D’une révolution à l’autre.

En novembre 2016, le «pas encore candidat à la présidence de la République », Emmanuel Macron publiait un livre intitulé : Révolution.

Nous sommes nombreux à l’avoir lu. Il posait un diagnostic sur l’état de notre pays et nous interpellait sur notre capacité collective à accepter les réformes que nous imposent les bouleversements induits par des transformations planétaires : prééminence du numérique, changement de notre relation au travail, formation tout au long de la vie, nécessaire transition énergétique, … tout est sujet à révolution.

Un événement vient de perturber cette analyse : l’explosion de l’une des crises les plus graves que notre pays ait connues depuis 50 ans.

Toute crise vient de loin bien sûr. Depuis celle de 2008 pour sauver le système bancaire, qui aura gelé pendant presque 10 ans le revenu des Français, en passant par le profond dérèglement du monde du travail auquel même l’Europe a contribué, il ne manquait qu’un élément déclencheur dont le Gouvernement a très mal évalué les conséquences. 

Ce qui n’aurait été en d’autres temps qu’un ajustement de l’agenda budgétaire, a donné naissance à ce mouvement des “gilets jaunes”, qui a ébranlé notre pays, faisant même craindre pour notre vieille démocratie.

Alors qu’elle se voulait vertueuse, la hausse des taxes sur le carburant – à l’origine de la révolte – fut la mesure de trop.

Ainsi que l’a démontré l’Institut des politiques publiques, les mesures fiscales du Gouvernement ont fait subir aux 20 % des plus pauvres de nos concitoyens une amputation de leur pouvoir d’achat. Et la mesure phare présentée comme correctrice, la baisse de la taxe d’habitation, ne les concerne pas, parce que 9 millions d’entre eux en sont exonérés. Cette taxe sur la mobilité devenait alors insupportable pour tous ceux contraints de se déplacer pour rejoindre leur lieu de travail.

Plus globalement, ce mouvement est le fruit d’injustices accumulées : injustice sociale, injustice territoriale et injustice fiscale, bien sûr.

Né de l’instantanéité des réseaux sociaux et des mobilisations spontanées qu’ils engendrent, il est aussi le produit d’une méfiance de plus en plus criante vis-à-vis du pouvoir politique, comme des corps intermédiaires. Il est enfin une réponse à une certaine forme de mépris et d’arrogance de la part du chef de l’État à l’égard des gens qui souffrent.

Mais on oublie aussi, qu’au-delà de sa légitimité, l’élection de ce dernier est le résultat d’un concours de circonstances politiques sans précédent. N’a-t-il pas lui-même parlé de hold-up ?

Emmanuel Macron, qui a fait “le plein d’un vide”comme l’a justement relevé le philosophe Marcel Gauchet, doit son élection à 25% de l’électorat qui s’est exprimé, dont de nombreux électeurs de gauche : 25 % des voix et 100 % des pouvoirs !

Le voilà seul face à tous les autres, auxquels s’ajoutent aujourd’hui les déçus qui lui avaient donné leurs suffrages.

Après les partis politiques devenus ringards à ses yeux, les syndicats jugés hostiles à tout changement, les corps intermédiaires déclassés, les bailleurs sociaux taxés de tous les maux, sans parler du Parlement qui ralentirait l’action gouvernementale, … on ne s’étonnera pas que le mouvement des “gilets jaunes” ait prospéré à ce point. Seuls finalement, le MEDEF et les chasseurs, n’auront pas trouvé de raisons à les rejoindre.

Diviser pour régner est dangereux ! Même si les revendications entendues sont parfois difficilement conciliables, nos concitoyens aspirent à une autre manière d’exercer le pouvoir :  ils veulent s’exprimer et être entendus !

Face à un système de plus en plus jacobin, piloté de l’Élysée, relayé par Matignon et orchestré par Bercy, quand ce n’est pas l’inverse, il ne reste plus rien du pouvoir politique pour canaliser les tensions sociales. 

À force d’érosion, nous sommes aujourd’hui face à des explosions. C’est en fait, une crise contre l’injustice que nous vivons, une crise contre l’isolement vers lequel le libéralisme a renvoyé les citoyens.

Le fait d’annoncer à la hâte des mesures sociales, repousser les mesures fiscales, lancer un grand débat national pour donner la parole aux Français… sera-t-il suffisant ?

Quatre questions majeures sont posées. Pourront-elles canaliser la colère ? Permettront-elles de reconquérir les territoires perdus de la République et sensibiliser définitivement à l’urgence écologique ? 

Ce mouvement l’aura démontré, nous avons les plus grandes difficultés à associer la question sociale et la question environnementale. Nous réussirons si nous savons répondre à la demande d’égalité, et si nous renonçons à une trop excessive verticalité du pouvoir :  une autre révolution à venir !

D’une révolution à l’autre.

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