L’agriculture, demain.

L’agriculture demain

« Faire de la politique agricole commune un levier de la transition écologique », c’est le titre du rapport établi par « France Stratégie », l’organe de conseil du Premier Ministre, et publié en octobre dernier.

Les auteurs rappellent que la politique agricole commune (PAC) a été mise en œuvre à partir de 1962 et a été conçue autour de trois grands principes inscrits dans les traités, toujours en vigueur aujourd’hui :

  • Construire un marché unique où les produits agricoles circulent librement,
  • Privilégier la production agricole par une protection aux frontières,
  • Appliquer une solidarité financière entre États membres par la constitution d’un budget commun.

Cette politique n’intégrait pas à l’origine l’enjeu environnemental, les priorités étant ailleurs : aller vers une indépendance et une autonomie alimentaire à l’échelle européenne.

En étant l’une des toutes premières politiques mises en œuvre, la PAC a joué un rôle clé dans la construction européenne ; elle représente encore 55 milliards d’euros par an, soit 43 % du budget total de l’Union européenne (UE).

C’est pourquoi à chaque étape de sa révision, tous les 6 ans, la France est aux abois pour préserver les 9 milliards d’euros de crédits qu’elle perçoit chaque année (16% du budget de la PAC), parce qu’elle en est la première bénéficiaire.

Ces aides agricoles représentent en moyenne 100 % du revenu courant avant impôt des agriculteurs français ! Elles soutiennent ainsi la rentabilité des exploitations, et comme elles sont indépendantes de la production, elles jouent le rôle d’un amortisseur économique face aux aléas des prix ou du climat.

Mais, elles créent aussi un formidable effet de levier financier pour les plus grandes exploitations qui concentrent le maximum de primes, entraînant augmentation du prix du foncier, concentration des terres, réduction du nombre d’exploitations et financiarisation de l’agriculture.

En France, seulement 1/5 des agriculteurs reçoit plus de la moitié des aides !

Le rapport rappelle avec raison combien la politique agricole commune, comme toute politique publique, devrait servir l’intérêt général et le bien commun : « Si son objet est de garantir une alimentation de qualité produite dans des conditions socialement et écologiquement durables, alors l’intervention publique doit désormais être orientée en ce sens. »

Ce n’est pas le cas aujourd’hui, où rien n’est mesuré : ni la quantité d’eau utilisée (ou gaspillée), ni la quantité d’intrans dont on se refuse encore de prendre en considération la nocivité pourtant avérée de certains. Pas plus que ne sont appréhendées les « externalités » négatives, comme le recours aux antibiotiques ou aux pesticides, ou encore les émissions de protoxyde d’azote liées aux épandages d’engrais et, les retournements de prairies.

Face à ces constats jugés peu satisfaisants, et dans la perspective de la future PAC proposée par la Commission européenne, le rapport en appelle à l’élaboration d’un plan stratégique national qui pourrait être l’occasion de mettre en place une politique agricole efficace et simplifiée.

En effet, le 1er juin 2018, lors de la présentation de ses propositions budgétaires pluriannuelles à 365 milliards d’euros pour la future PAC, en baisse de 5% suite au Brexit, et de ses possibles nouvelles orientations, la Commission européenne a préconisé de donner une large place à la subsidiarité, renvoyant ainsi à chaque État membre le soin de cadrer à son niveau les modalités d’affectation des dotations financières.

Une occasion nous est ainsi donnée d’élaborer, à l’échelle française, une politique plus lisible, et susceptible de mieux répondre à la fois aux attentes sociétales et aux aléas, au premier rang desquels le climat devient plus prégnant chaque année.

2019 n’en a-t-elle pas été le meilleur exemple et, il est à craindre que d’autres suivront.

Cette nouvelle politique, à privilégier en France, devrait notamment répondre à plusieurs objectifs :

  • Développer des systèmes agricoles durables pour réduire les consommations de ressources naturelles, avec une priorité donnée à l’eau. Des bassines pour quoi faire ?
  • Diminuer les impacts négatifs de l’agriculture sur l’environnement, et pas seulement de façon cosmétique : il ne suffira pas de replanter des haies dans la Beauce ou à… La Trimouille.
  • Assurer un niveau de vie décent à la population agricole notamment par le relèvement du revenu individuel de ceux qui travaillent dans ce « champ » de l’économie. Le régime actuel, nous le savons, ne favorise pas l’emploi mais la détention du foncier. Si les aides du premier pilier (ou aides de base : 5,7 milliards en 2018) avaient été équitablement distribuées, elles auraient permis de verser 8 000 € par an aux 70 000 équivalents temps plein du secteur !
  • Tenir compte des attentes sociétales et des préoccupations de santé liées à l’alimentation et aux pratiques agricoles.

Autant de propositions et bien d’autres (à retrouver dans le rapport 2019 de France Stratégie : www.strategie.gouv.fr) qui paraîtront iconoclastes aux tenants d’un conservatisme corporatiste.

Les responsables professionnels agricoles seraient pourtant bien inspirés d’abandonner des pratiques d’un autre temps, sauf à en être eux-mêmes les futures victimes.

D’autres y verront à juste raison un changement, non pas révolutionnaire, mais faisant preuve de responsabilité politique.

Pour la première fois, tout est réuni pour remettre à plat la politique agricole, afin qu’elle devienne enfin une véritable politique publique !

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