Relier Poitiers à Limoges par la route, la partie de poker menteur jouée par le Gouvernement

Ces dernières semaines ont été marquées par plusieurs rencontres concernant la liaison routière Poitiers-Limoges. Un serpent de mer toujours d’actualité… plus de 50 ans après le début des premières concertations[1] !

Bel exemple d’incohérences successives, de projets concurrents dont les études n’ont jamais abouti faute de consensus ou de choix politiques forts.

Les choses semblaient pourtant claires depuis le rapport DELABARRE[2], commandé par le Gouvernement VALLS pour mettre un terme à toutes ces contradictions, à l’heure où les décisions politiques partent désormais des territoires.

L’État n’est cependant pas absent de la réflexion : fin 2019 a été promulguée la loi d’orientation des mobilités, dont l’objectif est de rendre les transports du quotidien plus faciles, moins coûteux et plus propres ; par ailleurs, il existe les contrats de plan État-Région qui scellent des engagements réciproques sur des projets d’intérêts partagés.

Après ces rappels, où en sommes-nous réellement ?

Je pense qu’on aura tout imaginé pour relier les deux ex-capitales régionales que sont Poitiers et Limoges :

  • un projet de LGV qui aura occupé les bureaux d’étude et les services de l’État, compromis les projets d’aménagement des communes potentiellement impactées, bloqué des investissements immobiliers… et, surtout, contribué aux retards pris sur les aménagements routiers. Projet aujourd’hui enterré suite à l’annulation par le Conseil d’État de la déclaration d’utilité publique du projet de ligne à grande vitesse Poitiers-Limoges ;
  • un aménagement 2×2 voies, réduit sur certains secteurs à des voies de dépassement. C’est le projet qui se dessine progressivement ;
  • un projet d’autoroute, dont on reparle à nouveau, soutenu depuis toujours par les Chambres de commerce de Poitiers et Limoges, relayées par le ministre des Transports, par ailleurs député de… Limoges !

Le temps passe, et les coûts n’en finissent pas d’augmenter et les délais de s’allonger.

Alors même que l’on pensait définitivement acquis le principe d’une voie routière à 2×2 voies, le Gouvernement a relancé l’idée d’une autoroute.

Qui peut raisonnablement croire à cette funeste idée ? De qui se moque-t-on ?

Alors qu’on ne sait pas encore comment sortir de Poitiers par la route, il faudrait trouver une entrée pour l’autoroute !

Alors que Grand Poitiers n’a pas encore arrêté sa stratégie sur les mobilités du futur, on annonce un calendrier pour le lancement de la consultation par la Commission nationale du débat public pour un projet autoroutier, dès l’automne 2021 !

Et pendant ce temps, on continue d’envisager les travaux sur la RN147 avec la déviation de Lussac-les-Châteaux, quand le département de la Vienne propose opportunément à l’État de devenir le maître d’ouvrage pour dévier Lhommaizé : 7 km pour 75 millions d’euros.

Mais qui va bien pouvoir payer tout cela ?

En ce qui concerne l’autoroute , il y a deux grands sujets d’interrogation :

  • le raccordement au sortir de Poitiers : 130 millions d’euros dont la moitié sera prise en charge par l’État, l’autre moitié on ne sait pas !
  • le tronçon principal Poitiers-Limoges avec une autoroute concédée est estimé à 692 millions d’euros. Compte-tenu de la faible fréquentation, il faudrait une subvention d’équilibre pour le concessionnaire de 450 millions d’euros dont 1/3 pourrait être pris en charge par l’État.

Et le reste… par les collectivités locales à hauteur de 300 millions ! Qui peut bien croire cela ?

Imagine-t-on Grand-Poitiers, qui réfléchit pour envisager autrement les déplacements, financer une partie d’autoroute ?

Et le département de la Vienne qui se propose de participer à l’aménagement de la RN147 ne pourra jamais être financeur sur tous les fronts !

Comment imaginer doubler les infrastructures avec une route nationale et une autoroute quand on n’arrive déjà pas à boucler les financements des projets annoncés ?

Et comment envisager que les sections de la route nationale s’accommodent avec l’autoroute dont les coûts, déjà financés par les collectivités locales, ne devraient pas donner lieu à péage ?

Mais qui peut bien encore croire à cette mascarade ?

L’État joue en fait une partie de poker menteur, et ce sont les territoires et leurs habitants qui vont une nouvelle fois être les perdants !


[1] Cf Mon billet du 26/10/2018, à retrouver en ligne ou dans mon livre Mes intimes convictions, en librairie dès janvier 2021.

[2] Cf. billet du 10/8/2017 – Ibid.

Proposition de lecture ...

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