D’une citoyenneté à l’autre… Entre les deux, un jeu politique dangereux

Vendredi 5 avril a eu lieu à la Préfecture, la cérémonie de remise des décrets de naturalisation, à un nombre important et inhabituel de demandeurs, 14 personnes, dont les 2 tiers d’origine britannique.

Tout sauf un hasard, tant nos amis britanniques sont nombreux à vivre dans le sud et l’est du département.

Comment ne pas comprendre le désarroi de celles et ceux qui font la démarche de devenir français quand le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’Union européenne, faisant des Britanniques des citoyens étrangers, au même titre que d’autres, Afghans, Somaliens, Érythréens, montrés du doigt parce qu’ils sont migrants ou réfugiés ?

Je ne prendrai, à titre d’exemple, que l’histoire de John et Elizabeth, désormais contraints de devenir des bi-nationaux parce qu’ils ne sont plus des citoyens européens.

Aujourd’hui réfugiés dans leur pays d’accueil – où certains vivent parfaitement intégrés depuis plus longtemps encore – John et Elizabeth ont été charmés par le paysage verdoyant, le climat tempéré, la douceur de vivre des bords de la Charente et du Sud de la Vienne, avec en tête la chanson « Le tourbillon de la vie » interprétée par Jeanne Moreau.

Après y avoir passé des vacances dans les années 70 et laissé mûrir leur désir au fil des ans, ils s’y sont finalement installés en 2003, forts de la certitude d’être européens.

Leurs ancêtres n’étaient-ils pas d’origine grecque, lettone et écossaise ?

Après avoir vécu à Londres, ville du mouvement et du Grand brouillard, ce couple très connecté profite d’une retraite paisible à Charroux, petit village de 1180 habitants, où il est très impliqué dans la vie associative locale.

Cependant leur vie bascule le jour du vote du Brexit.

Après 16 ans passés en France sans avoir à se justifier, les voilà obligés de demander un titre de séjour auprès de la Préfecture de la Vienne, puis de celle des Deux-Sèvres : une démarche qui entraîne un contrôle des gendarmes à leur domicile, et amène ce couple à apprendre à chanter la Marseillaise, le soir, dans la belle campagne déployée autour de leur terrasse.

Leur plus grande frustration : ne pas pouvoir voter aux élections européennes en mai prochain… parce qu’ils ne sont pas encore naturalisés français.

Au-delà de John et Elizabeth, comment ne pas avoir aussi une pensée pour ceux qui sont devenus conseillers municipaux au nom de leur citoyenneté européenne.

Quel recul pour la démocratie en Europe !

Même si un projet de loi a habilité le Gouvernement à prendre par ordonnance, les mesures de préparation au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, celles-ci ne remplaceront jamais l’espoir de faire des citoyens britanniques ce qu’ils sont devenus en vivant parmi nous : de vrais compatriotes.

Alors que nous sommes entrés dans l’ère des mobilités et que se constituent de nouveaux empires, en Chine, en Inde ou en Russie, le Brexit et ses conséquences sont l’illustration d’un repli identitaire et un recul de nos sociétés occidentales.

L’Europe ne saurait se défaire plus sans affaiblir les États, et avec eux, par ricochet, l’ensemble des citoyens européens.

 

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