Tourner la page sans pour autant quitter l’arène.

Dans ce dernier billet de l’année, je voudrais m’arrêter un instant sur cette profession que j’ai exercée pendant plus de 25 ans, celle d’avocat, et à laquelle je viens de mettre un terme, tout autant que sur ma vie politique.

Qu’est-ce qui peut bien symboliser les deux ? Un mot peut-être, un théâtre, une métaphore ? Et si “les arènes” résumaient tout cela, à la fois !

Les arènes, une expression que l’on croise dans le langage politique, comme dans le judiciaire ; et qui renvoie aussi bien à l’époque de l’Empire romain qu’à celle de l’Espagne du XVIIIe siècle, date à laquelle est apparue une discipline controversée, la tauromachie.

Cette expression se retrouve curieusement tout au long de ma vie, alors que rien ne l’y prédestinait. Ni mes origines familiales ou le milieu dans lequel j’ai grandi, ni ma région.

Et pourtant ces mots auront structuré une grande partie de mon parcours humain.

Les arènes judiciaires ont été celles dans lesquelles j’ai exercé un métier qui m’a passionné. Ce sont des arènes parfois féroces où on parle de la souffrance des hommes. Ne dit-on pas que les murs et les plafonds sont élevés pour que la douleur puisse s’envoler. L’avocat y est de moins en moins entendu, et ce n’est pas la visioconférence qui fera résonner plus fort la voix de la défense.

Mon éminent confrère, Maître Éric Dupont-Moretti, ne disait-t-il pas récemment que, “La parole de l’avocat a tendance à être de plus en plus méprisée dans une époque victimaire, hyper moralisatrice, hygiéniste”.

À l’instant de quitter le barreau, je formule le vœu que ma profession sache toujours lutter contre toutes ces dérives au nom de la défense de la liberté ; de toutes les libertés.

L’arène politique, c’est un monde où la violence s’exprime aussi régulièrement. C’est un lieu où il faut savoir descendre, avec la conscience que les plus mauvais coups sont parfois portés par vos propres « amis ».

Elle vous expose aussi aux excès médiatiques de l’information déformée et à la démagogie d’une lecture superficielle de l’action publique. Alors même que celle-ci devrait être l’expression de la vie de la cité, elle est trop souvent caricaturée et le populisme qui en est la conséquence, affaiblit la démocratie.

Restent enfin les arènes, ces “plazas de toros”, lieux controversés s’il en est, dans une époque qui veut tout effacer au nom de l’hygiénisme forcené évoqué ci-avant. Dans ces arènes, nous y rencontrons courage et émotions artistiques. Et moi, comme d’autres que l’on nomme “aficionados”, aimons ces émotions et pensons que le courage doit rester une vertu.

La liberté n’a pas de prix, l’avocat comme l’homme politique doivent pouvoir la porter en tout temps pour que les citoyens, même les aficionados, puissent s’en prévaloir.

Bonne année à toutes et tous.

Bonne nouvelle année judiciaire à tous mes confrères.

Bonne temporada à celles et ceux qui l’attendent.

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