L’agriculture d’aujourd’hui

Mon intérêt pour le monde agricole qui demeure le premier secteur économique de ma circonscription, n’a pas changé, même si je siège aujourd’hui à la commission des Affaires étrangères, après avoir longtemps participé à celle des Lois.

Il y est même stimulé parce que nous y traitons aussi du commerce mondial, et des accords bilatéraux : CETA, MERCOSUR ou autre TAFTA dans lesquels l’agriculture est directement concernée.

Nous y suivrons bientôt la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et ses conséquences ainsi que la révision de la PAC 2021-2027, deux sujets qui ne me laissent pas indifférent.

Plusieurs occasions, fin 2019, m’ont permis de revenir sur ce terrain de prédilection, et je vous livre quelques-unes de mes impressions.

1- Lors du colloque que j’ai organisé à l’Assemblée nationale avec deux autres collègues sur le thème : « Partager et protéger la terre, plaidoyer pour une nouvelle loi foncière », 450 participants se sont accordés sur une motion finale qui énonce notamment que la terre est « un élément du patrimoine commun de la Nation », au même titre que l’eau l’est déjà, depuis la loi de 1992.

Ils ont également affirmé :

  • que la terre doit être partagée pour permettre le renouvellement des générations,
  • que la transparence doit être la règle pour lutter contre l’accaparement des terres par quelques-uns, chez nous aussi en France !

Ces 450 participants représentaient toute la profession agricole : ses syndicats (FNSEA et JA, Confédération paysanne, Coordination rurale, MODEF) ; ses organisations (APCA, FNSAFER, Fédération nationale d’Agriculture bio) ; mais aussi les collectivités locales (associations des Régions et des communes de France) et les ONG (France Nature Environnement, CCFD-Terres Solidaires, Terres de liens, LPO, Parcs naturels régionaux) …

17 organisations à ce jour ont ensemble lancé un appel pour une nouvelle loi foncière !!

Nous attendons maintenant que le ministère de l’Agriculture, présent à notre colloque, mais bien discret, se saisisse de cette question essentielle.

Sinon, nous devrions nous en emparer, nous autres parlementaires, mais ce serait bien plus compliqué qu’un projet de loi gouvernemental.

2- Décembre, c’est aussi le temps des assemblées générales des coopératives et de la Conférence agricole départementale. Et quand les dates se télescopent, il faut faire un choix. Je l’ai fait en assistant à l’AG de la Coopérative agricole de la Tricherie (86).

Celle-ci demeure en pointe avec ses choix de productions contractualisées, avec des filières régionales posant l’agronomie, la maîtrise de l’eau et la réduction des intrants comme principes cardinaux ; elle rémunère toujours mieux ses 440 adhérents et affiche une excellente santé financière. Cette stratégie payante devrait inspirer bien d’autres opérateurs économiques !

3- Chaque lundi, et toute l’année, c’est aussi jour de marché au cadran aux Hérolles (commune de Coulonges 86). Une nouvelle visite m’a permis de constater que celui-ci a dépassé ses objectifs. A titre d’exemple, ce lundi 9 décembre, plus de 550 animaux ont trouvé acheteur !

Pari réussi pour tous : collectivités locales et éleveurs porteurs du projet, pour tout un territoire, avec des prix soutenus par un nombre d’acheteurs en hausse.

4- Reste cette impression que j’ai ressentie après avoir entendu, Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA de passage à Poitiers.

J’y ai retrouvé certes avec plaisir, des visages connus, croisés tout au long de ma vie professionnelle, mais qui portent cheveux blancs. Quelques jeunes aussi, mais bien peu.

Mais, j’ai cru surtout me retrouver 30 ans en arrière pour un discours syndical totalement décalé, parce qu’il devient difficile en France d’avoir une discussion sereine sur l’agriculture. C’est vrai aussi dans le monde agricole quand il parle de lui-même.

Ce discours syndical, à mes oreilles totalement décalé et inadapté, illustre combien il devient difficile en France d’avoir une discussion sereine sur l’agriculture, même au sein du monde agricole quand il parle de lui-même.

Le thème du jour était l’« agri-bashing », barbarisme dont mon pauvre père, récemment disparu et agriculteur tout au long de sa vie, n’aurait pas saisi le sens.

De quoi parlons-nous ?

Est-ce que critiquer l’usage intensif des engrais chimiques et des pesticides, déplorer l’uniformisation des paysages et des pratiques agricoles ou dénoncer certaines pratiques d’élevages industriels, serait dénigrer les agriculteurs ?

Est-ce que faire observer, comme nous l’avons démontré au cours du colloque ci-avant évoqué, que les primes européennes et autres subventions profitent avant tout aux grandes exploitations et qu’elles entretiennent une organisation sociale qui a dégradé comme jamais la biodiversité, ce serait mépriser la profession agricole tout entière ?

Si je dénonce avec la plus grande fermeté les atteintes aux biens et aux personnes dont certains agriculteurs ont été la cible, qu’ils cessent cependant de s’ériger en victimes d’un rejet soi-disant orchestré par des « écolos » qui sont aussi leurs enfants et les consommateurs d’aujourd’hui et de demain.

Ce message est non seulement insupportable mais inaudible. À l’heure où vont s’ouvrir les discussions sur le nouveau cadre européen pour la PAC 2021-2027, il y a urgence à remettre à plat certaines politiques.

Si l’objectif de la politique agricole commune est de garantir une alimentation de qualité produite dans des conditions socialement et écologiquement durables, alors, l’intervention publique doit être orientée dans ce sens.

Il nous faudra bien arrêter d’assécher les sols qui sont là pour nous nourrir, et arrêter d’alimenter nos voitures en carburant avec des soutiens financiers payés par tous. La future PAC devra aussi corriger cela.

La profession agricole tout entière serait bienvenue d’y travailler dès maintenant. Ce serait la meilleure manière de combattre le dénigrement dont certains ne cessent de se plaindre. Ne pas changer d’attitude est le meilleur moyen de l’entretenir ; se remettre en question, c’est se trouver des alliés chez les consommateurs et contourner, pourquoi pas, ceux qui prélèvent la grosse part de la valeur ajoutée, les distributeurs.

Mais pour ceux qui défendent les positions acquises, il est plus facile de crier à l’« agri-bashing» que d’engager la réflexion sur la sortie du statu quo actuel lequel dure depuis trop longtemps.

Nous verrons dans le prochain article, « L’agriculture, demain », ce que pourrait être, ce que devrait être, une future PAC, ambitieuse, sortie de « l’entre-soi agricole », au service d’enjeux alimentaires raisonnés et climatiques désormais indispensables. Sans oublier que nombre d’agriculteurs participent à la production de services environnementaux qui se doivent aussi d’être équitablement rémunérés.

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