Déclaration du Gouvernement ou le « Discours de la méthode »

En juillet 2017, au sortir d’une consultation électorale qui avait porté au pouvoir Emmanuel Macron, celui-ci constituait un premier Gouvernement auquel j’avais naturellement donné ma confiance en votant, tout comme nombre de mes collègues de toutes sensibilités, la déclaration de politique générale.

Depuis cette date, certains textes ont reçu mon soutien, d’autres m’ont amené à préférer le refuge inconfortable de l’abstention, d’autres enfin me sont apparus insupportables ; d’autant plus insupportables qu’ils ne figuraient pas dans le contrat politique que je pensais avoir perçu dans le projet présidentiel.

Celui sur l’immigration m’a conduit à me retirer du groupe majoritaire, en réponse à la ferme invitation qui m’était faite de me soumettre ou me démettre.

La suite fut tout aussi éclairante sur les orientations sécuritaires et libérales qui se dessinaient, en même temps que la transformation promise et indispensable de notre modèle économique était abandonnée dans la forme que j’espérais. La dimension punitive inscrite dans l’augmentation des taxes sur l’essence devait ensuite constituer l’élément déclencheur de la crise dite des « gilets jaunes ».

Deux réponses surgirent de cette crise : du pouvoir d’achat refusé jusqu’alors et concédé sous la contrainte ; une loi anticasseurs, censurée dans sa partie liberticide par le Conseil constitutionnel, lequel veille sur nos libertés.

Dans ce contexte, la campagne pour les élections européennes qui a diabolisé le Rassemblement National, n’a pas empêché ce dernier d’arriver en tête et de nous éclairer sur l’état du Pays : la France des villes a soutenu le président de la République, la France des banlieues et des campagnes a préféré le Rassemblement National.

Et, l’objectif principal recherché – éliminer la droite républicaine et la diviser – a été atteint.

Demain, la menace « C’est moi ou le chaos ! » pourrait résumer les éléments de langage pour 2022.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre est venu rechercher le vote de confiance du Parlement. Et, fait inédit, celui de l’Assemblée et du Sénat.

Au Sénat, à l’évidence, les raisons étaient politiciennes : évaluer quels pourraient être ses appuis dans la poursuite du débat mal engagé sur le projet de réforme constitutionnelle, et mesurer plus encore les divisions de la droite républicaine.

Reste le fond de ce qui était présenté comme l’acte II du quinquennat et qui s’avère peu ou prou être un Acte (bis).

Appartenant désormais à un groupe parlementaire où le débat est la règle et la liberté son pendant, j’ai, en conscience, voté contre la déclaration de politique générale.

Je l’ai fait pour plusieurs raisons que je rappelle volontiers à ceux qui n’auraient pas encore compris que deux ans ont passé, deux années qui permettent de mesurer les écarts entre espérance et déception.

Espérance de voir se construire un modèle social-démocrate autour des nécessaires changements de modèles économiques, articulés autour d’une société de sobriété énergétique, préservant ressources naturelles, biodiversité et santé.

Déception de voir ces perspectives s’éloigner :

De simples mesures homéopathiques sur l’Environnement ne remettront nullement en cause les orientations majeures de la politique agricole commune. S’il faut la préserver à son niveau actuel, il faut aussi a minima l’orienter autrement. Rien n’est annoncé au titre des urgences économiques et écologiques pourtant évoquées dès l’ouverture du discours du Premier ministre.

Rien de concret sur la nécessaire décentralisation et le droit à la différenciation auxquels aspirent les collectivités locales et leurs élus, mais aussi nos concitoyens.

À l’inverse, en supprimant la taxe d’habitation et les ressources dynamiques des collectivités locales, on soumet celles-ci au régime de la dépendance fiscale et au bon vouloir de l’État.

On n’hésitera pas non plus, chaque année, à relancer le débat sur l’immigration pour parler de quotas… On le justifie en évoquant la pression migratoire, avec des demandes d’asile en hausse de 22% en France, quand en Europe elles diminuent de 10%.  On se réjouit de l’attractivité de la France, désormais premier pays d’Europe pour l’accueil des entreprises et des investissements, quand – en même temps- on refuse que cette attractivité conduise vers notre pays des êtres en souffrance.

Au sujet de la réforme des retraites ou de l’assurance-chômage, du nouvel acte de décentralisation ou de la réforme constitutionnelle, les propos se résument à des déclarations d’intentions et surtout à la réponse attendue du Sénat.

Reste l’absence d’avancées sociétales ; la seule PMA présentée comme une mesure de gauche par certains commentateurs ne comblera pas les attentes, quand beaucoup espèrent des réponses sur la dépénalisation du cannabis ou la fin de vie !

En fait, nous avons assisté à un « Discours de la méthode » ayant désormais gommé l’ancienne arrogance.

Mais sur le fond et les orientations prises, rien ne changera.

Juin 2019 ne ressemble en rien à juillet 2017 ; nous avons depuis mesuré le chemin parcouru et il n’est pas celui initialement imaginé. C’est ce que je fais et assume.

 

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