Les vraies orientations de l’actuelle politique derrière le débat sur les aides sociales…

La déclaration du Président de la République sur les aides sociales, qui coûteraient un « pognon de dingue », savamment orchestrée et abondamment commentée sur la forme, mérite une réflexion approfondie, au-delà de l’opération de communication qui – n’en déplaise aux tenants du « nouveau monde » – relève de vieilles méthodes manipulatrices de l’opinion publique.

Cette déclaration enregistrée à l’Élysée et diffusée dans les réseaux sociaux, doit être interprétée à n’en pas douter comme une réponse aux trois économistes qui ont inspiré le programme présidentiel : il n’y aura pas de virage social, les coupes budgétaires annoncées dans les prestations sociales auront bien lieu. Celles-ci sont d’ailleurs déjà savamment distillées et vont se poursuivre…

Un exemple :  priver chaque mois de 5€ les 2,6 millions de bénéficiaires de l’APL ne représente que 390 millions d’euros d’économies, à comparer aux 7 milliards d’euros de baisse d’impôt (flat-tax, taxe d’habitation et ISF) programmée.

En décidant de désindexer à l’avenir les aides au logement, la baisse va encore s’accentuer :  avec une inflation à 1,8 %, une APL moyenne de 231 € perdra 48€ par an (4€ par mois), après les 60€ rognés l’an passé.

Le thème de la baisse des aides sociales a déjà été entonné par le ministre de l’Économie et celui du Budget et des Comptes publics, qui ont insisté sur « la nécessaire réforme des aides sociales » qui représentent 26 % des dépenses de l’État, « un pognon de dingue ».

Pour réduire ces dépenses et répondre aux experts du FMI, on appellerait ainsi les pauvres à la rescousse !

Le débat sur le coût et les résultats produits par les minimas sociaux mérite mieux à l’évidence ; c’est ce que je souhaite approfondir dans ce billet.

Les dépenses sociales (retraite et santé comprises) représentent en France 700 milliards d’euros (environ 1/3 du PIB) financées par les cotisations sociales des bénéficiaires. Les aides sociales (RSA, prime d’activité, APL…) ne représentant, elles, que 100 milliards.

Si nous nous trouvons pour ces aides au 5e rang européen derrière l’Allemagne, la Belgique, le Danemark et l’Espagne, cela produit d’autant plus de résultats que nous sommes, en France, le pays où les écarts de revenus sont les plus importants sur le continent :  22 % sans redistribution ; 16 % après. Le coût et l’inefficacité supposés de ces aides, exprimés par le Président de la République, constituent donc des contre-vérités.

Si cette redistribution réduit les écarts, elle ne permet cependant pas la mobilité sociale. L’ascenseur social est plus que jamais en panne dans notre pays : il faut 6 générations à un pauvre pour sortir de la pauvreté, c’est-à-dire pour que le descendant d’une famille pauvre atteigne le revenu moyen.

La pauvreté n’est pas le résultat de l’oisiveté d’une partie fainéante et irresponsable de la population. C’est le produit de mécanismes structurels lies à la précarisation du travail, au durcissement des conditions d’indemnisation du chômage et à la déconnexion entre marché de la formation et marché du travail.

Ainsi, la pauvreté touche aujourd’hui plus fortement les jeunes et les femmes qui acceptent des petits boulots mal payés ; et un tiers environ des pauvres ne perçoivent pas le RSA (551 € par mois), faute de le demander. L’État économise ainsi 3 milliards sur le dos des plus démunis !

Plus grave encore : ce qui se joue n’est pas seulement la diminution des aides sociales, c’est aussi la manière dont nous définissons nos rapports les uns aux autres. Aborder ce débat uniquement sous l’angle du coût alimente l’idée que trop de personnes « profiteraient » du système, alors que le défi auquel doit faire face l’action publique est celui du non-recours aux droits et aux services.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, l’a d’ailleurs relevé dans son dernier rapport, et je l’avais observé grâce à l’étude conduite dans la circonscription : connaître ses droits ne signifie pas forcément les faire-valoir.

Le procès fait aux « pauvres » dans le message présidentiel est pour le moins choquant à la lecture de ces constats.

Dans un article du journal Le Monde, les économistes inspirateurs du programme présidentiel reprochent au Président de « donner l’image d’un pouvoir indifférent à la question sociale ».

Est-ce à dire que nous nous orientons vers un social-libéralisme affirmé, pour ne pas dire libéralisme tout court, par opposition à une forme de sociale démocratie que certains -dont je suis- espéraient ?

Le débat sur les aides sociales éclairant les orientations économiques qui s’affirment, nous verrons sur d’autres sujets sensibles (réforme des retraites, etc.) si ces inquiétudes et ces intuitions se confirment dans les mois à venir.

 

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