ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019 : UN SURSAUT DÉSORMAIS INÉVITABLE

Alors que les questions européennes n’étaient jusqu’alors pas au cœur des préoccupations de nos concitoyens, et que les précédents scrutins européens avaient été boudés par une partie des Français, quand il n’étaient pas utilisés par l’autre partie pour en faire un enjeu de politique intérieure, ces élections européennes ont changé de nature le dimanche 26 mai 2019.

Si la campagne fut courte et terne, mettant en scène un duel dangereux entre le parti du président de la République et le Rassemblement national, le vote des Français est riche d’enseignements pour l’avenir.

Parce que les français ont voté en nombre pour ce type de scrutin. Avec un taux de 51,3% la participation a dépassé de presque 10 points celle de la dernière consultation, en 2014, soit le taux le plus élevé depuis 1994.

Parce que les jeunes ont voté. 39% des 18-25 ans se sont déplacés : 15 points de plus qu’en 2014 et 40% des 26-34 ans, soit une participation en hausse de 10 points.

Cette mobilisation des plus jeunes est un événement ; ils se sont appropriés ces élections, comme jamais auparavant. La liste Europe écologie-les Verts en a certainement le plus profité : 25 % à 28 % d’entre eux se sont tournés vers l’écologie.

Par ailleurs, les écologistes ont réalisé de bons scores dans toute l’Europe, indice que l’échelon européen est le niveau pertinent pour relever les défis écologiques qui sont devant nous. Seule une action concertée des Européens est en mesure d’influer le cours du monde sur ces questions.

En France, Yannick Jadot s’est concentré sur ce discours sans tomber dans les accords d’appareils. Sa stratégie s’est avérée habile et permet aux Verts de sortir renforcés.

Et demain ? La question est toujours la même. Comment élaborer un projet de société sur la seule base de l’écologie ? Comment dépasser les intentions et les discours de campagne ?  L’enjeu est là, la difficulté des écologistes devant eux.

Déjà, les élections municipales sont dans toutes les têtes ; elles nécessitent une implantation et un projet local. Tous ceux qui pensent l’écologie sans penser la société auront des difficultés à traduire localement le sursaut des élections européennes. Ils pourraient se retrouver dans les mêmes impasses idéologiques.

Autres enseignements : le populisme a fléchi là où il était mature ; il s’est conforté là où il était encore jeune.

En France, le Rassemblement national progresse en nombre de voix mais plafonne en pourcentage.

Les territoires ruraux et le mien en particulier, dans la 3e circonscription, accompagnent cette croissance du populisme dans notre pays.

Les résultats de ces élections confirment tout à la fois, une fracture sociale et territoriale. Cette fracture qui s’est manifestée pendant la crise des Gilets jaunes, trouve un écho dans cette consultation particulière que sont les élections européennes : elles ont constitué un exutoire des colères des oubliés du monde rural, et de toutes les personnes qui peinent à atteindre financièrement la fin du mois.

La focalisation du président de la République sur un adversaire unique, le Rassemblement national, a offert une publicité inespérée au populisme. On a bien compris que cette manœuvre est avant tout politique, dans la perspective de futures échéances électorales, notamment en 2022, mais elle peut s’avérer dangereuse dans le temps.

La famille des Républicains connaît des voies d’eau importantes vers LREM et le RN. L’espace politique se réduit pour la droite traditionnelle, la cible catholique tentée par le très conservateur Xavier Bellamy s’est orientée à près de 36% vers LREM. A 8%, l’heure est grave pour la droite française.

Pour autant, rien n’est fait pour la gauche européenne, tant qu’elle ne se sera pas structurée autrement.

Seule la gauche est aujourd’hui capable d’offrir une alternance progressiste en Europe et en France.

Elle peut faire obstacle à la lente dérive vers le pragmatisme libéral. Pour cela, elle doit se reconstruire sur des valeurs où l’Homme, la Nature et la Planète seraient au cœur de toutes les politiques à conduire, et avec des nouveaux leaders. Là où cette mutation est avancée, la gauche recréée de l’espoir et remporte des succès électoraux, en Espagne et au Portugal par exemple.

En France, le processus de destruction encore à l’œuvre lors de ces élections européennes a atteint un point de non-retour, les mêmes ayant persisté dans leur division. La stratégie choisie par le Parti socialiste, avec Raphaël Glucksmann, semble avoir fonctionné et ouvre toutefois un nouvel espace, alors que la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon pâtis désormais de la radicalité de ses combats. Les électeurs ne retiennent plus que la haine et l’agressivité : l’horizon est sombre pour la gauche radicale.

La faiblesse des formations politiques traditionnelles fait craindre le pire pour les années à venir. Mais la démocratie a horreur du vide et le dynamisme de la participation entrouvre une porte, par laquelle se glisse l’espoir d’une alternative écologiste, sociale et démocratique.

Reste à construire un projet de société alternatif qui répondra à toutes ces exigences.

 

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