Bilan d’un mandat parlementaire déjà bien avancé : extrait du discours prononcé le 30 janvier à l’occasion de la cérémonie de vœux

À l’adresse des nombreux élus invités et présents, des représentants du monde économique ou associatif, de nombreux représentants des services de l’État étant absents pour cause de « réserve électorale », ou retenus par le départ de Madame la Préfète ce même jour, j’ai présenté mes vœux le jeudi 30 janvier à Verrières.

Je vous livre ci-après quelques extraits de mon intervention.

« Se livrer à un premier bilan est toujours utile pour se souvenir de son action parlementaire. Ne serait-ce que pour rappeler à certains esprits chagrins que l’on ne fait pas que déposer des gerbes à l’occasion des cérémonies commémoratives !

Alors, finalement, qu’avons-nous fait ensemble ?

Nous vous avons consulté sur des sujets qui vous préoccupent au quotidien, qu’il s’agisse de l’accès aux soins ou des problèmes liés à l’exercice de votre mandat.

Nous l’avons fait :

– lors d’une réunion publique avant l’examen de la loi Santé, à Champagné Saint Hilaire, avec mon collègue Philippe Vigier.

– dans le cadre du Grand débat voulu par le président de la République, lors de deux moments proposés à Valdivienne et Civray, accompagnés par le Professeur Breillat.

– à l’occasion de la publication de l’avant-projet de réforme constitutionnelle, en allant vers vous à Civray, Montmorillon et Chauvigny.

Les circonstances nous ont aussi amenés à conduire notre action politique de parlementaires en tenant compte de l’actualité.

La crise des « Gilets Jaunes » n’a pas été la moindre.

J’ai été attentif à l’expression de mes concitoyens, en privilégiant les échanges apaisés plutôt que les confrontations trop directes ou associant des personnes trop différentes, aux aspirations trop divergentes ou contradictoires, pour permettre de dégager des idées structurées et claires.

Je retiens pourtant de ce mouvement des « Gilets Jaunes », jusqu’en ses contradictions, l’expression d’une société en souffrance, d’une population minée par les inégalités sociales et territoriales ; et combien le pouvoir central, loin de réconcilier ou de cicatriser les plaies, a plutôt aggravé la crise par la manière avec laquelle il a tenté d’y répondre.

Depuis plus de deux ans, les travers traditionnels de la Ve République ont été accentués par l’extrême concentration des pouvoirs à l’Élysée, par le recours aux ordonnances, par le refus premier de dialoguer avec les corps intermédiaires, y compris les élus des territoires dont les Associations ont trop longtemps été ignorées, voire snobées.

Mais le vent a tourné, et les élus sont aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, même si l’autonomie fiscale des collectivités locales sera définitivement mise à mal après la suppression de la taxe d’habitation, avec des marges de manœuvre limitées.

Vous avez aussi exprimé votre ressenti lors des rencontres organisées à l’occasion de la présentation de la réforme constitutionnelle :

  • Comment faire mieux fonctionner nos institutions ?
  • Comment doivent-elles s’organiser dans une France très contrastée sur le plan territorial, où la population aspire à plus d’implication citoyenne et souhaite s’exprimer autrement qu’à l’occasion de consultations électorales jugées trop réductrices, parce qu’éloignées dans le temps ?

Le documentaire que j’ai produit, « À la croisée des chemins, Paroles de citoyens », est éclairant de vérité et de sincérité ; les 10 projections publiques que j’ai proposées dans la circonscription, toutes suivies d’un débat, ont été d’une grande richesse sur le plan démocratique.

Ce film constitue un vrai récit politique dont je suis fier et dont je dois la réalisation au professionnalisme de celles et ceux qui m’entourent dans l’exercice de mon mandat.

Que soient aussi remerciés celles et ceux qui, dans ce document, ont témoigné de leur implication dans le débat démocratique !

La crise des Gilets jaunes entraine-t-elle une remise en cause du fonctionnement de nos institutions ?

Je n’en vois pas les prémices. Le pouvoir de la Ve République reste concentré à l’Élysée et dans la haute administration laquelle garde la main sur les ministères, au premier rang desquels Bercy règne en maître.

Cette verticalité du pouvoir ne favorise pas le consensus et une plus grande décentralisation souhaitée par les élus locaux, pour justement donner aux citoyens plus de considération.

Ces aspirations devront inspirer les futures équipes municipales dans leur manière de gérer leur quotidien : participation citoyenne, écoute, mais aussi engagements à servir le collectif doivent constituer les piliers d’une démocratie locale vivante et renouvelée.

Pour aller en ce sens, pour continuer d’alimenter vos réflexions et d’être transparent dans mon action parlementaire, j’ai modernisé mon site Internet et le blog sur lequel je diffuse mes billets hebdomadaires (parfois des billets d’humeur) ou la lettre que je destine aux élus.

En revanche, les réseaux sociaux sont pour moi l’opposé de toute manifestation intelligente de la pensée politique, et constituent le désert asséché de cette pensée. Seules les mauvaises herbes y prospèrent.

Je les prends pour ce qu’ils sont : un défouloir spontané de réflexions sans lendemain, quand ils ne sont pas, pire encore, l’espace de prolifération des injures… !

Quant à moi, je préfèrerai toujours l’écrit à l’éphémère, le fond à la forme, l’humour à la certitude définitive, et la critique utile à l’invective. Ceux qui en font commerce n’ont pas leur place dans le débat public.

Si une large part de mon activité parlementaire s’effectue à l’Assemblée nationale, j’en sors aussi beaucoup pour les besoins des mandats qui m’ont été confiés :

  • À Berlin pour le Parlement franco-allemand,
  • À la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) pour le fonctionnement démocratique de nos activités de renseignement,
  • À l’étranger pour la Commission des Affaires étrangères où je siège actuellement comme correspondant de plusieurs pays des Balkans,
  • Dans le cadre du G5 Sahel pour soutenir les cinq pays africains francophones que sont le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Burkina-Faso, réunis en force militaire, mais aussi pour accompagner leur développement.

À l’Assemblée, j’appartiens au groupe « Libertés et Territoires » dont les principes fondateurs privilégient la critique libre qui autorise à voter les textes quand nous le pensons utile, et la volonté d’agir pour plus de décentralisation et de différenciation de nos territoires.

Nous voulons desserrer l’étau jacobin centralisateur qui prospère à Paris, quand c’est de plus en plus de décentralisation et de différenciation dont nous avons besoin.

Cultiver les différences n’a jamais porté atteinte à l’unité, dès lors que cela se fait dans le souci de faire société. Mon groupe en est un vivant exemple, là où se côtoient des élus issus des rangs du Centre, de la Gauche, des régionalistes, des radicaux, des écologistes et des ultra-marins.

Les débats y sont riches, parfois forts, mais toujours une convergence de vue est recherchée, avant qu’une position ne soit majoritairement définie. À chacun ensuite de la suivre ou pas, c’est notre liberté.

Finalement, cette permanente recherche de consensus n’est-elle pas la bonne méthode ?

On ne peut régler seul tous les problèmes de la société française, tant celle-ci est devenue plurielle et complexe.

On ne pourra, par exemple, pas régler la question migratoire sans le concours de nos voisins européens ; on y parviendra en arrêtant de se mentir et d’inquiéter inutilement, le grand remplacement n’étant pas pour demain.

Sur le front des réformes, celle de l’assurance-chômage va laisser dans la précarité des personnes jeunes, des personnes seules, des personnes moins formées pour affronter une société en transformation, des personnes qui vivent souvent dans des territoires eux-mêmes enclavés, fragilisés et éloignés des centres de décisions, affaiblis par les ravages de la mondialisation et du capitalisme dominants. Souvenirs d’AUBADE à Saint Savin quand SAVENCIA prend la suite à Saint Saviol !

De la même manière, la réforme des retraites ne doit pas, à terme, conduire à l’abandon de notre système de solidarité générationnelle, ni à sa financiarisation. Même si des ajustements sont nécessaires pour l’adapter aux nouvelles conditions d’employabilité, c’est la pauvreté qui se dessine pour les plus éloignés de l’emploi et, l’inégalité avec la capitalisation.

On ne pourra pas non plus poursuivre sur la voie néo-libérale pour régler la crise environnementale.

S’agissant de notre avenir commun, la question climatique et les aspirations écologiques de notre jeunesse nous obligent : d’autres mesures devront être inventées que celles empruntées au passé ; la fiscalité ne devra pas guider les comportements, et les avantages acquis déterminer les postures corporatistes.

Nous avons plus que jamais besoin d’institutions qui permettront de construire des consensus larges et de rassembler des forces sociales diverses.

En ce sens, on ne peut que légitimement s’interroger sur les dérives de nos institutions où le pouvoir est concentré dans les mains du président de la République, avec un Premier Ministre jouant le rôle de fusible, et un Parlement chargé de voter les textes préparés par l’Administration.

Nombre de nouveaux élus devant leur fonction seulement à l’élection du président de la République, l’actuelle Assemblée ne fait que renforcer ce dangereux dévoiement où tout semble écrit d’avance. L’esprit de la Constitution de la Ve République s’est avec le temps dissipé.

Le Président de la République se devait d’être le chef des armées et conduire la politique étrangère, laissant au chef du Gouvernement, responsable devant le Parlement, le soin d’orchestrer la politique du pays. Nous sommes loin de cette équation que les cohabitations nous ont permis d’apprécier.

Être élu de la Nation, c’est aussi s’intéresser à des questions plus locales, en écho à vos préoccupations ou celles de mes concitoyens parfois perdus dans une société qui les éloigne chaque jour un peu plus du plus grand nombre.

La réorganisation des services publics en est un vibrant exemple ; la fermeture de l’AFPA au Vigeant en est un autre.

L’accueil des migrants nous concerne aussi et, la gestion de structures comme le Centre Éducatif Fermé ne doit pas nous laisser indifférents…

Ce sont quelques-uns de mes engagements de proximité, où je retrouve aussi des élus locaux pareillement impliqués. Je les en remercie chaleureusement.

Je suis à mi-chemin de ce mandat parlementaire, qui sera pour moi le dernier, je vous l’ai déjà dit.

Que nous réserve sa seconde partie ?

Manifestement, elle sera affectée par le calendrier électoral, alors même que certains sujets se sont déjà immiscés dans le débat public..

J’en veux seulement pour illustration le débat sans vote sur la politique migratoire en fin d’année dernière. Agiter un tel sujet est dangereux, quand rien n’en justifie le fondement. Surtout lorsqu’on observe la corrélation entre le vote populiste et la présence des populations d’origine étrangère.

L’étude des résultats des dernières élections législatives dans la circonscription montre combien le problème n’est pas lié au sentiment d’être menacé par des gens venus d’ailleurs, mais plutôt à celui d’être abandonné.

Quant au débat législatif, il commence déjà à s’essouffler sous la double pression du temps politique et du temps électoral, les deux se rejoignant.

Un temps politique où la réforme des retraites occulte tous les autres sujets.

Une réforme qui révèle chaque jour les sombres desseins qui se profilent. En plafonnant à 14% du PIB le ratio des dépenses de retraite, et avec une augmentation de 25% d’ici à 2050 des plus de 65 ans, les retraites ne pourront que diminuer. Ceci conjugué avec le changement de référence pour le calcul des retraites des 25 dernières années, aux 6 derniers mois de la fonction publique, à la prise en compte de l’ensemble de la carrière !

En prenant en compte la totalité de la carrière de chacun, le retraité sera rattrapé par la façon dont il est entré dans la vie professionnelle. Il ne pourra pas prétendre à la même pension que ceux qui ont commencé plus haut que lui dans la vie pro. On lui rappellera ainsi, lors de son départ en retraite, qu’il a commencé son métier au bas de l’échelle. L’avenir se dessinera désormais entre 18 et 25 ans figeant le destin de chacun à sa formation initiale. C’est l’ascenseur social qui s’en trouvera irrémédiablement affecté.

Mécaniquement, on l’aura compris, la réforme des retraites va jouer un rôle déterminant dans la transformation néolibérale du modèle socio-économique français.

La réforme qui se prépare va favoriser la croissance des retraites par capitalisation, et pour ceux qui n’arriveront pas à épargner, la dérégulation du marché du travail pourrait alors jouer un rôle de rattrapage en permettant aux retraités modestes de se transformer en travailleurs seniors, mais pauvres, comme l’Allemagne en connaît aujourd’hui (et la France déjà, parfois !).

Ce temps politique va se heurter au temps électoral avec la succession des élections, en 2020 les municipales et sénatoriales, les départementales et régionales en 2021, et déjà se profile… la présidentielle de 2022 !

La réforme constitutionnelle va tomber dans l’oubli. Elle n’aura pas survécu au mouvement de contestations né de la fiscalité énergétique, plus punitive que pédagogique, quand l’urgence, pourtant, commanderait que des initiatives fortes soient prises en ce sens. Nicolas Hulot, parti dans les conditions que l’on sait, n’a pas été entendu et, « la planète brûle » !

Serons-nous écoutés quand nous en appelons à une nouvelle loi foncière pour partager et protéger la terre ? J’en doute, le ministre de l’Agriculture veut émigrer au pays basque après avoir été en simple transit dans son ministère.

Après les retraites, nous aurons la réforme de l’audiovisuel public qui devrait suivre les élections municipales, et cette année, une fois n’est pas coutume, l’Assemblée suspendra ses travaux pendant 3 mois… pour cause de travaux. La verrière surplombant l’Hémicycle présente quelques faiblesses… et avant qu’elle ne nous tombe sur la tête, sachons-nous en échapper !

Ce temps libéré pourra judicieusement être mis à profit pour rencontrer les nouveaux élus.

Le contact entre les élus locaux et leur parlementaire est essentiel. Il faut le reconstruire lorsque le non-cumul des mandats n’en permet plus la régularité, sauf à retrouver un mandat local.

Un mandat local que certains d’entre vous brigueront à nouveau, quand d’autres ont décidé d’y mettre un terme.

Je tenais tout particulièrement à saluer toutes celles et ceux qui passeront la main en mars prochain.

Nous vous devons toute notre reconnaissance pour votre engagement au service de vos concitoyens, de notre territoire et de notre pays. Parce que notre République est ainsi organisée, que sa base démocratique repose d’abord sur l’échelon de proximité que vous représentez. Sans élus locaux, pas de démocratie représentative !

Mais avec les élus locaux de demain, cela devra être plus de démocratie représentative encore. Nos concitoyens le réclament. À vous d’écrire une nouvelle page que nous aurons plaisir à vivre ensemble.

Vous pouvez compter sur notre disponibilité, parce que nous sommes nous aussi, au service de ceux qui nous ont fait confiance.

Bonne année électorale pour les uns,

Bonne retraite pour les autres,

Bonne année tout simplement pour tous ! »

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