Mardi noir

Les américains ont inventé le « Black Friday » pour désigner une braderie généralisée. Nous Français avons eu, mardi 24 novembre, notre « mardi noir », celui de la braderie de nos libertés.

D’aucuns trouveront mes propos excessifs… Je ne cherche cependant qu’à aider à faire prendre conscience de ce que nous sommes en train de vivre, entre la répression violente d’un mouvement pacifique et les annonces imposant en même temps restrictions de déplacement et couvre-feu.

Revenons d’abord sur les évènements de la place de la République dans la soirée du 23 novembre ! Vers 19h, à l’initiative d’associations et, accompagnées par des avocats et des élus, plusieurs centaines de personnes migrantes, en errance depuis plusieurs jours[1] dans la froidure annonciatrice de l’hiver, se retrouvent symboliquement au cœur de Paris pour y installer un campement temporaire afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur leur sort.

La réponse policière ne tarde pas et, une répression aveugle s’abat sur des individus non-violents : tentes renversées avec leurs occupants, bousculades, coups, croche-pieds pour précipiter au sol certains dans leur fuite, … des images de violences qui font réagir le ministre de l’Intérieur lui-même.

Les forces de l’ordre ont continué, jusque tard dans la nuit du 24 à poursuivre les migrants pour les refouler hors de la capitale.

Quelques heures plus tard, Gérald Darmanin demande une enquête interne et, en même temps, défend un texte, voté l’après-midi, qui interdit désormais la diffusion d’images du type de celles réalisées par la presse présente la veille, place de la République ! Preuve et illustration manifestes de ce que je dénonçais dans mon billet de la semaine dernière : nous avons désormais la réponse à la question que je posais : « sécurité globale ou insécurité généralisée ? » …

Puisse cette suite d’évènements servir le recours auprès du Conseil constitutionnel que nous ne manquerons pas d’engager si le texte devait rester en l’état !

Puis 20 heures arrivent, au terme de ce « mardi noir » : ce n’est pas encore l’heure du couvre-feu, mais plutôt l’heure des oracles, ceux-là mêmes auxquels les ministres nous renvoyaient l’après-midi dans leurs réponses, lors de la séance de Questions au Gouvernement.

À la fin de l’intervention du président de la République, j’ai ressenti une drôle d’impression laissée dans mon esprit par tous ces mots ou formules synonymes de limitations de notre existence et de nos libertés : restriction de déplacements, couvre-feu, fermeture prolongée de certains commerces, intrusion dans nos vies privées avec le port du masque chez soi ;  ou encore injonction à ne pas recevoir ses amis s’ils sont trop nombreux ou ses parents, paradoxalement surtout si l’on y est attaché !

La gestion trop verticale de la pandémie, sans concertation, ne nous a-t-elle pas conduits directement au royaume de l’absurde ?

Nous ne pouvons même pas en rire, parce qu’il faut penser à ceux qui sont morts dans la solitude ou ceux qui sont peut-être morts à cause de celle-ci ; penser à tous ces petits commerçants auxquels on a dit qu’ils n’étaient pas « essentiels », et qui ne se remettront jamais des décisions qui les frappent aveuglément. Tandis qu’une grande ou moyenne surface restait jusqu’alors ouverte avec 4m² par client, on s’apprête à permettre à tous les commerces, petits et grands, d’ouvrir avec… 8m² par personne, les étals étant désormais compris dans le calcul. Ce sont encore les « grandes surfaces » qui gagnent ! Sans parler des restaurants dont l’horizon n’est toujours pas dégagé, ce qui plonge nombre de professionnels de ce secteur dans une détresse économique et psychologique certaine.

On ne fait confiance à personne, ni aux citoyens, ni aux professionnels, ni au Parlement qui ne sert plus à rien. Ce dernier, en acceptant de laisser le Gouvernement agir seul par ordonnances, a abandonné tous ses pouvoirs dans la gestion de cette crise.

Vous guettiez des bonnes nouvelles ? En voici quelques-unes quand même :

  • Le Père Noël pourra circuler sans papier dans les nuits du 24 et 31 décembre.
  • Vous pourrez vous déplacer dans un rayon de 20 km, ce qui est totalement différent si vous habitez en plaine ou en montagne.
  • À Mauprévoir, ma commune du Sud-Vienne, vous pourrez aller à la messe : ce ne sera cependant pas possible dans la chapelle Sainte-Radegonde (chauffée), mais envisageable dans l’église Saint-Impère (beaucoup plus froide). Les fidèles sont priés de se compter avant d’entrer.
  • Vous pourrez vous coucher de bonne heure et ne commencerez à sortir qu’à 7 heures du matin mais, rassurez-vous, à cette heure-là le soleil n’est pas encore levé. Toutefois, vous passerez Noël au balcon ! Probablement…
  • Et vous pourrez retourner dans une librairie si vous vous délivrez à vous-même une autorisation de sortie. La lecture d’un bon livre, à n’en point douter, mérite bien toutes les folies pour oublier ce « mardi noir ».

[1] Depuis l’évacuation d’un important campement à Saint-Denis la semaine précédente, mardi 17 novembre, sans solution d’hébergement proposée à ces êtres humains en détresse.

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