À celles et ceux auxquels je n’ai pu adresser mes vœux…

Janvier s’achève, et avec lui le traditionnel marathon des cérémonies de début d’année.

Comme l’an dernier, j’ai mesuré combien ces rencontres entre élus et populations sont riches d’enseignements, et permettent de mieux comprendre et évaluer l’importance de ce qui se joue concrètement dans les territoires ruraux.

À l’instar des assemblées générales annuelles du monde associatif, ces temps de convivialité permettent de présenter le « rapport d’activité » des douze précédents mois et les projets à venir.

Dans les bourgs et villages où j’ai eu le plaisir de représenter Jean-Michel Clément, lorsqu’il se trouvait dans d’autres communes de la circonscription, j’ai beaucoup appris, et mieux pris la mesure de ce qui s’élabore à l’échelon communal pour susciter ou soutenir de nouvelles dynamiques locales. La France n’existe en effet pas seulement dans ses métropoles et ses villes, grandes ou moyennes. Comme tout corps vivant, les organes centraux ne peuvent fonctionner et n’ont de sens qu’au sein d’un système complexe, où les éléments sont en interaction permanente. Une société ressemble ainsi à un corps humain : point de vie et de santé, point d’harmonie, sans les multiples petits vaisseaux qui irriguent l’ensemble par capillarité, et participent à son équilibre.

Yves Jean, président de l’université de Poitiers, parle de « capital territorial » dans un excellent livre qu’il a co-dirigé et auquel participent d’autres chercheurs en géographie, comme Samuel Arlaud, président de la MJC de Montmorillon : Les espaces ruraux en France (Armand Colin).

Les auteurs montrent, entre autres choses, combien les relations entre villes et campagnes sont entrées dans une phase de transformation, voire de recomposition, avec de nouveaux liens et des complémentarités renforcées, qui peuvent nous rendre à nouveau optimistes pour la ruralité malgré les difficultés que nous connaissons (disparition de services publics, fermeture d’écoles, etc.).

Il existe en effet de plus en plus d’initiatives et d’innovations sociales, de nouvelles formes d’économie plus coopérative et solidaire qui participent à ces mutations des campagnes, et contribuent à ce capital territorial qu’il faut valoriser.

Pour répondre à la disparition progressive de certains services publics traditionnels, des solutions alternatives sont trouvées pour les maintenir sous d’autres formes, en faisant preuve d’innovation : dans le domaine de la santé, des maisons de santé ont vu le jour, favorisant l’arrivée de nouveaux médecins dans plusieurs communes.

Il faudrait également évoquer les projets de création de tiers-lieux, encouragés par la Région Nouvelle-Aquitaine, ou les maisons de service au public dont les élus doivent s’approprier plus encore le concept, sans oublier les futures maisons de droit et de justice (ou, plus modestement, les points d’accès au droit) pour répondre aux attentes de nos concitoyens dans la proximité.

Ces réalités ne sont pas suffisamment mises en lumière et prises en compte.

De la même manière que l’on oublie (parfois) l’importance des apports des réseaux associatifs à la vitalité de notre pays – et la plus-value non marchande et non comptabilisée qu’ils génèrent en faveur du bien commun – on ne rend pas suffisamment hommage à l’engagement et au dévouement des élus locaux en milieu rural, à ces hommes et ces femmes qui – le plus souvent à titre bénévole et sur le temps qu’ils et elles pourraient passer avec leurs familles ou leurs proches – assurent au quotidien ces indispensables missions de proximité, au service des habitants.

Dans mon premier billet mensuel en novembre 2017, je rendais compte du livre de Cécile Untermaier (que je recommande à nouveau !), Le Parlement du futur, et je citais quelques-unes de ses préconisations de bon sens comme, par exemple : « la nécessité de réinventer un travail de terrain, en plaçant le citoyen au cœur de la réflexion » ; la nécessité aussi de ne pas laisser au sein des cabinets ministériels et autres superstructures administratives – souvent déconnectés des réalités du terrain et de la vie quotidienne des personnes – la discussion sur les enjeux de société, culturels, économiques, sociaux et environnementaux : « À la technocratie propre au pouvoir exécutif répondrait la démocratie de dialogue et d’écoute caractéristique du Parlement ».

C’est, je ne le cache pas, une conviction qui s’est renforcée au fil de mes déplacements dans ces communes de la Vienne !

En cette période de débat sur le rôle qui pourrait être demain celui des parlementaires, la proposition de Cécile Untermaier d’augmenter, voire d’inventer la fonction locale du parlementaire ne me paraît en aucune manière absurde. En effet, si « le parlementaire est un acteur local de premier plan, ce fait est encore largement occulté par le droit ».

J’ai conscience du caractère quelque peu à contre-courant de cette proposition, au moment où la tendance dominante – et parfois démagogique – porte plutôt vers la diminution du nombre de parlementaires !

N’y a t-il pas cependant une évidente contradiction dans le fait d’envisager d’éloigner encore plus les représentants nationaux du terrain, au moment où la fièvre qui secoue la France depuis plusieurs semaines est aussi la conséquence d’un déficit de prise en considération de la démocratie de proximité, et de pouvoirs centraux trop coupés des réalités de la vie des gens ?

Parmi les nombreux enseignements que l’on peut tirer du mouvement des Gilets jaunes, n’occultons pas cette exigence de proximité et de dialogue, si l’on veut continuer à faire fonctionner les nécessaires institutions dont une communauté humaine a besoin pour se structurer et inventer collectivement son avenir.

L’État central semble redécouvrir depuis quelques semaines combien sont indispensables les acteurs de l’intermédiation dont les élus locaux et autres corps intermédiaires (syndicats, associations, etc.) font partie, et c’est une bonne chose.

Espérons qu’il aura la sagesse de ne pas affaiblir un peu plus, demain, le Parlement et celles et ceux qui l’incarnent, ces agents de liaison entre le national et le local.

Il ne faudra sinon pas se désoler ensuite si les protestations apparaissent de plus en plus dans des coordinations échappant à toute organisation, et des processus parfois irrationnels que les réseaux sociaux continueront d’amplifier.

Lorsque l’on éloigne les personnes des centres de décision – plus on fait disparaître les conditions favorisant l’écoute, le dialogue et la concertation, on s’expose alors toujours plus à ce que des politiques publiques ne soient pas acceptées.

Seules les démarches reposant sur un diagnostic largement partagé sont susceptibles d’être comprises. Le temps du diagnostic, de la concertation et de la délibération n’est jamais du temps perdu, mais du temps gagné.

Espérons que le Grand débat national qui vient de s’ouvrir saura revenir à une méthode que Michel Rocard, par exemple, avait expérimentée avec succès en d’autres temps…

Belle année à tous et toutes !

 

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3 commentaires

  1. Bonjour.En fait toutes les lois qui nous tombent dessus depuis quelques années sans concertation avec les vrais occupants des territoires ne respectent ni les gens, ni la nature, ni l’environnement.La loi sur l’eau qui détruit les milieux humides, les PLUI trop restrictives qui vont vider les campagnes, bien sûr l’implantation anarchique et forcée des éoliennes, une autre chose me préoccupe: les jeux d’argent sur internet, mis en ligne par une sorte de mafia australienne, combien de gens se ruinent en jouant l’argent du ménage? Et j’en oublie, bonne journée quand même!

  2. Merci de souligner les apports des réseaux associatifs et le rôle des bénévoles, souvent retraités, que le gouvernement a choisi de taxer un maximum sous prétexte qu’ils “ne contribuent pas à l’économie réelle” !
    De plus, je partage tout à fait le rôle “d’agents de liaison” que doivent avoir les Parlementaires entre les citoyens et le pouvoir central. Le Président se l’est arrogé le temps d’une pré-campagne avant les élections européennes mais il retournera vite sur son Olympe…

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