La formation professionnelle à la rencontre de l’emploi : du développement des savoir-faire au développement personnel

Alors que le Président de la République déclarait il y a quelques mois que les chiffres du chômage se stabiliseraient structurellement à 9 % de la population active, nous avons eu l’agréable surprise de les voir tomber à 8.6 % en métropole fin 2017.

On ne peut que s’en réjouir et en conclure – à l’instar de ce que prédisait Louis Gallois auquel le Gouvernement précédent avait confié une mission sur ce sujet – que les retournements de conjoncture mettent du temps à s’apprécier ; sachons rendre justice à ceux qui ont permis ce résultat.

Pour autant, il reste dans notre pays une difficulté majeure que j’ai mesurée la semaine dernière lors de visites d’entreprises et au Café des entrepreneurs à Pôle emploi à Montmorillon : il y existe une vraie inadéquation entre les besoins des entreprises et l’offre d’emplois.

Ma première visite fut pour la société « Duvivier Canapés » où j’ai été accueilli par Monsieur Aymeric Duthoit, président et repreneur depuis 15 mois de cette entreprise créée en 1840 (!), qui emploie 70 salariés dans deux ateliers à Usson-du-Poitou (sellerie) et Lussac-les-Châteaux (menuiserie). Reconnue « Entreprise du Patrimoine vivant », elle mise depuis toujours sur la valorisation de la matière, le choix de l’excellence française, le savoir-faire, le caractère (produits emblématiques) et l’engagement (produits durables, respect de l’environnement, bien-être des salariés). Sa stratégie : le redéveloppement de la marque en France mais aussi à l’international.

Pour bien préparer l’avenir, elle s’interroge sur l’optimisation et l’affichage du label « Origine France garantie », mais aussi sur le renouvellement du personnel dont les savoir-faire constituent le premier capital de l’entreprise. L’éloignement ajoutant aux difficultés de recrutement, il lui faut penser dès maintenant à former un personnel qualifié.

Par la suite, à l’occasion d’une « pause-café » organisée par le CESV dans les locaux de Pôle emploi à Montmorillon, j’ai pu échanger avec le directeur de Pôle emploi sur les méthodes de recrutement en ligne, la recherche des candidats pour leurs compétences sous la forme de forums thématiques, où des entreprises d’un même secteur d’activité propose des offres que les candidats peuvent consulter et entrer en contact avec elles.

Enfin, avec Mme Karine Desroses, Présidente de la Chambre de Métiers de la Vienne, j’ai visité plusieurs entreprises du Civraisien : l’entreprise de carrosserie Roy-Vincelot à St Pierre d’Exideuil, l’ébénisterie Augereau à Savigné, la société Moreau Fabri’Métal à Savigné, l’Espace Emeraude à St Pierre d’Exideuil.

Ces dernières ont su valoriser l’apprentissage dans leurs développements : CAP Métallerie, BP Carrosserie, un passage chez les Compagnons du devoir pour l’un, une formation d’ébéniste pour l’autre ou bien de ferronnier d’art, tous ont acquis un savoir-faire par le biais de l’apprentissage et la formation professionnelle.

Ceci me permet de rebondir sur ce que le ministre de l’Éducation nationale envisage de mener avec tous les acteurs du secteur au mois de mars, sur la base du rapport qui lui a été remis avant un projet de loi qui sera présenté en avril prochain.

Le rapport fixe 3 objectifs :

  1. Une attractivité retrouvée : « Nous allons faire du lycée professionnel, un lieu extrêmement attractif parce que s’y jouera le futur professionnel de la France» indique le Ministre.

Le rapport préconise de réduire le nombre de spécialités pour plus de lisibilité : aujourd’hui, 20% des 300 spécialités proposées (200 en CAP et 100 en bac pro) concentrent 80% des 700 000 élèves.

Il préconise également de lutter contre les stéréotypes de genre, notamment en initiant les filles aux secteurs du numérique et de la production, aujourd’hui à 80% masculins.

  1. Une efficacité accrue, en adaptant la scolarité au profil de chaque élève et en évaluant mieux l’efficacité de chaque formation.

Dans cette perspective, le rapport propose de revoir l’organisation de la scolarité en lycée professionnel pour permettre une plus grande personnalisation des parcours. L’élève choisirait une « famille de métiers » en Seconde, sa spécialité en Première et une modalité de formation (scolaire ou apprentissage) pour la Terminale, en fonction de ses projets.

Autre proposition : adapter la durée de formation des CAP au profil des élèves ; « suivant son niveau, sa capacité à se former, l’adolescent pourra suivre un cursus d’une à deux, voire trois années de formation. À chacun son parcours ! »

  1. Une ouverture possible vers d’autres parcours, en permettant aux élèves de côtoyer des personnes aux cursus différents, de se former à l’étranger, ou aux secteurs du futur.

Il s’agit d’abord d’allonger les durées des séjours dans d’autres pays européens via Erasmus+ : aujourd’hui, 72% de ces séjours durent moins d’un mois.

Le document préconise aussi de décloisonner l’offre de formation, en inscrivant chaque établissement au sein d’un réseau d’établissements (lycée professionnel, centre de formation des apprentis, enseignement supérieur), et en dynamisant les Campus des métiers et qualifications (CMQ) qui doivent devenir des lieux de formation de pointe.

L’ambition de la transformation professionnelle est de répondre à 2 enjeux stratégiques pour notre pays et les Français :

– Créer de la liberté individuelle, de la mobilité, en permettant à chacun de choisir sa vie professionnelle, grâce à la formation.

– Réussir la transformation des compétences pour anticiper et accompagner les salariés et les mutations technologiques qui impactent le marché du travail « 50% des emplois seront transformés d’ici 2022 ».

La bataille des compétences est primordiale dans un monde qui change très vite ! C’est ce que j’ai constaté lors de ces visites. Il faut identifier les envies, les accompagner tant à l’école que dans les entreprises, favoriser avec souplesse les conditions de l’apprentissage afin de tenir compte des contraintes et particularités de chaque secteur.

Je pense que tous sont prêts à soutenir ce mouvement : les entreprises, le monde enseignant et les pouvoirs publics.

Il en va de l’emploi bien sûr, mais aussi de la réalisation de soi et de nos savoir-faire ; cette marque de fabrique française est une force pour se différencier et se faire connaître dans l’économie toute entière.

 

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