L’Écomusée du Montmorillonnais et les droits culturels

La loi portant Nouvelle organisation territoriale de la République, dite loi NOTRe, a introduit la notion de droits culturels des personnes dans les politiques publiques de la culture.

Son article 103 affirme que « la responsabilité en matière culturelle est exercée conjointement par les collectivités territoriales et l’État dans le respect des droits culturels énoncés par la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles du 20 octobre 2005 ».

Cet article fait entrer dans la législation française la notion du « développement humain » qui doit permettre à toute personne d’accéder – dans son territoire de vie – à plus de droits d’être reconnue dans la liberté et la dignité de sa culture, pour faire mieux humanité avec les autres.

Il y a encore, souvent, une méconnaissance de ce que l’on entend par « droits culturels des personnes humaines », malgré les engagements internationaux déjà anciens de la France qui y font référence, depuis le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels PIDESC / 1966 : http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CESCR.aspx jusqu’à la Déclaration de Fribourg (2007 : http://droitsculturels.org/blog/2012/06/20/la-declaration-de-fribourg/).

L’enjeu est aujourd’hui de favoriser le partage de ce référentiel, pour qu’il soit mieux pris en compte, concrètement, dans les politiques publiques des collectivités territoriales.

L’article 2-a de la Déclaration de Fribourg indique que « le terme culture recouvre les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement ».

Dans cette acception, comme dans celle de la conférence mondiale sur les politiques culturelles de Mexico (1982), la « culture » englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie (alimentation, habitat, etc.) et les traditions.

Les droits culturels étant indissociables des droits humains fondamentaux, l’enjeu des politiques publiques doit viser le développement des « capacités des personnes à accéder à l’autonomie », en n’oubliant jamais que « faire culture », c’est permettre aux personnes d’exprimer leur relation d’humanité aux autres.

Il est intéressant de rapprocher ces définitions d’un projet tel que celui de l’Écomusée du Montmorillonnais.

Expression muséographique du temps et de l’espace, un écomusée vise avant tout à valoriser le patrimoine matériel (outils, habitat…) et immatériel (savoir-faire, métier…) d’un territoire et d’une population. Outil interdisciplinaire de conservation et de transmission de la mémoire, il prend également une part active à la vie de la société en cherchant le débat et la confrontation des points de vue. La participation de la population est un principe fondateur de son organisation.

Alors que les activités de l’Écomusée du Montmorillonnais – qui vient de fêter ses trente ans – sont parfois encore perçues comme passéistes ou folkloriques, on constate au contraire que, observées sous l’angle des droits culturels, elles répondent mieux que celles de beaucoup d’autres associations aux nouvelles exigences inscrites dans la loi NOTRe.

Espace public qui réunit des hommes et des femmes autour de projets communs pour le territoire et ses habitants, l’Écomusée contribue à faire de la culture et de l’environnement des outils de cohésion sociale et de rapprochement entre les générations dans la Communauté de communes de Vienne et Gartempe, et au-delà.

Reconnue depuis cette année comme une entreprise solidaire d’utilité sociale (agrément ESUS), l’écomusée inscrit son action sur des terrains éminemment modernes et porteurs d’avenir : ses actions aux côtés des producteurs de March’équitable ou de l’association Mont’plateau (sensibilisation aux enjeux de l’alimentation et aux circuits courts), tout comme le fil conducteur du développement de son Centre d’interprétation de l’histoire rurale de Juillé (commune de Saulgé) autour des relations, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours, entre l’environnement, l’agriculture et l’alimentation, en offrent d’excellentes illustrations.

Au moment où la Région Nouvelle-Aquitaine affirme un volontariat assez unique en France, et une démarche très pragmatique, en faveur de la promotion et de l’application de l’article 103 de la loi NOTRe [1], il est essentiel de bien identifier les acteurs locaux déjà fortement engagés dans ce type de dynamique collective et mutualisée dans notre territoire.

L’Écomusée du Montmorillonnais en est manifestement un bel exemple, et il est important de favoriser les conditions de sa pérennité et de l’écriture d’une nouvelle page de son histoire !

Sylviane SAMBOR

Députée suppléante

[1] http://www.profession-spectacle.com/la-nouvelle-aquitaine-applique-les-droits-culturels-une-premiere-en-france/

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