Énergie éolienne : autant en emporte le vent !

L’accroissement des besoins énergétiques, lié au développement économique – que certains présentent comme condition sine qua non de l’amélioration de nos conditions de vie et que d’autres, à l’inverse, remettent en question (à juste titre selon moi) – se heurte toutefois à une prise de conscience partagée par tous : les ressources fournies par la planète sont des ressources finies ! Et chaque année, la date symbolique qui marque le moment où nous prélevons plus de ressources que la Terre peut nous en fournir, avance dans le calendrier[1] !

Parallèlement à cela, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne cessent d’augmenter, malgré les engagements de la COP21. Dans ce contexte, le débat sur l’énergie porte aussi sur ses différentes sources : il s’agit de mesurer celles qui sont les plus décarbonées ; et l’énergie nucléaire, souvent décriée, compte à n’en pas douter parmi celles-ci.

L’équilibre à trouver entre ressources énergétiques et consommations humaines (conséquence de la croissance des besoins ou seulement de celle de la population) est complexe. Être, de façon doctrinaire, pour ou contre une forme d’énergie n’a pas de sens aujourd’hui.

S’en tenir à ce raisonnement binaire, c’est ne pas appréhender toutes les dimensions des besoins de l’humanité. Dit autrement, c’est accepter que les écarts constatés aujourd’hui entre pays riches et pays pauvres se perpétuent.

Par ailleurs, les conséquences du réchauffement climatique entraineront aussi, inéluctablement, des déplacements massifs de population, là où le niveau de la mer gagnera définitivement. C’est mentir qu’imaginer arrêter les mouvements migratoires en érigeant des murs ou des barrières administratives là où ce sont les conditions de vie qui sont en jeu.

Je tenais à faire ces rappels avant d’aborder un sujet qui touche directement la circonscription et qui ne cesse d’alimenter l’actualité : la multiplication des champs éoliens.

La multiplication parallèle des recours litigieux démontre que l’acceptabilité sociale de cette forme d’énergie est mise à mal lorsque la population s’intéresse de près au sujet.

En guise de réponse, le Gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de simplifier les démarches administratives préalables et de raccourcir les procédures contentieuses ! Autrement dit, de mettre de l’huile sur le feu en divisant la population, et en sacrifiant des territoires souvent déjà fragilisés.

La dimension financière du projet est souvent mise en avant par ses porteurs, lesquels sont dans la quasi-totalité des financiers, multinationales ou fonds de pension privés.

Il y en a pour tout le monde : le propriétaire du terrain, les collectivités locales, et même parfois la population elle-même s’il est proposé un financement participatif, comme TOTAL a pu le faire dans… le parc naturel régional du PILAT dans le département de la Loire : 10 éoliennes de 125 mètres sur une ligne de crête dominant une partie du site !

Direction du parc et architecte des Bâtiments de France ont émis un avis défavorable ! Pourtant, le tribunal administratif n’a rien trouvé à redire, déboutant les opposants qui ont fait appel. En retour, le groupe TOTAL réclame 893 000€ de dommages-intérêts aux associations si elles ne retirent pas leurs recours ! Faudra-t-il cette fois que des bonnets rouges s’associent à des gilets jaunes pour refuser une énergie présentée comme verte, comme vertueuse ?

En ce qui concerne la Vienne, une récente enquête publiée dans la presse locale a tenté de faire le point sur ce sujet qui empoisonne la vie de nombreux habitants de ma circonscription : autant de projets et autant d’associations qui « s’élèvent » contre, attachés que sont leurs adhérents au patrimoine bâti ou paysager, à leur santé ou plus simplement au sort que l’on réserve à ces territoires où ils vivent et qui seront bientôt plus industriels que ruraux !

Dans ce reportage qui se voulait complet – avec la parole donnée aux experts : ADEME, France Nature Environnement, Santé Publique France, LPO, etc. – manquaient pourtant trois aspects essentiels à mes yeux : qui sont les financeurs ? Qui paye au final cette énergie ? Et cette question : la transition énergétique sert-elle la cause de la transition écologique ?

1. Les financeurs : ce sont des fonds de pension chinois, américains, britanniques, … à l’abri des retournements de la Bourse grâce à la garantie d’achat offerte par l’État pendant 20 ans !

Le territoire français est devenu pour eux un terrain de jeu. Ils y agissent pratiquement sans contrainte désormais, quand à l’inverse en Allemagne, pays présenté comme le modèle en la matière, des constructeurs tels que NORDEX (bien connu chez nous) suppriment des centaines d’emplois : le vent a tourné là-bas et souffle désormais de l’Est !

Le capitalisme international et les pratiques de l’ultralibéralisme ont trouvé là un nouveau champ d’action que soutiennent, même sans se l’avouer, des mouvements politiques qui prétendent que l’on sauvera ainsi la planète avec une énergie intermittente. Le seul discours anti-nucléaire ne justifie aucunement cet aveuglement.

2. Le consommateur : c’est le vrai oublié dans l’analyse, celui qui au final devra régler l’addition. Et quelle addition ! Celui qui consulte en détail sa facture d’énergie, peut y lire combien il verse au titre de la CSPE (contribution au service public de l’électricité). Très cher service public !

Selon un rapport de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, la CSPE aura rapporté 1 milliard 900 millions d’euros en 2019, et coûté autant aux consommateurs.

Ce chiffre augmentera mécaniquement d’environ 30 à 40 milliards d’euros au cours des vingt prochaines années (NB : le prix de rachat est fixé pour 20 ans) avec le développement de l’éolien terrestre, selon le programme pluriannuel de l’énergie.

On a aussi oublié le contribuable, parce qu’à la CSPE s’ajoute encore la taxe « carbone », prélevée sur l’essence consommée par les automobilistes. Cette taxe vient alimenter un compte spécial d’affectation.

Cour des Comptes et Commission de régulation de l’énergie (CRE) nous donnent, par ailleurs, une idée des subventions accordées par l’État à l’énergie d’origine renouvelable : 120 milliards d’euros pour les vingt prochaines années.

Enfin, la Cour des Comptes a relevé que les dispositifs de soutien à l’éolien étaient particulièrement coûteux et peu efficaces par rapport à la baisse des émissions de CO2. C’est le dernier aspect de mes réflexions.

3. La transition énergétique sert-elle la cause de la transition écologique ?

Ma collègue parlementaire Marjolaine Meynier-Millefert a été rapporteure de la Commission d’enquête sur l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables.

Lors du Xe colloque national éolien le 16 octobre 2019, elle déclarait : « le jour où les gens vont vraiment comprendre que cette transition énergétique ne sert pas la transition écologique, vous aurez une réaction de rejet de ces politiques. » Nous y sommes.

La prise de conscience sera d’autant plus grande lorsque l’on mesurera l’importance des dégâts collatéraux pour la planète entière en cas de généralisation des véhicules électriques.

En effet, une batterie électrique, dont celle de la TESLA modèle S, ne pèse pas moins de 544kg, soit le ¼ du poids total de la voiture pour 500 km d’autonomie ! Pour la fabriquer, il aura fallu du nickel (plutôt rare), du lithium (on en trouve dans les Andes sur les hauts plateaux), du cobalt (dont 60% de la production provient du Congo où son extraction est associée au travail des enfants pour 2$ par jour) ; sans parler de l’aluminium, nécessaire à l’allégement des carrosseries et dont l’extraction produit des gaz très toxiques.

Ce seul exemple montre que transition énergétique et transition écologique sont loin d’être synonymes lorsqu’on évoque la production d’électricité intermittente.

C’est effectivement la face noire de la transition écologique : autant en emporte le vent ! 

Que ceux qui soutiennent encore l’énergie éolienne relisent Jean GIONO et sa nouvelle : « L’Homme qui plantait des arbres ». Ils y retrouveront peut-être la sagesse du berger, Elzéard Bouffier, qui faisait revivre sa région en plantant des arbres ! Autre temps, autre sagesse.


[1] En 2020, le « Jour du dépassement » a exceptionnellement reculé de trois semaines du fait de la pandémie de la COVID 19 : le 22/8/2020, au lieu du 29/07/2019.

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4 commentaires

  1. Bonjour M. Clément,

    Pour installer une éolienne il faut un socle de béton à base de sable qui devient une denrée rare et qui fait l’objet de trafic.
    Lorsque une éolienne a fait son temps, c’est au propriétaire du terrain de l’enlever et de dépolluer le site à ses frais ce que les entreprises ont «oublié » de lui dire.
    Jusqu’à ce jour les éléments de cette éolienne ne sont pas recyclables.

    Bonne journée

  2. Il est bien difficile de s’y retrouver. Le recours aux énergies renouvelables est indispensable, éolien compris comme semblent le penser les élus de Plaisance qui sont même devenus financeurs si j’ai bien compris.
    Quant à la CSPE, sert-elle a financer la rallonge colossale pour l’EPR de Flamanville ?

  3. Bonjour Un billet parfait pas trop technique, et accessible surtout aux accrocs du renouvelable éolien et solaire simplement je pense qu’il faut également évoquer les gaz verts qui risquent à court terme de participer au cataclysme qui s’annoncent sur nos paysages, notre santé et notre mode de vie et bien sûr notre économie.

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