Par-delà le débat budgétaire, quelle société demain ?

Le premier débat budgétaire s’est fortement concentré sur un symbole : l’impôt sur le capital, au travers de l’assiette de l’ISF et la réduction de la taxation des revenus du capital.

Symboles révélateurs d’un débat de classes, aurions-nous dit hier, mais bien plus aujourd’hui. Il faut ajouter selon moi au premier, celui du renforcement du renversement des valeurs où la sphère inférieure des besoins et des intérêts privés, autrement dit « la société civile », a tendance à primer sur celle de la raison et de l’intérêt général, autrement dit l’État, tout le contraire de la théorie inventée par le philosophe Hegel.

Sur le plan strictement technique, j’ai toujours pensé que l’ISF (impôt sur la fortune), et avant lui l’IGF (impôt sur les grandes fortunes), était un impôt « imbécile » comme certains ont pu le dire et le démontrer. Tous nos voisins européens y ont successivement renoncé. Mais la charge du symbole était trop forte pour le supprimer hier comme aujourd’hui.

À celui-ci j’ai toujours préféré un impôt plus lourd sur les successions, surtout que nous ne cessons depuis le début des années 60 de voir le capital se concentrer dans les mains de quelques-uns. L’impôt sur la fortune n’a rien changé sur ce point depuis sa création. La part prise par le patrimoine financier, plus mobile, assurance vie, valeurs mobilières de toutes sortes, … étant  devenue  prépondérante par rapport à l’immobilier.

Un impôt sur les successions induit, quant à lui, à la fois une nécessaire redistribution du capital – il faut vendre pour liquider les droits de succession – et de la richesse par l’impôt acquitté au moment du paiement des droits. J’ai également relevé – ce sont les économistes du FMI qui le disent ( ! !) – qu’une meilleure redistribution a toujours favorisé la production.

Aujourd’hui, en ne taxant que la fortune immobilière, je crains qu’on ne change rien à ce phénomène de concentration des patrimoines, sans retours positifs sur le dynamisme de l’économie française.

De plus, en supprimant l’ISF–PME, c’est 50 % de cet impôt, hier fléché dans les entreprises françaises qui ne s’y retrouvera plus : les  investisseurs préféreront  des entreprises cotées en bourse, moins  risquées.

Quant à l’immobilier, il concentre  une part telle de prélèvements fiscaux : taxe foncière, CSG, impôt sur le revenu, plus-values de cession, ISF,… qu’on en est réduit à inventer des dispositifs de défiscalisation pour soutenir la politique de logement quand il faudrait à l’inverse permettre l’accession à la propriété du plus grand nombre. Et cela fait 30 ans que cela dure !

Sur le plan politique je me suis réjoui, au début du quinquennat précédent, que  le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault ait aligné l’impôt sur les revenus du capital sur ceux du travail. Beaucoup d’électeurs de gauche l’ont oublié et aujourd’hui ils découvrent la “flat tax “, un impôt de 30% sur les revenus du capital, CSG incluse,  et s’en offusquent !

Que faut-il penser de tout cela ? Le pari  est fait de « changer le modèle fiscal qui récompense le risque » nous dit le Ministre de l’Economie. L’avenir le dira, même si je ne crois plus que nous soyons à choisir un modèle économique entre celui de Tocqueville et celui de Marx.

Sur un plan plus philosophique, j’ose m’avancer sur ce terrain, nous assistons je crois à un renversement de la théorie de Hegel appliquée à la manière de concevoir le rôle de l’économie : faire émerger de nouveaux messies pour améliorer le sort de l’humanité. Je ne peux me résoudre à cette vision du monde, cela signifierait qu’un ordre serait établi une fois pour toutes.

 

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