Le monde rural aujourd’hui : entre statistiques et réalités

Au sortir de la guerre, 1 Français sur 2 vivait en ville. 25 ans plus tard ils étaient 2 sur 3. Les 15 plus grandes métropoles du pays concentrent 75 % de la croissance et 70 % des créations d’emplois. L’écart ne cesse de se creuser entre zones urbaines dynamiques et campagnes abandonnées.

On nous dit aujourd’hui que la ville et son influence toucherait 95 % de la population. Le monde rural serait-il ainsi en voie de disparition ?

Cette conclusion est doublement trompeuse.

Trompeuse parce qu’elle peut conduire à justifier des politiques publiques non différenciées, comme si tous les Français avaient accès aux mêmes services, bénéficiaient des mêmes équipements, connaissaient les mêmes contraintes… bref comme si vivre à la ville ou la campagne était la même chose, particules fines en plus et chlorophylle en moins pour les premiers, et inversement pour les seconds.

Trompeuse aussi parce que sa banalisation aurait tendance à faire passer les « ruraux » dont je suis, pour des gens qui ne saisiraient pas les enjeux de l’avenir de notre société. Un avenir fait de numérique avant tout, de communication en boucle, via des réseaux d’informations non vérifiées et pourtant répétées comme des vérités. Une standardisation de la société et de ses différences en somme.

En se focalisant sur les espaces métropolitains, l’analyse statistique du monde rural est incomplète et « mobilise des critères qui nient la dimension géographique du rural », prévient le Professeur Dumont.

En réalité, un Français sur trois réside dans une commune rurale (- de 3 500 habitants) et 85 % des personnes qui s’y installent aujourd’hui sont des actifs. Un signe d’espoir, oui, à condition qu’il y ait une égalité constatée, ce qui est loin d’être le cas.

Derrière ces chiffres se cachent des différences criantes qui sont durement ressenties. Dans certains territoires, le nombre d’habitants a tendance à stagner, quand d’autres le voient augmenter. Dans des parties de notre département, il ne se maintient que par un solde migratoire constitué de personnes qui viennent prendre leur retraite dans un milieu apaisé. Le vieillissement constant de la population y est ici plus rapide qu’ailleurs.

Les signes de cet affaiblissement du monde rural se mesurent au travers la fermeture des classes quand ce n’est pas l’école, les difficultés à voir s’installer des professionnels médicaux malgré les efforts des collectivités locales, la fracture numérique avec toujours une technologie de retard, l’accessibilité avec des réseaux routiers inadaptés ou ferroviaires dénommés « petites lignes ».

Pires et plus insidieuses sont les conséquences des mesures votées ou prises par voie réglementaire qui ne trouvent pas le même écho sur tous les territoires de la République et participent ainsi à la fracture territoriale. Par exemple, profiter de la « garantie jeunes » est plus difficile voire impossible lorsque l’on vit en milieu rural, et rouler à 80 km/h pénalisera ceux qui n’ont d’autres choix que de faire de longs trajets pour se rendre au travail.

Oui le monde rural est en souffrance, parce que les territoires et les gens qui y vivent le sont. Et parce que les statistiques montrent que sa part se réduit, sa visibilité est moindre et l’obscurité le guette.

Cette réalité, je la traduirai en paraphrasant une triade mongole relative aux trois obscurités de l’univers. Pour le monde rural, celles-ci pourraient se décliner comme :

  • Un village sans école,
  • Une ferme sans agriculteur,
  • Une rue de village jalonnée de « maisons à vendre ».

J’aurais pu ajouter « une rivière sans poisson », mais je me dis que les truites reviendront plus vite que les hommes, et que les pluies de printemps les auront gâtées…

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2 commentaires

  1. Tout à fait vrai, on le constate tout les jours dans notre ruralité Montmorillonnaise. Il y a urgence à “prendre le taureau par les cornes” et avoir une véritable politique de la ruralité, que ce soit pour l’emploi, le médical, le numérique, etc…etc…

  2. Bravo Jean Michel pour cette vérité assénée et assumée et qui nous fait du bien. J’ajouterai que, lorsqu’une entreprise un peu importante décide de s’installer, elle choisit un site où il y a des hôtels, des réseaux, des voies de communications importantes, un réseau ferré à proximité…donc pas chez nous, pas à la campagne. Quand une plate forme comme Intermarché se délocalise, c’est pour fuir le monde rural comme dans le Sud Deux Sèvres et le Sud Vienne pour l’agglo d’Angoulème. Les élus n’avaient pourtant pas ménager leur peine, tout a été fait pour qu’il se maintienne sur notre territoire. C’est désespérant ! Peut être que si nos instances dirigeantes, l’Etat , la Région menaient une politique plus incitative, peut être y aurait-il d’autres résultats. En attendant “on crève”.

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