Un Poitou pour quoi faire ?

L’hypothétique projet de réunir les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres sous le label « Poitou », n’a t-il pas déjà vécu et n’est-il pas incongru à l’heure de la Nouvelle Aquitaine ?

S’il y a, certes, une nécessité à construire une dynamique territoriale renouvelée, quand des villes comme Limoges et Poitiers perdent leur rôle de capitales régionales, un « repli » dans le Poitou est-il la bonne réponse ?

Je ne le pense pas et ne suis pas le seul apparemment, même si existent une culture poitevine et même une langue dirait Yannick Jaulin.

Ségolène Royal avait su mettre en valeur la dimension territoriale de l’ancienne région et la faire reconnaître à travers nombre d’actions et de symboles : des manifestations comme les Nuits romanes ; l’aventure de l’Hermione ; des actes politiques singuliers, comme la démocratie participative (en particulier dans les lycées), et des budgets du même nom ; des orientations partagées avec les autres collectivités dans le cadre de contrats de territoires alliant proximité d’actions et de décisions ; sans oublier la croissance « verte et bleue » inspiratrice de réformes portées à l’échelle du pays tout entier.

Le Poitou-(Charentes) de la fin du XXe siècle, c’était tout cela, et bien d’autres choses dont les Picto-charentais peuvent être légitiment fiers.

Même si le Poitou était aussi un « seuil » en géographie, il ne peut désormais plus l’être, dans la nouvelle organisation territoriale, pour passer d’une région à l’autre, d’une métropole à l’autre !

Aujourd’hui, les vrais défis me semblent ailleurs.

Les métropoles commencent déjà à montrer leurs limites. L’attractivité ne signifie pas pour autant qualité de vie. La circulation automobile y devient impossible, s’y loger de plus en plus coûteux, et demain se poseront des problèmes d’accès à ….l’eau potable !

Est-ce cela le nouvel aménagement du territoire qui voit les gens s’agglutiner sur la façade Atlantique de Bordeaux à la Rochelle, et abandonne l’arrière-pays à ses difficultés d’espaces en voie de marginalisation ?

Parce que je m’inscris en totale opposition à cette vision, je ne veux pas que l’on transforme un territoire hier riche de son économie agricole et touristique en un territoire industrialisé dédié à la production d’énergies destructrice de son identité paysagère ; je ne veux pas d’un territoire support d’une agriculture productiviste destructrice de la bio-diversité ou constituée de fermes-firmes ; je ne veux pas d’un territoire habité d’actifs devenir seulement un espace résidentiel.

Je crois à l’inverse que des villes comme Limoges et Poitiers doivent trouver une place nouvelle dans une dynamique territoriale susceptible de contrecarrer la logique jacobine qui ferait de Bordeaux le Paris de la nouvelle région.

Des dynamiques bi-latérales peuvent se construire pour créer des passerelles, dans un dépassement des « seuils ». Entre Tours et Poitiers (comme entre Clermont-Ferrand et Limoges), il y a un « défi territorial » à relever que l’hypothétique création d’un Poitou ne permettra pas.

Cette nouvelle dynamique urbaine ne saurait cependant à son tour se faire au détriment des « interlands », parce que ce serait reproduire une nouvelle forme de jacobinisme provincial.

Ceci est également vrai pour les anciennes agglomérations, devenues communautés urbaines.

Il y a une singularité territoriale à refonder dans cette région où la qualité de la vie en fait une destination favorite des touristes étrangers, qui attire aussi de nouvelles populations ; mais elle ne saurait se définir et se limiter à un nouveau Poitou.

 

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