour répondre tout à la fois aux demandes de leurs concitoyens de pouvoir accéder aux soins à proximité, comme aux professionnels d’exercer en groupe, continueront ainsi à chercher désespérément l’oiseau rare en Roumanie, au Portugal ou ailleurs, dans l’espoir qu’entre-temps enfin un étudiant découvre les charmes de l’exercice en milieu rural attiré par d’autres attraits.

Le Président des Maires ruraux, Vanik Berberian, parle d’un « entre-deux à inventer » entre incitation et coercition.

Personnellement, je pense qu’à l’instar d’autres professions médicales, comme les infirmiers libéraux, il eût été possible de commencer par interdire l’installation dans des zones déjà sur-dotées, comme dans le Sud-Est ou la façade Atlantique.

On me rétorquera que l’on va créer un marché entre entrant et sortant du corps médical. Cela signifierait alors que le patient deviendrait un client, mais ce « mot » ne devrait pas appartenir au vocabulaire de ceux qui ont prononcé le serment d’Hippocrate.

Et cela se réglemente ; les pas de porte sont prohibés en agriculture, même si nous le savons la règle est parfois détournée. Il suffirait alors de demander à l’Agence régionale de Santé de surveiller les transactions.

J’ajoute que ce déséquilibre existe aussi dans d’autres professions, comme dans le monde du droit où l’accès à certaines professions est réglementé. Le législateur a du intervenir en 2016 pour accroître la présence de notaires dans des secteurs sous-dotés. C’est de l’accès au droit dont il est question en ce domaine.

L’accès aux soins ne mérite t-il pas aussi que la puissance publique intervienne, surtout quand c’est notre modèle social de solidarité qui l’exige ?

En attendant que cela ne survienne, ce sont nos concitoyens les plus fragiles qui vont le plus souffrir de cette inégalité territoriale, une véritable injustice au XXIe siècle.

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