Glyphosate, il n’est pas interdit d’interdire

Les États membres de l’Union Européenne se sont prononcés lundi 27 novembre pour une autorisation de mise sur le marché du glyphosate pour cinq nouvelles années.

Ce pesticide, principe actif du Roundup, est le désherbant le plus vendu au monde. Commercialisé par la firme américaine Monsanto, rachetée en 2016 par le géant allemand de la chimie Bayer, ce désherbant produit depuis les années 1970 a été classé comme un cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer, agence spécialisée de l’OMS.

Cette évaluation a dû peser sur la position du gouvernement français, lequel avait déclaré le 30 août dernier qu’il voterait contre le renouvellement proposé pour dix ans de l’usage de cette substance, par la Commission européenne. Cette prise de position exprimée une première fois le 9 novembre, a été réitérée le 27. En vain !

La décision des 28 États membres de l’UE, le 27 novembre, n’a manifestement pas tenu compte des enjeux de santé publique ; elle a privilégié une agriculture devenue très dépendante des désherbants à base de glyphosate : 800 000 tonnes sont vendues chaque année par différentes entreprises, soit 300 fois plus qu’il y a 40 ans !

Le Roundup, c’est 40 % des 15 milliards de dollars de chiffre d’affaires de Monsanto dont les méthodes opaques pour influencer l’expertise scientifique ont, récemment, été révélées par les médias.

Rappelons aussi que le Parlement européen avait proposé le 24 octobre, une prolongation de trois ans seulement, avant un abandon définitif du pesticide : trois ans pour permettre aux agriculteurs d’adapter leurs pratiques.

La France, par l’intermédiaire du Président de la République, a déclaré vouloir suivre cette voie et interdire d’ici trois ans l’usage de ce produit ; elle répond ainsi au souhait exprimé par 1,3 millions d’Européens signataires de la pétition “Stop Glyphosate”. Chaque État peut, en effet, exclure sur son sol l’usage des produits qui contiennent cette molécule.

Je m’en félicite, même si j’aurais préféré une décision plus radicale, parce qu’il n’est pas interdit d’interdire. Comme il n’est pas interdit de concevoir autrement l’agriculture.

Des alternatives existent, même si elles ne sont pas simples à mettre en œuvre et nécessitent une révision profonde du modèle agricole que certains se refusent encore à penser. Alors pourquoi retarder une décision que d’aucuns jugeront toujours trop brutale, parce qu’ils ne parviennent pas à se remettre en question ? À bon entendeur.

Ce bras de fer pour préserver la planète et la santé est représentatif d’autres batailles, celles qui placent les États et leurs peuples face aux puissances économiques et financières.

Quand Bayer commercialise le Roundup, il vend aussi les médicaments pour en combattre les effets néfastes.

Quand l’État français défend l’exception culturelle et une conception non monopolistique de la diffusion culturelle, c’est Amazon qui menace de l’attaquer.

Quand la France veut préserver son modèle éthique de gratuité du don du sang, elle se heurte à des laboratoires suisses qui “marchandisent” du plasma non tracé, collecté auprès de personnes rémunérés aux États-Unis.

Nous le voyons, c’est bien d’un modèle de société dont nous parle ce débat pour une autre agriculture. Il est emblématique d’un autre défi, celui de sauver l’humanité contre ses excès, en remettant l’Homme au centre de toutes les décisions qui le concernent, principe supérieur à toute autre considération.

Oui vraiment, il ne doit pas être interdit d’interdire. Cela s’appelle la souveraineté.

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