Chine : l’impossible « cinquième modernisation »

Ce n’est un secret pour personne : la Chine veut dominer la planète après avoir imposé partout le « made in China ».

Cette stratégie hégémonique connaîtra-t-elle un frein brutal avec la pandémie mondiale, dont beaucoup s’accordent à dire que l’apparition et la propagation ont eu pour origine la Chine, justement ?

N’est-ce pas l’événement de trop ? Celui qui fera prendre conscience aux responsables politiques de la planète, qu’il est temps de construire une sorte de front du refus face à une puissance qui fonctionne comme une dictature moderne.

L’impossible « cinquième modernisation » que réclamaient en juin 1989 les étudiants rassemblés sur la place Tian’anmen, s’appelait tout simplement : « démocratie ».

On sait comment l’État chinois, pour ne pas dire le Parti communiste chinois, leur a répondu : par un massacre, dont les autorités chinoises n’ont toujours pas reconnu l’atrocité, ni donné justice aux victimes et à leurs familles.

Avec le temps, et depuis trois décennies, tout se passe comme si le spectaculaire décollage économique offrait une réponse à ces événements et en justifiait l’amnésie.

Aucune tentative de contestations, nulle aspiration à faire la lumière sur des manifestations réprimées ou des enlèvements inexpliqués – jusqu’à l’emprisonnement du chercheur qui a révélé l’existence du virus et est mort en prison -, rien ni personne ne peut lever la chape de plomb tombée sur les espérances démocratiques.

L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2012, n’a fait qu’amplifier cette vision hégémonique et la stratégie qu’elle sous-entend tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.

Pour l’État-Parti, la notion de droits de l’Homme est un concept occidental qui n’a pas sa place en Chine. Ce sont les droits économiques qui priment.

En leur nom, tout est permis. C’est ce que m’avait confié l’Ambassadeur de France à Pékin, lors d’un déplacement en Chine avec une délégation parlementaire.

De la même manière, la notion de « société civile » est une théorie socio-politique d’origine occidentale que nous autres occidentaux utiliserions contre la Chine, selon la direction du Parti communiste. Elle ne saurait être tolérée et autorise, dès lors, l’arrestation d’intellectuels ou d’avocats. Le Prix Nobel de la Paix 2010 Liu Xiaobo n’est-il pas mort en prison en 2017 ? Tout un symbole…

Mais les choses n’en sont pas restées là : plus près de nous, c’est un « coup de massue sur la démocratie » qui s’est abattu à Hong Kong, où les autorités chinoises ont fait arrêter 53 personnalités politiques et membres de la société civile, militants pro-démocrates.

La justification ? La loi sur la sécurité nationale adoptée en juin 2020. Le régime a écrasé ce qu’il restait de l’opposition politique dans l’ancienne colonie britannique, et menacerait la société civile. Cette théorie « occidentale » n’a visiblement pas sa place dans une région, qui n’a plus rien de semi-autonome.

En réponse, l’Angleterre de Boris Johnson ouvre ses frontières à tous ceux qui voudront quitter Hong-Kong et, le mouvement ne cesse de s’amplifier.

Ces arrestations massives sont intervenues une semaine après que l’Europe et la Chine ont scellé un accord global gigantesque sur les investissements, au sujet duquel (le)notre président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré que le dialogue entre l’Europe et la Chine se trouvait renforcé et rééquilibré !

Si les Parlements européens ratifient cet accord, rien ne demeurera de la démocratie à Hong-Kong ; le dernier levier de pression sur la Chine aura disparu.

Après l’Europe, il ne restera plus à la Chine qu’à s’attaquer aux Nations unies. Elle a d’ailleurs commencé lors de la session plénière du Conseil des droits de l’Homme à Genève, en mars dernier. Elle a objecté à ceux qui voulaient que soit observée une minute de silence en mémoire d’une avocate chinoise morte sous la torture en Chine, que la « société civile n’est autorisée qu’à des commentaires » et rien d’autre. Elle a même exigé un vote sur ce point, et a obtenu gain de cause !

Mais son ambition ne s’arrête pas là et entend imposer, y compris à l’ONU, son modèle alternatif selon lequel les droits de vote, d’expression et de manifestation s’effaceraient au profit du droit à lire et écrire, du droit à manger à sa faim ou à voyager à grande vitesse.

C’est aussi ce qui justifie la répression génocidaire, selon l’expression du Secrétaire d’État américain sortant, Mike Pompeo, sur la minorité musulmane Ouïghoure et Kazakh, dans une région où sévit une forme d’esclavage moderne dans les champs de coton : travail forcé pour des milliers de personnes de l’aube au crépuscule, expatriés, contraints à vivre loin de chez eux pour un salaire de misère et encadrés de manière militaire.

Dans cette province, s’est installé un contrôle policier totalitaire. On y distribue de longues peines de prison pour des motifs futiles ; l’oppression y est permanente. Mais outre que l’État chinois veut, comme à Hong-Kong, y gommer toutes les différences, cette province du Xinjiang regorge de ressources. Cela en fait une pièce maîtresse du projet expansionniste industriel chinois, dont les nouvelles routes de la Soie sont l’objectif final. Comme l’a justement rappelé le député européen Raphaël Gluksmann : « l’absence de réaction occidentale a autorisé le régime chinois à aller toujours plus loin ».

Les Européens, qui ont signé l’accord d’investissement, ont choisi de se satisfaire d’une promesse dérisoire ; les camps de travail forcé des Ouïghours ne seront pas abolis pour autant, un expert chinois n’a-t-il pas déclaré « qu’on ne pouvait pas demander l’impossible » ?

« Les promesses de la Chine n’engagent que ceux qui les reçoivent », rappelait un observateur avisé de la Chine.

La pandémie qui s’est abattue sur le monde entier, nous conduit à nous interroger sur le monde d’après : au-delà des questions économiques – décroissance ou nouvelles orientations de l’économie, mondialisation ou ré-industrialisation des États, pour aller vers de nouveaux modèles de production -, la question des droits humains doit être posée.

Ce qui se passe en Chine doit éveiller les consciences et, la pandémie pourrait peut-être y contribuer,… en attendant l’improbable « cinquième modernisation ».

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