La pauvreté, il est urgent maintenant d’agir dans la durée

Dans un précédent billet (4 décembre 2020), j’écrivais : « la pauvreté ne se cache plus, elle est là devant nos yeux ».

La pandémie qui persiste et semble partie pour durer nous oblige à aller plus loin que les simples constats sur lesquels tout le monde s’accorde aujourd’hui.

C’était le sens du premier débat de la semaine dite « de contrôle » qui s’est tenu le 12 janvier dernier et dans lequel je suis intervenu.

Beaucoup a été dit ou écrit sur la crise sanitaire actuelle, sur son ampleur, ses racines, ses développements et, les inquiétudes qu’elle suscite. Sa dimension sociale est brutale ; elle en est même violente. Elle accélère la précarité dans notre pays, dégradant dangereusement les conditions de vie d’une partie des Français – toujours les mêmes, évidemment.

Quelle erreur d’appréciation que de considérer que l’aggravation de la pauvreté depuis mars 2020 est un phénomène strictement conjoncturel !

Les chiffres catastrophiques que nous pressentions se sont confirmés. En fin d’année, le RSA a vu le nombre de ses bénéficiaires augmenter de 8 % et, ses dépenses de 10 %. Ces dernières pourraient encore progresser de 15 % en 2021.

Selon les associations caritatives, la barre des 10 millions de Français sous le seuil de pauvreté aurait été franchie en 2020.

Sur le terrain, la situation devient difficilement soutenable : associations et CCAS – centres communaux d’action sociale – sont sur-sollicités et confrontés à de nouveaux publics, comme les jeunes ou les travailleurs « précaires » ou saisonniers.

La situation des jeunes est particulièrement inquiétante. Ma collègue Marie-George Buffet a justement souligné cette préoccupation dans son récent rapport d’enquête sur la jeunesse face à l’épidémie de COVID. Que le Gouvernement le lise et s’en inspire au plus vite !

L’inquiétude est d’autant plus grande que la situation des jeunes s’était déjà dégradée avant cette année « noire ».

Si, des mesures significatives de soutien au revenu des ménages comme en direction des entreprises ont été prises par le Gouvernement, il est regrettable que le plan de relance, comme la stratégie de lutte contre la pauvreté continuent d’oublier un certain nombre de nos concitoyens.

Les plus fragiles, ceux qui sont durablement éloignés de l’emploi, ceux qui participent à l’économie informelle de notre pays…, ceux que l’on peut appeler les « invisibles », ne sont pas toujours concernés par les mesures d’aide.

Dès lors, il est insuffisant d’agir sur le seul terrain de l’emploi et de l’insertion ; il est impératif d’appréhender toutes les composantes de la pauvreté.

La pauvreté ne se réduit pas à la précarité économique et au problème d’accès à l’emploi.

La pauvreté, ce sont aussi des difficultés d’accès à la nourriture, au logement, à la santé et à la culture notamment.

Ce sont aussi des parcours scolaires escarpés, avec des phénomènes de reproduction sociale pourtant évitables.

Aujourd’hui, avoir un emploi ne protège plus de la pauvreté. Plus d’1 million de travailleurs vivent avec moins de 885 euros par mois. Ce phénomène des travailleurs pauvres s’est accentué depuis 2017 parce que l’amélioration de l’emploi s’est faite au prix de sa flexibilisation et de sa précarisation.

Évoquons aussi la pauvreté du « grand âge » !

Si nous pouvons nous féliciter des augmentations du minimum vieillesse depuis 2017, il ne faut pas sous-estimer la situation des personnes âgées pauvres, qui se dégrade.

Plus qu’un remède contre la pauvreté, nous devons surtout changer de regard sur celle-ci.

Nous devons sortir du mythe de l’effet dés-incitatif des aides sociales sur le travail, qui n’est corroboré par aucune étude sérieuse. Ce discours conditionne pourtant largement nos politiques avec, pour conséquence, de laisser un nombre croissant de personnes sur le bord de la route.

Changer de regard sur la pauvreté doit ainsi nous mener à des actions concrètes et urgentes.

Il conviendrait en premier lieu, d’abandonner la réforme de l’assurance-chômage qui a déjà pénalisé des chômeurs en fin de droits dans un marché du travail dégradé.

Puis, augmenter les minima sociaux et les moyens d’y recourir. Améliorer la lisibilité des aides : les aides exceptionnelles prévues dans les différents budgets adoptés en 2020 sont clairement insuffisantes. À ce titre, je suis certain que le « revenu universel d’activité » s’imposera dans un avenir proche. Les concertations ont été stoppées par l’épidémie mais les conséquences de celle-ci légitimeront la mise en œuvre d’une telle mesure.

Ensuite, ouvrir le RSA aux jeunes de moins de 25 ans. Le président de la République n’est pas – je le cite – un « grand fan » de cette proposition. Pourtant, nous devons impérativement nous doter d’un outil garantissant des ressources aux jeunes en situation de précarité.

À terme, les 18-25 ans devront être éligibles au revenu minimum garanti ou au revenu universel – qu’importe la terminologie –, seul à même de créer des conditions équitables de départ dans la vie.

Enfin, continuons et généralisons les initiatives de terrain en faveur de l’insertion par l’activité économique, comme l’expérimentation « territoire zéro chômeur », qui redonnent confiance et dignité !

Aujourd’hui, la précarité et la pauvreté de nos concitoyens nous obligent à répondre à l’urgence, à anticiper la hauteur de la vague qui s’annonce et à imaginer de nouveaux outils de solidarité.

Le défi est d’envergure mais la France doit être à la hauteur de ce dernier. Il en va de notre responsabilité collective.

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Un commentaire

  1. La pandémie n’a fait qu’aggraver les écarts considérables générés par un système qui entretient le injustices sociales. Que représentent les différentes aides qui, selon le président, coûtent “un pognon de dingue” au regard des dividendes versés aux actionnaires qui exigent une rentabilité de 15% et qui sont protégés par la “flat tax” ?
    Je suis un des “66 millions de procureurs” et je n’en démords pas !

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