Lettre à mes collègues de la majorité parlementaire : le temps de l’émancipation est venu.

Tribune de Jean-Michel CLEMENT, Député non inscrit de la Vienne 

 

La démission de Nicolas Hulot, les agissements inacceptables d’un collaborateur du Président de la République, les échanges culpabilisants sur la loi Asile-Immigration, sur la loi alimentation ou sur la révision constitutionnelle ont provoqué de l’inquiétude chez de nombreux députés de la majorité.

Vous avez constaté que la bienveillance dont se drapaient les discours n’est plus qu’une illusion. Que le travail, le mérite et le goût de la liberté, valeurs qui devaient guider notre société, ne concernaient pas le groupe majoritaire. Que la diversité de vos parcours, argument politique légitime lors de votre élection, n’est pas considéré comme un atout pour la « révolution » démocratique espérée.

La nomination ministérielle du Président de l’Assemblée Nationale, garant de l’indépendance de celle-ci, et les mouvements qu’elle implique en votre sein vont encore fragiliser le destin collectif que vous espériez.

Il n’est pas trop tard pour le servir en toute indépendance. Chers collègues : le temps de l’émancipation est venu.

On nous décrit « Le nouveau monde » comme celui né de l’émancipation d’un certain nombre de personnes du soi-disant « monde ancien ». Cet acte de liberté a été favorisé par le suffrage universel, et un homme sans parti, presque inconnu, est aujourd’hui président de notre pays.

Au terme de la première année de cette mandature inédite, j’ai pourtant été amené, en conscience, à prendre mes distances avec le groupe majoritaire, avant que celui-ci ne puisse décider lui-même de m’écarter.

Mais je ne saurais plus longtemps me résigner au silence.

Je reste en effet très attaché au respect de l’équilibre des pouvoirs, essentiel à notre démocratie, sur lequel reposent nos institutions.

Parce que nos concitoyens reconnaissent à leurs députés cette liberté de pensée au nom de laquelle ils peuvent s’extraire d’un mandat impératif (article 27 de la Constitution), je demeure persuadé que tout groupe majoritaire doit respirer librement, et qu’il se grandit en acceptant l’affirmation de différences en son sein.

Pour ce faire, chacun doit pouvoir s’exprimer sans crainte, et sans risquer l’excommunication des disciples d’un « nouveau monde » qui ressemble de plus en plus à l’ancien.

Quelle que soit son appartenance à un groupe politique, un parlementaire a une âme et un cœur, des convictions qu’il n’abandonne pas une fois élu. Sa légitimité, il la tient avant tout de ses électeurs qui attendent de lui qu’il ne renonce pas, de façon plus ou moins cynique, à ses propres valeurs ; d’autant moins quand le « en même temps » est érigé en vertu cardinale, ce qui rend d’ailleurs étrange de voir toute manifestation de réserve ou d’opposition transformée en “péché mortel”.

Avec le recul, ce qui s’est passé lors du vote du texte « Asile et immigration » me semble n’être que l’illustration d’une volonté du pouvoir d’éteindre les opinions divergentes, et de détourner le débat.

Si le précédent quinquennat a souffert d’un excès d’émancipation, le « nouveau monde » ne peut condamner ceux qui restent fidèles à leurs engagements de fond. Ce serait un gâchis pour la démocratie, un gâchis aux yeux d’électeurs qui ont manifesté à travers eux des sensibilités différentes, lesquelles font la richesse d’un peuple.

Aujourd’hui, je sais que nombre d’entre vous sont frustrés par la loi du silence, loi qu’a su briser Nicolas Hulot.

Nous devons nous aussi ensemble trouver le moyen de nous exprimer librement. Pas pour créer une nouvelle forme d’opposition, mais pour cesser d’accepter aveuglément des choix politiques qui n’ont parfois même pas été débattus au préalable avec les parlementaires !

Pour ma part, je préférerai toujours un débat riche – jusque dans l’affirmation de divergences, à l’absence de débat qui ouvre la voie au renoncement.

Si un groupe majoritaire pléthorique ne parvient pas à tolérer de contre-pouvoirs en son sein, alors il faut s’en émanciper et s’organiser pour permettre cette indispensable respiration démocratique.

Au pouvoir, à chaque pouvoir, opposer un autre pouvoir : il en va de la survie de notre démocratie et, plus généralement, de l’acceptation de toutes les minorités dans notre pays.

C’est pourquoi j’appelle à la création d’un nouveau groupe parlementaire où la parole serait libre, les valeurs d’humanisme partagées ; où l’attachement à nos territoires, et à l’autonomie des collectivités locales qui les administrent, serait garanti ; un groupe soucieux des équilibres financiers et attentif plus que jamais à la dimension écologique des problèmes, bref, à tout ce qui fait qu’un pays ne laisse personne au bord du chemin.

La bienveillance ne suffit plus, il nous faut aujourd’hui entrer en vigilance.

Dès demain, des textes majeurs nous attendent. Par l’expression parlementaire d’un groupe organisé, sachons faire entendre nos différences, toutes nos différences, dans l’intérêt de notre pays et de tous nos concitoyens.

Je travaille déjà avec quelques autres à ce beau projet. Rejoignez-nous, le temps d’une nouvelle émancipation est venu.

 

 

 

 

 

 

 

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2 commentaires

  1. je vous approuve et vous soutiens , ras le bol de la monarchie macronnienne , je suis très déçu de la politique menée , j’étais comme vous soutien de macron et j’ai beaucoup de regret aujourd’hui ; il mène une politique des riches et se fout complètement des pauvres ; pour preuve quand on apprend que 30% de français ne peuvent manger décemment chaque jour . Je suis en total désaccord avec sa réduction de 5% des apl , de la hausse de la csg , du blocage des salaires et des retraites , du mépris de l’écologie . Bon j’arrète , mais sachez que depuis cet été je n’adhère plus à sa politique . PREUVE : SA BAISSE DANS LES SONDAGES

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