« A la croisée des chemins, Paroles de citoyens » : un documentaire qui nous parle, un récit à la fois, politique et citoyen

La diffusion du documentaire « À la croisée des chemins » tout au long du mois d’octobre et dans toute la circonscription (à l’exception de Gençay où le Maire et l’association qui gère le cinéma s’y sont opposés), arrive à son terme.

Au-delà des applaudissements spontanés et entendus au terme du film, j’ai été marqué par la qualité des débats avec l’assistance.

Que les personnes aient été plus nombreuses à mesure qu’on s’éloignait des zones périurbaines, a montré combien les images et les propos diffusés lors de ces projections faisaient écho aux réalités de la vie dans le monde rural.

Pour en rendre compte, et plutôt que de résumer les propos des quinze citoyens de ma circonscription associés au film, je préfère donner la parole à un autre « témoin », Jean Crespin, qui a participé à plusieurs de ces soirées publiques, pour qu’il nous livre ses réactions et ses réflexions sur le temps que nous vivons

Jean Crespin a travaillé longtemps dans ce milieu rural ; il y a exercé des fonctions d’élu et a choisi d’y passer sa retraite, tout en restant un observateur avisé du monde et de la société.  Sa parole de citoyen prolonge et enrichit l’initiative que j’ai prise.

Je vous la restitue, comme il me l’a livrée.

« Ce documentaire met en lumière ce qui menace notre ruralité. Il met aussi en évidence que ces menaces ne sont pas prises en compte par nos responsables gouvernementaux.

Nous avons récemment entendu le Président de la République déclarer : « Les bourgeois n’ont pas de problème avec l’immigration : ils ne la croisent pas » contrairement « aux classes populaires qui vivent avec ».

On nous bassine avec le voile, avec DAECH, comme si c’étaient là les questions les plus importantes, au centre des préoccupations de nos concitoyens. En quoi une femme portant un voile, même pour une raison religieuse, mettrait notre pays à feu et à sang ?

Lorsque j’étais jeune, prêtres et religieuses catholiques circulaient vêtus de leurs habits religieux dans l’espace public sans que cela ne pose de problème.

Récemment, lors d’un déplacement, un de mes amis a dû s’arrêter pour laisser passer une procession d’ostentation de reliques. Ici encore pas de problème.

Bien entendu les crimes, heureusement peu nombreux grâce au travail de nos services de renseignements, commis chaque année par DAECH en France sont inexcusables et leurs auteurs doivent être recherchés, jugés et condamnés lourdement.

C’est vrai que beaucoup d’immigrés se retrouvent dans les grandes villes et dans leurs proches banlieues. Mais ce n’est pas dans ces zones que le vote Front national fait ses meilleurs scores. C’est dans les zones périurbaines éloignées et dans les espaces ruraux où les immigrés sont pourtant peu présents.

Et même si une partie de « la classe populaire » se sent menacée par les migrants, ce n’est pas parce qu’elle vit avec, ce n’est pas par des femmes voilées ni par les criminels de DAECH mais parce qu’elle craint un déclassement social, plus important encore.

Les enquêtes menées par l’IFOP montraient qu’en 2008 70% des personnes interrogées estimaient faire partie de la classe moyenne.

Elles ne sont plus que 58% dans l’enquête la plus récente. L’IFOP utilise maintenant le terme de « classe moyenne inférieure ». Cette classe comprend des employés, des cadres moyens, des travailleurs sociaux, des intermittents du spectacle, des travailleurs à temps partiels, etc.

Tous ces gens n’ont plus les moyens d’habiter les centres-villes ou la proche banlieue et, voient leur niveau de vie remis en question et tiré vers le bas.

Eloignés des grandes villes et de leurs lieux de travail, ils habitent des zones dans lesquelles une spirale vicieuse se met en place. Celle-ci se caractérise par la dépendance coûteuse à l’automobile, par la désertification des services publics, scolaires et médicaux en particulier.

Cette désertification est suivie de la disparition progressive des artisans et des commerçants. Ceux qui partent à la retraite ne trouvent pas de successeur, même en cédant parfois gratuitement leur fonds de commerce. La population vieillit. Les besoins de services à la personne augmentent, mais les jeunes couples hésitent à s’installer dans des territoires dépourvus d’écoles, de garderies, de services de santé et de commerces, avec souvent un Internet déficient et parfois des zones « blanches ».

C’est pourquoi les personnes âgées ne peuvent plus se faire aider à leur domicile et vont quand elles en ont les moyens, dans les EHPAD. Mais là aussi le manque de personnel est criant.

Et pourtant, des solutions existent.

Certaines communes ont pris ces problèmes à bras le corps et ont réussi à maintenir des zones rurales où il fait bon vivre. Des maires entreprenants ont su créer des maisons de santé performantes, des maisons de services au public, construire des rapports confiants avec les associations qui prennent en charge les animations sportives ou culturelles ou sociales. La population sait aussi se faire entendre quand il le faut. Ce sont les 4.000 signataires de la pétition « Maintien des EHPAD publics » qui ont fait avorter le projet de vente au privé, déjà très avancé, des deux EHPAD de Couhé et Chaunay.

Il serait certainement intéressant de faire le point sur ce qui va bien dans la circonscription. Dans leur grande majorité ses habitants sont heureux de vivre à la campagne.

Il conviendra de le faire, et je sais que notre député et sa suppléante mettront en avant ces réussites sur leur nouveau site Internet en préparation. En effet, dans un premier temps, il convient de voir comment améliorer les questions les plus prégnantes telles que par exemple la mobilité, l’accès à internet et la téléphonie mobile, la lutte contre la pauvreté qui se double de l’isolement dans nos campagnes…

On pourrait recenser les actions menées par les associations qui ont mis en place des services efficaces et utiles et voir comment les collectivités pourraient les soutenir.

Je pense en particulier aux Restaurants du cœur, à la Banque alimentaire, au Secours catholique qui prend en charge le transport des personnes dépourvues de véhicules, aux associations organisant les bourses de vêtements et de jouets et aux Associations d’aide à domicile en milieu rural. Il faut aussi ne pas oublier la disponibilité des secrétaires de mairies de nos communes rurales lesquelles répondent chaque jour aux demandes de nos citoyens en faisant de nos mairies de vraies maisons de services publics. »

                                                                                                              Jean CRESPIN

Comme le rappelle avec justesse Jean Crespin : « Heureusement, la solidarité existe dans la ruralité ! »  Elle se substitue souvent aux défaillances de l’État, et pallie le déficit de redistribution des richesses laquelle devrait accompagner le déclassement et les fractures sociales.

Ces paroles de citoyens devront être entendues parce que je suis sûr qu’ailleurs, d’autres s’expriment pareillement.

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