L’oral de rattrapage suffira-t-il à cacher les véritables enjeux d’une politique ?

Après le Grand débat, ceux qui pensaient que se préparait un oral de rattrapage se sont bien trompés. Mais comment pouvait-il en être autrement après deux mois passés à distiller le même message : celui qui structure une pensée libérale assumée ? Dont acte.

 

Ce qui frappe tout d’abord – j’ai pu le vérifier en échangeant avec mon entourage ou mes rencontres fortuites depuis la conférence de presse – c’est le ton du discours. L’expression est manifestement de qualité ; pourtant, comme mes interlocuteurs l’ont relevé, si les mots sont justement employés, leur sens ne résonne pas chez ceux qui les ont écoutés. Pire, s’en dégage une forme de condescendance qui leur fait dire que, décidément, le Président n’appartient pas à leur monde.

 

Sur le fond on ne sera pas surpris d’apprendre qu’il ne lâche rien de ce qui a été entrepris jusqu’alors ; les réformes engagées seront poursuivies, sans retour sur l’ISF ou sur les APL par exemple.

 

Il y a des adaptations à la marge avec l’indexation des petites retraites ou la modification des tranches d’impôt, mais pas de changement de cap.

Une once de démocratie directe, avec le tirage au sort de citoyens pour siéger au CESE, et un soupçon de proportionnelle accompagné de la réduction du nombre de députés et de sénateurs pour répondre à la méfiance confirmée à l’égard de la démocratie parlementaire. Mais pas de reconnaissance du vote blanc qui aurait pourtant donné du sens aux résultats électoraux quelles que soient les consultations, et certainement atténué les colères rentrées de nos concitoyens.

 

Le Président souhaite rapprocher les services publics des territoires après avoir redécouvert le rôle essentiel des élus locaux au cours de sa campagne de terrain ; tout comme il entend réhabiliter les corps intermédiaires : syndicats, associations et collectivités locales, considérés jusqu’alors comme des freins à la mise en œuvre de son projet.

 

N’offre-t-il pas ainsi lui-même la preuve du décalage entre sa manière de conduire sa politique et la réalité du pays ?

 

Au-delà de ces critiques largement partagées, me frappe encore le total oubli du message de Nicolas Hulot : aucune nouvelle orientation de notre économie pour accompagner la nécessaire transition énergétique, principale cause du mouvement de contestation né en fin d’année dernière.

 

Nous n’avons également rien entendu sur l’exclusion numérique de nos concitoyens éloignés des pratiques ou des connections aux nouvelles technologies.

 

En revanche, ont été annoncées des maisons de services au public à l’échelle des cantons, maisons déjà souvent organisées à l’initiative des collectivités locales pour lutter contre l’abandon par l’État de trop nombreux territoires. Le vice-président de l’association des maires ruraux n’a pas manqué de le relever dès la conférence de presse terminée !

 

Il y a bien eu quelques annonces ciblées sur le niveau minimum de retraite ou des référendums plus accessibles aux citoyens, une marche arrière sur la réduction du nombre de fonctionnaires, la reconduction de la prime d’activité (qui coûte en fait à l’employeur) et un maximum de 24 élèves dans les petites classes, jusqu’au CE1 d’ici trois ans (mesure qui impactera aussi les collectivités locales ayant en charge l’accueil des enfants en primaire).

 

Enfin, dans sa conclusion sur l’immigration, nous aurons compris que le Président a décidé d’en finir avec la tradition d’accueil de notre pays.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce grand oral n’était pas qu’une partie de bonneteau, mais bien la confirmation d’une orientation politique libérale assumée.

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2 commentaires

  1. Le président donne l’impression d’écouter le peuple mais en réalité il ne l’entend pas, ne le comprend pas. il reste sourd à toutes ses demandes. Il continue d’avancer dans sa politique libérale sans dévier d’un pouce. Sa réflexion sur la création des maisons de services au public est édifiante. Nous sommes bien placés, dans le Gencéen, pour apprécier ce genre de mesure…Merci monsieur Macron !

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