Du malaise dans les prisons au sens et à l’efficacité des peines

Coïncidence du calendrier, j’avais décidé de visiter le Centre pénitentiaire de Vivonne le 1er février dernier, comme la loi le permet à chaque parlementaire.

Quelques jours plus tôt, un mouvement d’ampleur national, avec un retentissement local affectait nos prisons. Symbolique d’un malaise déjà ancien, les surveillants menaçaient de « déposer les clefs ».

Aux difficultés bien connues liées souvent à une surpopulation carcérale sont venus s’ajouter d’autres problèmes, comme la présence d’individus dangereux et radicalisés, enfermés pour de longues peines, rendant de plus en plus difficiles les conditions de travail des fonctionnaires de l’administration pénitentiaire.

Au-delà ces réalités, il faut s’interroger sur le sens et l’efficacité des peines exécutées dans nos prisons qu’il s’agisse des maisons d’arrêt ou des centres pénitentiaires.

Depuis trop longtemps, la seule réponse a été la construction de places pour enfermer aveuglément sans se préoccuper de la sortie.

Cette politique de « l’immobilier carcéral », confiée souvent au privé, dans le cadre de contrats de partenariat public-privé, ne s’est pas préoccupée des conditions de vie en prison, qui affectent directement les conditions de travail des personnels pénitentiaires. Le centre pénitentiaire de Vivonne n’échappe pas à cette critique.

Ajoutons à cela que plus d’un quart de la population carcérale présente des troubles et maladies psychiatriques, dont une importante proportion relèverait plus de l’hospitalisation que de la détention.

Nous avons ainsi réuni tous les ingrédients du mal être de tous. Et parce que nous savons bien que ce sont dans les prisons d’aujourd’hui que s’écrivent les malheurs de demain, il nous faut complétement repenser le sens de la peine.

Prononcer une peine d’enfermement pour sanctionner une infraction à la loi pénale, qu’elle que soit sa gravité, n’est pas une fin en soi.

Encore faut-il que cette peine soit « utile », qu’elle soit exécutée dans des conditions de délai, telles que la personne condamnée en mesure rapidement et effectivement la portée, mais aussi qu’elle permette de prévenir réellement la récidive. Celle-ci est la sanction de l’échec de toute politique pénale et devrait être la première question à se poser.

La sécurité, à laquelle chacun aspire, ne saurait se borner à mettre temporairement hors du champ social, une personne condamnée pour un crime ou délit, mais à tout faire pour qu’elle ne commette pas une nouvelle infraction.

Il faut donner du sens à la peine et se dire que la préparation de la sortie fait partie du parcours pénal.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui parce qu’on recourt de manière excessive à la détention provisoire, et parce que la peine d’emprisonnement apparaît trop souvent comme l’unique réponse possible à une infraction, alors qu’il existe déjà d’autres moyens pour sanctionner utilement et efficacement.

Il ne s’agit pas de peines alternatives, comme on l’entend trop souvent, mais bien de véritables peines qui contraignent le condamné.

Il faudrait que le principe d’individualisation des peines soit véritablement appliqué, là se trouve une partie de la solution.

Pourquoi les placements sous bracelets électroniques sont-ils si peu utilisés ?

Pourquoi les aménagements de peine sont-elles si mal appréciées alors qu’en amont, agents de la pénitentiaire et des services de probation travaillent à la préparation de la sortie ?

C’est tout le sens des orientations issues des « chantiers de la Justice » initiées par la Garde des Sceaux, dans la droite ligne des réflexions issues de la grande conférence de consensus lancée en son temps par Christiane Taubira.

Il est temps d’aborder ce sujet avec détermination, quitte à remettre en question la seule responsabilité de ceux qui décident aujourd’hui, parce que selon moi, notre manière de punir est aussi un marqueur de civilisation.

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