Une meilleure orientation pour réussir ses études à l’université

Présenté en Conseil des ministres le 22 novembre dernier, le projet de loi sur les nouvelles règles d’entrée à l’université est revenu en Commission mixte paritaire[1] le 13 février. Le texte devra ensuite à nouveau être soumis au gouvernement pour approbation par les deux assemblées. C’est la traduction législative des mesures annoncées par le Premier ministre, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le ministre de l’Éducation nationale, le 30 octobre dernier, dans le cadre du lancement du « Plan étudiants » destiné à transformer le 1er cycle et à « accompagner tous les étudiants vers la réussite ».

Contestée par l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) et quelques autres organisations qui ont appelé à deux journées de mobilisation les 1er et 6 février pour dénoncer l’instauration d’une sélection déguisée, cette réforme semble pourtant apporter des améliorations à nombre de problèmes constatés au cours des précédentes années. Rappelons-nous les dysfonctionnements majeurs rencontrés lors de la campagne d’admission dans le supérieur en 2017 avec la plate-forme Admission Post-Bac (APB) : plus de 3000 jeunes étaient encore en attente d’affectation début septembre !

Plusieurs constats ont conduit à l’élaboration de ce Plan étudiants :

  • l’afflux massif de jeunes dans l’enseignement supérieur (+ 200 000 d’ici 5 ans) ;
  • des inscriptions multipliées par 8 en 50 ans ;
  • 2/3 des étudiants ne parviennent pas à obtenir une licence en 3 ans ;
  • un taux de réussite insuffisant en fin de 1ère année de licence (seuls 40% des étudiants accèdent à la 2e année) ;
  • des filières en forte tension : 47 % des lycéens expriment des vœux dans 4 licences (Staps, droit, Paces et psychologie) ;

Comme dans le monde du livre où la pire des censures n’est pas la plus visible – la plus grave étant la censure invisible de ce qui n’est pas publié pour la seule raison de non rentabilité économique –, la pire des sélections n’a-t-elle pas été celle qui ne disait pas son nom, et se traduisait même, dans certaines filières, par un tirage au sort ? Ou pire encore, celle qui, à cause d’une orientation insuffisante, mène à l’échec des lycéens accédant à l’université sans les connaissances et les aptitudes nécessaires pour réussir dans l’enseignement supérieur de leur choix ?

Il faut avoir le courage de lutter contre certains mots tabous ou hypocrites.

Le projet de loi vise à réformer l’accès au premier cycle des études supérieures en répondant au choc démographique auquel font face les universités, tout en garantissant à tous et toutes un droit à l’enseignement supérieur.

Il souhaite favoriser la réussite des lycéens après le bac, en leur permettant de bénéficier de dispositifs d’accompagnement offrant une personnalisation des parcours de formation grâce à une réforme de l’orientation.

 Par ailleurs, le régime de sécurité sociale étudiant est supprimé. Les étudiants, progressivement affiliés au régime général de sécurité sociale (entre 2018 et 2019), ne seront plus assujettis à la cotisation annuelle de ce régime spécial (217€), ni à la cotisation « médecine préventive » (5,10 €).

Ils devront s’acquitter d’une contribution destinée à favoriser leur accompagnement social, sanitaire, culturel et sportif dont le montant pourrait être de 60 euros (pour le premier cycle), 120 euros (pour le deuxième), 150 euros (pour le troisième) ; à moins qu’un amendement fixant un montant unique de 90 euros ne soit finalement retenu. Les élèves et étudiants boursiers en seront exonérés.

Cette nouvelle cotisation donnera également accès aux activités culturelles et sportives de l’université.

Le Gouvernement s’engage sur cette réforme avec près d’1 milliard d’euros : 450 M€ du Grand Plan d’Investissement (GPI) pour transformer le 1er cycle et 500 M€ supplémentaires sur l’ensemble du quinquennat destinés à ouvrir des places et à créer des postes dans les filières en tension.

Certes, cette réforme ne résoudra pas tous les problèmes d’un coup de baguette magique, mais elle « va dans le bons sens », comme l’a dit le 22 janvier dernier Yves Jean, Président de l’université de Poitiers, invité du 12-13 sur France3 Nouvelle-Aquitaine. À la tête de la quatrième meilleure université française en ce qui concerne le taux de réussite en licence, Yves Jean a confirmé que les « attendus » exigés pour entrer dans certaines filières sont nécessaires et permettront une meilleure orientation.

Des inquiétudes demeurent cependant, en lien avec la rapidité de mise en œuvre de la réforme : la loi n’est pas encore votée, alors qu’il est demandé aux lycées et aux universités d’en organiser déjà les conditions d’application, avec des moyens humains inchangés à court terme. L’objectif du Gouvernement est en effet que ce projet de loi soit promulgué avant le jour où le nouveau système Parcoursup procédera aux affectations individuelles (la nouvelle plateforme a ouvert le 15 janvier 2018, les premiers vœux des lycéens ont été réalisés le 22 janvier et peuvent être enregistrés jusqu’ au 13 mars, modifiés et complétés jusqu’au 31 mars).

Les 10 vœux que vont exprimer les lycéens n’étant pas hiérarchisés, leur traitement va entraîner une surcharge de travail dans des établissements d’enseignement supérieur déjà en forte tension sur les moyens humains dont ils disposent.

C’est l’éternelle difficulté à laquelle on est (presque) toujours confronté dans les périodes de transition et de mutations d’une organisation pour aller vers le mieux : la temporalité longue nécessaire aux transformations télescope le temps court de l’urgence. L’essentiel dans le court terme est d’éviter que l’on ne connaisse pas, à nouveau l’été prochain, l’affligeante et scandaleuse situation vécue en 2017 avec la plateforme APB.

Mais comment faire autrement à court terme ?

 

[1] Commission composée de sept députés et sept sénateurs, et de membres suppléants, chargée de trouver un compromis entre l’Assemblée nationale et le Sénat.

 

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