TERRITOIRES RURAUX 2020 : votons pour reprendre notre destin en main !

Notre richesse collective est faite de notre diversité. L’ « autre », individu ou société, nous est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable, écrivait en 1978 le biologiste et spécialiste de la génétique des populations, Albert Jacquard, dans son livre La génétique et les hommes : éloge de la différence.

En 2017, l’économiste et professeur en aménagement de l’espace et urbanisme à l’université de Poitiers, Olivier Bouba-Olga, a fait de cette citation le fil conducteur d’un ouvrage, publié en partenariat avec l’Espace Mendès-France : Éloge de la diversité.

Il y dénonce tout autant le « nouvel opium des élites » fascinées par la métropolisation, que la « mythologie de la CAME » (Compétitivité/Attractivité/Métropolisation/Excellence) qui impose l’idée que seuls quelques territoires peuvent nous permettre d’exister dans la mondialisation, et de continuer à créer de la richesse et de l’emploi.

Cette vision, et les discours qui l’accompagnent – particulièrement dominants depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron – tendent à faire croire que seules les métropoles et les agglomérations seraient en capacité de rivaliser dans la compétition mondiale ; et que, pour les autres territoires – petites villes et territoires ruraux, l’unique alternative serait de s’inscrire dans leur périphérie ou leur complémentarité.

Une illustration de cette doxa contemporaine a été la décision du maire de Chauvigny, peu concertée avec la population, de placer cette commune dans l’orbite de la communauté urbaine de Grand-Poitiers à partir de 2017.

Olivier Bouba-Olga, par ses travaux de recherches, montre que cette thèse ne résiste pas à l’épreuve des faits. Il invite à cesser d’associer systématiquement l’innovation aux métropoles ou aux agglomérations.

Si la création de grandes aires urbaines, reliées entre elles, constituaient un moteur « naturel » de développement, non seulement pour leur territoire, mais – par une sorte de « ruissellement » – aussi pour ceux qui les environnent, alors l’axe Poitiers-Châtellerault aurait dû bénéficier autant au Loudunais qu’au Montmorillonnais…

Olivier Bouba-Olga suggère au contraire d’encourager les coopérations et relations interterritoriales entre ces métropoles et les autres territoires ; voire à développer ce qui peut l’être entre des territoires non métropolitains entre eux, parce qu’ils peuvent aussi générer de fructueux rapprochements collaboratifs.

Bref, si l’on adopte cette perspective qui casse les schémas de la pensée unique, l’avenir peut appartenir tout autant à des villes moyennes, comme Poitiers, situées entre des métropoles et la ruralité, qu’à des territoires ruraux orchestrés par des équipes municipales et intercommunales dynamiques, solidaires et fortes de vrais projets !

Pour aller en ce sens, il faudrait aussi rendre obligatoire la remise en place de Conseils de développement actifs dans les intercommunalités, non seulement dans les celles comptant plus de 50 000 habitants (comme l’impose la loi « Engagement et proximité » promulguée fin 2019), mais également dans les plus petites. Ce sont d’indispensables outils pour favoriser la démocratie participative.

À ces réflexions s’ajoutent, plusieurs enquêtes montrant un relatif désenchantement d’une partie de la population à l’égard des métropoles : en particulier, celle de l’IFOP d’avril 2019 mettant en évidence que 81% des Français estiment que la vie à la campagne correspond au mode de vie idéal[1] ; ou celle publiée par l’association Familles rurales en 2018 dont j’avais nourri mon billet de février 2019.

 À l’heure du tout digital et d’une inquiétude croissante face aux mutations relatives au réchauffement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, les grandes agglomérations urbaines deviennent de plus en plus synonymes de difficultés liées aux transports, à la pollution, à l’explosion du coût des logements et de la vie en général…

À l’image de Olivier Bouba-Olga, d’autres enseignants-chercheurs étudient depuis une dizaine d’années nombre d’expériences qui vont à l’encontre des modèles les plus conformistes ; ils montrent qu’entreprendre ou installer son entreprise dans un territoire rural peut présenter au contraire de plus en plus d’avantages.

Avec la couverture numérique qui s’améliore maintenant partout, et le développement du travail nomade et de modes de vie très connectés, il n’est plus nécessairement besoin, pour une entreprise, de s’implanter sur le lieu d’habitation de ses clients.

Le développement croissant de modèles économiques plus solidaires, de marchés privilégiant les circuits courts et l’économie circulaire, favorise aussi ces évolutions. Celles-ci sont soutenues par certains dispositifs publics, comme le « cluster ruralité » mis en place par la Région Nouvelle-Aquitaine[2], ou son programme d’accompagnement du développement des tiers-lieux en milieu rural.

Le renouveau des espaces ruraux passera, enfin, par une revitalisation démocratique. Les prochaines élections, dans quelques jours, seront en ce sens déterminantes.

Dans ces territoires, les futures équipes municipales qui miseront sur la participation citoyenne, sur la mise en place de commissions extra-municipales réunissant élus, associations, acteurs économiques, sociaux et culturels, seront très certainement celles qui créeront le mieux les conditions du réveil et de la redynamisation de leurs communes.

Ces démarches ne devront pas se limiter aux discours, mais s’inscrire dans les pratiques et les actes au cours des six prochaines années, en veillant à consulter et associer la population à l’élaboration des projets et des prises de décisions importantes.

Toutes les études révèlent en effet une aspiration croissante à plus de démocratie participative, et l’on ne peut que s’en réjouir !

Les conseils municipaux ne peuvent plus faire cavaliers seuls comme cela fut -ou est encore- parfois le cas ; il y a nécessité de réinventer/ré-enchanter la politique en partant de l’échelon local.

L’exemple de Saillans, village du Vercors dans la Drôme d’environ 1200 personnes, est souvent cité en modèle depuis 2014. Il prolonge l’expérience de démocratie sociale, écologique et participative, développée il y a une cinquantaine d’années à Vandoncourt dans le Doubs. En 1971, dans ce petit bourg rural précurseur des tendances qui explosent actuellement, le maire avait proposé aux habitants de mettre en place des dispositifs visant à transformer radicalement le fonctionnement du conseil municipal, afin de permettre des prises de décision collectives, et une gestion commune et partagée de la ville.

Selon Antoine Bézard, fondateur du site lesbudgetsparticipatifs.fr, « les Français ont besoin de parler de politique (…) et ils souhaitent être associés aux décisions. À cela s’ajoute la volonté des élus de recréer le lien de confiance avec les habitants. On est donc dans un temps où les budgets participatifs ont toute leur place et se développent ».

Dans certaines communes de ma circonscription, des propositions vont résolument en ce en sens, pour collecter les propositions de la population et associer autant que possible, dans les prochaines années, les citoyens aux futurs conseils municipaux.

Si de telles évolutions peuvent être mises en mouvement et développées, en étroite relation avec la vitalité de tissus associatifs locaux ou de clubs d’entrepreneurs très dynamiques (comme le CESV dans le Sud-Vienne), on ne peut qu’être résolument optimistes pour l’avenir de nos territoires locaux !


[1] https://www.ifop.com/publication/le-retour-a-la-campagne/

[2] https://www.nouvelle-aquitaine.fr/toutes-actualites/cluster-ruralite-monte-en-puissance.html

Proposition de lecture ...

Un commentaire

  1. Merci Sylviane d’éclairer nos territoires ruraux des belles perspectives qu’apportera la démocratie participative sous toutes ses formes aux communes ouvertes sur la cité.
    Gilbert

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