Donnons-nous la peine

Élu de la République, je me suis donné comme règle de ne pas signer de pétitions, considérant plus utile d’y faire écho si nécessaire par ma voix, en relayant celles-ci auprès des pouvoirs publics, ou au niveau le plus pertinent.

Une d’entre elles a toutefois retenu mon attention, et j’y ai apposé, une fois n’est pas coutume, ma signature.

Il s’agit d’un appel à la mobilisation citoyenne lancé par 20 associations réunies pour montrer que la société civile est prête à relever le défi d’accueillir bien plus de personnes dans le cadre de travaux d’intérêt général, comme une alternative humaine et efficace à la prison.

Pourquoi cette mobilisation de ma part ?

Tout d’abord parce qu’en ma qualité d’administrateur d’un « centre éducatif fermé » – le centre Nouvel horizon au Vigeant, établissement pour mineurs délinquants -, je mesure l’efficacité d’un dispositif qui permet à des jeunes âgés de 16 à 18 ans d’acquérir une première qualification débouchant sur un contrat d’apprentissage, tout en exécutant leur peine.

Comment ?

Tout simplement grâce à la formation suivie avec le centre AFPA et aux formateurs-éducateurs, mais aussi grâce aux entreprises locales (peintre en bâtiment, garage automobile, jardinerie, centre de loisirs, …) qui les accueillent le jour, avant leur retour dans l’établissement fermé le soir pour y exécuter la mesure de contrainte dont ils font l’objet.

Cette démarche qui est une alternative à l’enfermement, démontre chaque jour son efficacité.

J’en veux pour preuve le compte rendu du comité de pilotage de décembre dernier où nous avons appris que plusieurs jeunes de ce centre ont réussi l’examen auquel ils ont été présentés. L’un deux est désormais apprenti-compagnon dans le métier d’artisan pour la restauration du bâti ancien, métier qu’il a découvert lors d’un stage réalisé avec l’AFPA à l’abbaye de La Réau de Saint-Martin-l’Ars.

 

Une deuxième raison a motivé ma mobilisation. Elle m’est apparue après le constat fait collectivement par les membres de la Commission des lois qui ont visité nos prisons sur tout le territoire français.

Ce constat est toujours le même depuis que je m’intéresse à ce sujet en tant que parlementaire : la surpopulation carcérale est une réalité alarmante. L’inefficacité, son corollaire. Est-ce une fatalité pour autant ? Je ne le crois pas.

Si la construction de nouvelles prisons n’a jamais permis de réduire la surpopulation carcérale, les alternatives à l’enfermement existent et permettent de lutter réellement contre la récidive, en favorisant la réparation, la responsabilisation et l’insertion.

Faire le choix de la “désistance » – processus par lequel une personne sort d’un parcours de délinquance ou de criminalité -, une partie de la société civile est prête à relever ce défi.

Accueillir plus de personnes en travail d’intérêt général est une alternative humaine et efficace à la prison. Donnons-nous cette chance, arrêtons le cercle vicieux de l’enfermement et de la récidive. « Donnons-nous la peine ».

Certains de nos voisins européens ont connu ces dernières années une décroissance significative de la population carcérale, grâce notamment aux peines alternatives qui favorisent efficacement la désistance.

Parce que c’est dans les prisons d’aujourd’hui que s’écrivent les malheurs de demain, il nous faut repenser le continuum de la peine en refusant le seul enfermement comme solution au traitement de la délinquance.

Je pense sincèrement que notre manière de punir est un marqueur de civilisation. Dans ce domaine là aussi, une « révolution » est à mener, et j’espère que nous aurons collectivement le courage de la faire.

Soutenez la démarche des 20 associations en participant à la mobilisation sur le site suivant : http://forum-tig.chantiers-passerelles.fr/

Votre signature peut faire la différence.

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