Enivrez-vous !

La situation sanitaire et, l’état d’urgence qui lui est associé, nous obligent à être solidaires – tout particulièrement avec les soignants et les plus vulnérables – pour enrayer cette pandémie. Cela suppose cependant que les mesures prises pour y faire face soient comprises pour être acceptées.

Ce n’est manifestement pas le cas, raison pour laquelle je me risque à être le porte-voix des nombreuses personnes qui, comme moi, s’interrogent sur la gestion de cette crise et ne veulent pas renoncer à tout sens critique. Je prends ainsi position en conscience, avec mes propres doutes et questionnements, même si je dois subir les foudres de celles et ceux qui sont au contraire convaincus que les décisions gouvernementales sont indispensables et qu’il n’y a pas d’alternatives.

En effet, bien que je mesure la complexité de ce que nous vivons actuellement en France et dans le monde, force est de constater combien, depuis des mois, la valse des indicateurs ne permet pas une lecture simple et éclairante de l’ampleur de la propagation de la maladie. Au sommet de l’État, on exprime successivement une chose et son contraire (rappelez-vous, les masques d’abord inutiles, puis devenus indispensables même en plein air !) ; les citoyens ne s’y retrouvent plus et les décisions prises paraissent trop souvent erratiques. L’effet produit est terriblement anxiogène, et accroît la défiance à l’égard de ceux qui nous dirigent.

On en appelle à juste titre, à l’unité nationale, mais le chef de l’État paraît décider seul de tout, avec comme principal outil de concertation un Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) qui a été réuni pas moins de 40 fois depuis le début de 2020, pour différentes raisons ! Ce CDSN est un conseil des ministres restreint, initialement limité au Premier ministre et, aux ministres des Armées, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Économie et du Budget, et qui a été élargi au ministre et au directeur général de la Santé depuis le début de la pandémie. Son rôle est tel aujourd’hui qu’il a quasiment pris la place du traditionnel Conseil des ministres, accentuant encore la dérive d’un pouvoir dont l’exercice apparaît de plus en plus vertical, et de plus en plus coupé des instances de concertation démocratique. Soit le Parlement est sollicité pour donner, à posteriori, un avis consultatif, soit on lui demande de renoncer à son pouvoir législatif en repoussant le terme de l’état d’urgence sanitaire afin de permettre, en réalité, au gouvernement de continuer à légiférer à travers plus d’une cinquantaine d’ordonnances incluses dans le texte initial… Jugez-vous-mêmes !

Par ailleurs, dans trop de domaines, l’accroissement des restrictions de libertés est inquiétant ; je suis frappé de constater que l’on a même retiré à des médecins la possibilité de prescrire des traitements susceptibles d’endiguer la maladie. L’interdiction de la chloroquine – contre l’avis d’un certain nombre de praticiens[1] – n’en est qu’une illustration, qui a été montée en épingle, instillant le doute dans les préconisations du Conseil scientifique.

On ne peut être que très critique à l’égard d’une technocratie qui dicte désormais ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire.

Si, face à la première vague du printemps dernier, le Gouvernement a manqué d’anticipation, face à la deuxième en cours s’ajoutent, en plus, l’absence de concertation et de transparence.

Nos compatriotes, le monde économique, les parents, le monde de l’éducation, les collectivités locales, le monde du travail… et les parlementaires, bref tous et toutes nous nous interrogions en octobre sur la nature des mesures à prendre pour remonter au front.

Une nouvelle fois, la réponse est tombée du haut vers le bas, à travers une déclaration martiale du président de la République s’adressant aux Français, qui a présenté une liste d’interdictions que nous avons tous découvert « en même temps », sans distinction, et sans avoir été associés à son élaboration.

Depuis la fin de la semaine dernière, la confusion règne, et personne ne s’y retrouve. Chacun doit désormais définir son statut pour déterminer s’il doit rester chez lui ou s’il peut sortir, ouvrir son commerce ou baisser le rideau, aller travailler et rentrer prestement chez lui, annuler ses invitations, choisir entre sa résidence principale ou secondaire, ou inversement. Bref, se poser mille questions afin de savoir s’il est autorisé à faire telle chose ou s’il est en infraction dans un rayon d’un kilomètre et pendant une heure et cela, quel que soit l’endroit où il vit, sans distinction (la situation n’est pourtant pas tout à fait la même lorsque l’on habite à La Trimouille (86) ou au cœur d’une métropole !). Et sans trouver finalement de réponse rassurante…

Que dire également de l’absence de discernement dans les mesures prises qui touchent prioritairement les plus petites entreprises ? Beaucoup ne s’en remettront pas. J’imagine déjà les drames que vont connaitre celles et ceux qui ont engagé leurs biens personnels en se portant caution de leur structure professionnelle.

Faut-il alors s’étonner que monte une fronde chez les commerçants contraints de fermer leurs portes, quand celles des grandes surfaces demeurent ouvertes ? Les parkings bondés ces derniers jours ont démontré l’incongruité des décisions gouvernementales, à moins qu’il ne s’agisse d’un choix de société assumé.

L’exemple de la fermeture des librairies, avant celle des rayons livres des grandes surfaces, n’est que tristement éclairante. Il est vrai que jamais le président de la République n’a prononcé le mot « culture » dans son intervention !

D’autres, comme nos amis suisses et belges, ont classé les librairies parmi les « commerces essentiels ». N’ayant pas eu cette clairvoyance, ne soyons pas surpris des exaspérations exprimées tout autant par les libraires et autres professionnels du livre, que par les lecteurs et lectrices ! 

De même, comment s’étonner des réactions des maires et élus locaux qui n’ont pas été associés aux prises de décision, et ont légitimement à cœur de sauver leurs commerces et les centres-bourgs souvent déjà bien fragiles, en particulier dans les territoires ruraux ?

Si vous devez rester chez vous, ne pas recevoir vos amis, ne sortir qu’une heure par jour, si vous ne pouvez pas vous rendre dans une librairie ou une bibliothèque, que vous reste-t-il ? Regarder BFM TV ou pire C NEWS, commander sur AMAZON qui engrange des profits logés dans des paradis fiscaux, jouer à la belote, mais pas à quatre, c’est trop !

Alors, enivrez-vous disait Baudelaire ! « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous ! »

En appeler à Baudelaire pour sortir de la turpitude dans laquelle nous sommes tombés, c’est peut-être ce qu’il nous reste à faire !


[1] www.francesoir.fr/politique-monde-societe-sante/en-italie-les-medecins-disent-nous-allons-utiliser-la-chloroquine-la

Proposition de lecture ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Contactez votre Député

à la permanence parlementaire à Gençay