En paisible compagnie de ma conscience

Au terme d’un long débat sur un sujet de société, qui aura vu s’exprimer avec force différentes sensibilités, dont la mienne, j’ai, au nom des principes éthiques qui ont toujours été les miens, décidé de voter contre le texte « immigration maîtrisée, droit d’asile effectif et intégration réussie ».

Je reconnais avoir par ce vote enfreint les règles collectives du groupe parlementaire auquel j’appartenais. Je n’ai pourtant – comme je le ferai sur d’autres sujets de société à venir : lois bioéthiques ou fin de vie – que respecté ma conscience pour fonder mon vote.

Nos concitoyens reconnaissent à leur député cette liberté de conscience au nom de laquelle ils peuvent s’extraire d’un mandat impératif. Conformément à l’article 27 de la Constitution de la Ve République française : «Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel.»

Toute ma vie personnelle, professionnelle – comme avocat – et politique, s’est construite autour de valeurs simples, de liberté, de justice et d’humilité, plaçant toujours les êtres humains au centre de mes attentions.

Dans le texte que nous avons voté, des hommes, des femmes ou des enfants étaient à l’évidence concernés par chaque article et chaque amendement déposé.

Par ailleurs, depuis toujours mon engagement politique s’est inscrit dans l’action collective, ce qui nécessite d’accepter des compromis, sans pour autant renoncer à sa liberté. Cette liberté m’apparaît encore plus précieuse quand elle touche à ma conscience.

Je reste persuadé qu’un groupe politique se grandit en acceptant l’expression des différences en son sein.

Avec ce texte lourd d’enjeux de société liés à l’identité de notre pays, à son histoire, et à son avenir, nous n’envoyons pas aux citoyens du monde le message universaliste qui a toujours été le nôtre.

Cette loi est en effet inutile et inefficace ; comme l’ont également qualifiée Jacques Attali, Louis Gallois ou Benjamin Stora (entre autres), elle est de surcroît souvent inhumaine.

La compagnie intellectuelle et morale de ces personnalités que j’ai auditionnées – tout comme les conclusions du rapport d’évaluation relatif à loi précédente de 2016, que j’ai conduit – m’ont conforté dans ma décision de m’opposer à ce texte et de voter contre.

Parce que voter contre constituait un « pêché mortel », j’ai préféré, dès après le vote, être cohérent et me mettre en congés du groupe parlementaire, La République en Marche, depuis le 23 avril.

Ni godillot, ni frondeur -termes que je pense dépassés-, l’esprit libre et animé de la volonté de servir et transformer positivement notre pays, je pourrai ainsi reprendre le débat sur ce texte en seconde lecture, libéré des contraintes liées à un groupe pléthorique

Ce projet de loi nécessitait cette liberté, et j’en accepte les conséquences. Je suis et reste un parlementaire plus déterminé encore : « on chemine tellement mieux en la paisible compagnie de sa conscience » m’a écrit Christiane Taubira, un des innombrables soutiens reçus après mon vote.

Tous ces témoignages d’anonymes, d’élus de toutes sensibilités, de responsables d’associations, de descendants de résistants ou de personnes déplacées, d’amis bien sûr comptent infiniment plus à mes yeux que tous les commentaires moins amènes ou moins bienveillants qui n’ont pas manqué de s’exprimer également.

Oui, vraiment, « on chemine tellement mieux en la paisible compagnie de sa conscience » !

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3 commentaires

  1. Sincère reconnaissance à notre député, Jean-Michel Clément, pour ne suivre que la ligne de sa conscience. Qu’il soit assuré de notre soutien pour avoir fait ce choix, certainement difficile. Cela ne doit surprendre personne de ceux qui le connaissent et le tiennent pour quelqu’un de fidèle à ses idées, mais aussi très proche et disponible dan sa circonscription.
    Je lui souhaite une très bonne poursuite.

  2. Cher Jean-Michel,
    Bravo pour ta prise de position respectueuse de ta conscience (et de celle de tout homme qui vit dans le vrai). J’ai toujours vécu de cette façon, c’est la vie de nos enfants qui compte en premier.
    En continuant comme ça, l’éthique à la française ne veut plus rien dire, c’est devenu une pensée unique troublée par certaines idées du siècle des lumières qui mène la danse de façon dictée, fausse et sans discernement.
    Nous ne pouvons pas tout accepter.
    Bien amicalement.

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