Si Thomas Jefferson revenait, il ne reconnaîtrait pas la France

Le Premier ministre a annoncé, le mercredi 6 novembre 2019, une série de vingt mesures qui concernent l’immigration et le droit d’asile. Une nouvelle fois, devrais-je dire !

Mais pour la première fois, c’est bien l’indignation qui ressort des nombreux commentaires alimentés par des annonces qui vont à l’inverse des promesses du candidat-Président de 2017.

Le masque est tombé et, avec lui, tous les tabous. D’autres l’ont pensé, Emmanuel Macron et Édouard Philippe l’ont fait !

Quotas d’immigration, délai de carence de trois mois pour accéder aux soins, protection- maladie réduite de moitié, relèvement du niveau de langue pour accéder à la nationalité française, … Autant de mesures de « bienvenue » que n’aurait pas renié Nicolas Sarkozy, à moins qu’il ne les ait lui-même soufflées, en sa qualité de visiteur du soir.

Apprécions dans le détail !

La première mesure consiste à refuser aux demandeurs d’asile le droit d’accès à des soins médicaux dans notre pays pendant les trois premiers mois suivant le dépôt de leur demande d’asile.

Comme si la souffrance qu’ils ont vécue pendant de longs mois, et parfois des années, ne suffisait pas pour qu’on leur impose trois mois de plus, dès leur arrivée en France !

Le motif avancé ? C’est, en résumé, parce que nous avons beaucoup d’albanais et de géorgiens parmi les demandeurs d’asile qu’il faut instaurer ce délai de carence avant d’être soigné. 

Mais, la France a permis dans ses accords bilatéraux avec l’Albanie et la Géorgie, aux albanais puis aux géorgiens de venir en France sans titre de séjour et, avec un seul visa touristique. Désormais on déplore qu’ils restent ensuite dans notre pays après les trois mois de validité de leur visa touristique.

L’État français fait là, preuve d’une grande naïveté, en négociant la liberté de circulation avec certains pays, pour reprocher ensuite à leurs ressortissants de ne pas repartir chez eux.

Si la France a un problème avec l’Albanie et la Géorgie, qu’elle mette fin à ces accords bilatéraux qui permettent à leurs ressortissants d’entrer sans titre de séjour dans notre pays et, qu’elle évite de maltraiter tout le monde sans discernement ! De plus, le « tourisme médical » n’est pas ce que l’on en dit, à la lecture des rapports mêmes de l’Inspection générale des affaires sociales !

Cette mesure va prolonger l’exclusion et la souffrance de tous ceux auxquels nous allons accorder l’asile, dix mois plus tard. Par manque de courage, par peur électorale, par calcul politique et par économie, ce gouvernement piétine les valeurs de notre pays.

La seconde mesure est celle qui soumet tous les soins non urgents à une autorisation préalable de la Sécurité sociale.

Plusieurs commentaires sont à nouveau nécessaires. 

Un premier, juridique. Il s’agit de soins non urgents. Attendons de voir le décret pour apprécier ce qui ressortira de la notion d’urgence ! A priori, avec l’historique de ce gouvernement dans la gestion humaine de l’immigration, elle trouvera une réponse économique et non médicale. La définition des soins urgents vaudra sans doute de longs commentaires juridiques et de nombreux référés-libertés.

Ensuite, il y a des administrations qui sont « au bout du rouleau ». Presque toutes les administrations françaises, d’ailleurs. Et on va demander à la Sécurité sociale, qui ferme déjà très tôt ses portes pour nos concitoyens qui la sollicitent au quotidien, d’examiner chaque jour ou chaque soir en urgence, le parcours individuel d’un demandeur d’asile sollicitant des soins.

Qui peut croire que le délai sera aussi court qu’on le pense ?

Il y a fort à parier, que le soin non urgent au moment de la demande d’autorisation, ne soit devenu très urgent au moment de la décision de la Sécurité sociale.

Où sera l’économie pour l’État ? Le coût de la mesure sera sans doute beaucoup plus important que si le soin d’urgence avait été autorisé et, a-t-on pensé à ceux qui ont prononcé le serment d’Hippocrate lorsqu’ils seront confrontés à une personne malade ? Ils ne feront que leur devoir, ils soigneront.

La troisième mesure apparaît à priori comme une mesure positive.

Le Gouvernement va actualiser la liste des métiers « en tension » c’est-à-dire ceux qui ne trouvent pas suffisamment de main-d’œuvre parmi les personnes qui vivent aujourd’hui dans notre pays. Cette liste n’a pas été actualisée depuis 2011 et, les besoins de l’économie française ont pu changer en huit ans. Certes.

L’enjeu est de permettre à des demandeurs d’asile ou des étrangers en situation irrégulière en France d’être employés par les entreprises qui appartiennent à ces secteurs définis par l’État.

Toutes les associations d’entrepreneurs, dans chaque département, savent où sont les besoins en matière de main-d’œuvre en France. Pourquoi alors ne pas s’en remettre aux partenaires sociaux (syndicats, associations, unions patronales, fédérations,…) qui ont une connaissance très fine de leurs besoins et, de faire coordonner cela par les services de l’État, en lien avec les territoires et les élus locaux ? Le système gagnerait en souplesse et sans doute en efficacité.

Ceci étant on peut légitimement s’interroger sur les suites qui seront données à ces autorisations de séjour pour cause de travail.

Autorisera-t-on le regroupement familial par ailleurs dénoncé à tort et à travers ?

Autorisera-t-on les mêmes à repartir avec l’espoir de revenir ?

Ne serait-ce pas là, le meilleur moyen de conjuguer accueil et aide au développement ainsi que le font d’autres pays ?

Enfin, nous pouvons aussi nous poser la question légitime des intentions cachées derrière cette mesure, en apparence souhaitée par beaucoup, et qui voit naître l’idée de quotas d’immigration économique.

C’est avant tout à ceux qui ont besoin de main d’œuvre que l’on pense, avant même ceux qui arrivent pour travailler, moyen de pérenniser un système économique qui ne cesse de créer des écarts de richesses et de développement.

Voilà peut-être aussi la morale de l’histoire !

Le Gouvernement voulait réduire les délais d’examen des dossiers de demande d’asile, de 12 mois à 6 mois. Il ne s’en est pas donné les moyens et, l’OFPRA* et la CNDA* ne font pas face.

On nous annonce que ceux-ci vont être renforcés par les mesures budgétaires actuellement en débat et, en même temps, dès le lendemain des annonces, on procédait à l’évacuation de camps de migrants. Pour mettre ces derniers où ? Les repousser ailleurs, comme le problème migratoire que l’on se refuse à voir avec lucidité et simple humanité, mais désormais comme une question idéologique. Il est vrai qu’en se confiant à « Valeurs actuelles », on ne pouvait guère arriver à une autre conclusion.

En réalité, le Gouvernement Macron-Philippe a décidé de traiter un sujet en pensant d’abord -et déjà- aux élections de 2022, faisant fi de toute humanité et, en succombant sciemment aux sirènes des sondages plutôt que d’assumer ce que nous sommes depuis toujours : une terre d’accueil. Pauvre France !

*l’OFPRA : l'Office Français de Protection des Réfugiés et apatrides. Établissement public chargé de l’application des textes français et des conventions européennes et internationales relatifs à la reconnaissance de la qualité de réfugié et d’apatride. 
*la CNDA : La Cour nationale du droit d'asile est une juridiction
administrative spécialisée, compétente pour examiner les recours formés contre
les décisions de l'OFPRA en matière de demande d'asile.

Proposition de lecture ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Contactez votre Député

à la permanence parlementaire à Gençay