Guy Gévaudan nous a quittés.

En cette période de crise sanitaire, si difficile à vivre pour chacun de nous, la disparition de celui qui fut mon suppléant au cours de mes deux premiers mandats, est venue ajouter de la souffrance à l’inquiétude quotidienne.

Plus encore pour son épouse et sa famille, ses collègues élus avec lui au soir du 1er tour des élections municipales et, ses amis qui l’ont vu partir dans la solitude d’une triste journée d’hiver tardif.

A l’instant où j’écris ces lignes, la neige tombe, éphémère, et disparaît aussi vite, comme la brutalité du départ de Guy.

Ce matin, il m’est difficile de trouver les mots ; mais il me faut pourtant me délivrer de ce sentiment étrange qui vous étreint en pareilles circonstances.

Le pourront-ils vraiment ? Je l’espère.

Vous savez, on mesure plus encore la place que tenait une personne pour chacun d’entre nous, lorsque celle-ci vient à nous quitter. Nous en avons tous fait l’expérience.

Il en sera de même pour moi avec le départ de Guy Gévaudan, terrassé par une maladie décrite souvent comme longue, mais qui là, a été si violente qu’elle lui a enlevé la vie bien trop rapidement.

Je n’aurais jamais été élu sans Guy !

Et pourtant, rien ne nous disposait de prime abord, à faire équipe. Nos précédentes expériences de l’engagement public nous avaient plutôt appris à être réciproquement réservés l’un envers l’autre. Tout cela nous est apparu si futile avec du recul : nous étions en position de concurrence pour mettre en œuvre des actions de formation pour les publics en difficulté en milieu rural !

Las, nous comprendrons plus tard que nous étions déjà sur la même voie. Rien d’étonnant à nous retrouver ensuite à militer ensemble au Parti Socialiste, dans un territoire plutôt conservateur, où la droite avait de profonds ancrages.

Notre rencontre politique fut décisive. Nous avons très vite appris à nous connaître, comprenant que nous venions l’un et l’autre du même monde, mais surtout que c’est celui-là qui était aussi à  la base de nos engagements.

Un jour, après une journée partagée avec les militants et sympathisants qui nous accompagnaient, il me dit avoir échangé à cette occasion avec mon père, qu’il rencontrait pour la première fois.

Il me dit : « le mien était cheminot, le tien, métayer très longtemps ; quelque part, nous avons les mêmes racines ».

L’injustice pour nous était insupportable et, le progrès social toujours plus indispensable. Il ne nous restait plus qu’à faire gagner nos valeurs.

Nous y sommes parvenus en 2007, dans un contexte politique difficile. Ségolène Royal, dont nous étions tous les deux des fidèles, venait de perdre contre Nicolas Sarkozy. Et ce qui devait être la chronique d’une défaite assurée et, par là-même, la fin de ma modeste carrière politique, se transforma en victoire. La part de Guy y fut déterminante.

Je garde en mémoire la campagne d’entre deux tours, où en se donnant, comme il savait le faire, il a mobilisé tout Montmorillon pour notre cause commune.

Sûr, c’est là que nous avons obtenu ce qu’il fallait pour transformer une riche campagne collective en surprenante victoire.

Puis s’est installé entre nous un rythme d’échanges quasi quotidiens, souvent même, plusieurs fois par jour, pour faire ce que l’on nomme communément, « de la politique ». Parce que nous en avons toujours fait, au sens le plus noble du terme, même si la vie d’un parti politique est émaillée de ce qui peut nous en détourner. Pour nous, il était important de militer aussi à l’intérieur d’un mouvement politique, comme il le sera encore demain.

Mais la vie politique peut parfois être animée de soubresauts, comme celui qui l’a conduit à renoncer à être mon suppléant pour une troisième fois.

Renoncement de la plus noble des manières lequel ne nous a pourtant jamais séparés. Peut-être même que cela nous aura ouvert, à l’un et à l’autre, d’autres voies que celles sur lesquelles nous cheminions depuis 2017. Celle notamment, de sa victoire tant méritée aux élections municipales, le 15 mars dernier, à Montmorillon.

Le destin aura hélas brisé ce parcours de fidélité, d’engagements et de détermination : une leçon à l’heure où la notion de politique est trop souvent dénigrée.

Guy avait tant fait et, il lui restait tant à faire.

De l’impossible création d’un Centre de Plein Air, dans un lieu improbable, en avance sur son temps en termes de développement durable ou de lutte contre le handicap, aux festivals d’été et d’hiver avec son association « Montmorillon avec Vous », il avançait. Il avançait sans cesse.

Il dérangeait les uns, il agaçait les autres, mais il forçait souvent l’admiration du plus grand nombre.

D’aucuns même se plaisaient à penser qu’il ne pourrait jamais gagner les élections municipales à Montmorillon !

Qui autre que lui, peut se targuer à ce jour, d’avoir su convaincre presque les deux tiers de la population de cette vénérable cité ?

Il l’a fait. Et le destin l’aura sournoisement privé de cette ambition aussi noble que désintéressée.

Il aura marqué son époque, notre territoire et chacun de nous qui reconnaissait en lui cette faculté à ne jamais rien lâcher pour atteindre ses objectifs.

Pour lui, « l’action était la sœur du rêve », comme l’écrivait fort justement Baudelaire. A nous maintenant de faire vivre les siens.

Nous avons perdu bien plus qu’un ami. Guy était un être à part et, nous le regrettons déjà.

Pour moi, jamais plus la politique ne sera comme avant, mais pour lui, pour sa mémoire, nous devrons encore livrer des combats. Je suis sûr d’en trouver la force, au travers de son impérissable souvenir.

Adieu l’ami !

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Un commentaire

  1. Michelle et moi avons beaucoup apprécié que tu lui remettes ton écharpe au moment de l’adieu. C’est un bel hommage, tellement mérité et un témoignage d’amitié très émouvant.

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